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La Porte du Nord vend l’essence à un prix record

Par nathalie-deraspe

Dans la flambée des prix du pétrole, la station Esso située en bordure de l’autoroute des Laurentides détaille l’essence à près de 20 % plus cher que ses concurrentes immédiates. Avec une telle différence de prix, le coût d’un plein peut varier de 10 à 15$, selon le véhicule.

Cette situation survient au moment même où l’Association des indépendants du pétrole, Costco en tête, demande pour une troisième fois consécutive que la Régie de l’Énergie inclus la marge minimale de profit dans les prix à la pompe (plus ou moins trois sous le litre). La requête doit être entendue aujourd’hui (30 mai).

Mercredi, pendant que l’essence se détaillait à 1,29.50$ le litre à Saint-Jérôme et à 1,27$ et des poussières à Saint-Sauveur, la station Esso de la Porte du Nord vendait l’or noir à 1,45.20$. Avec service, ce coût grimpait à près de 1,50$ le litre. Pourtant, en date du 26 mai, la Régie fixait le prix moyen à la pompe à 1,30$ le litre, soit plus de 15 sous en deçà de celui exigé à la Porte du Nord. Sous le couvert de l’anonymat, un employé explique qu’en février dernier, Esso a opté pour que ses prix reflètent ceux de Montréal après que des détaillants de la grande région métropolitaine se soient plaints des rabais consentis au nord. «Nos ventes ont baissé d’à peu près de 25 % par rapport à l’an dernier à cause de cette mesure», a-t-il indiqué.

Comme le site est la propriété de Transports Québec, le ministère exige une redevance sur l’essence et tous les produits dérivés. «Est-ce que vous aimeriez qu’Esso n’aie rien à payer?» lance le directeur de la gestion des Parcs à Québec, Michel Riendeau. Il n’empêche, cette redevance additionnelle est refilée au consommateur depuis 20 ans.

Cette pseudo guerre des prix a été déclenchée par Costco, qui n’a pas à subir les règles des autres essenceries de la région. Sans pompiste ni bannière, le grossiste ramènent constamment les prix à la baisse, au grand dam des indépendants, qui craignent que les géants du pétrole n’établissent un monopole sans fin et s’approprient une fois pour toutes le secteur du service à la pompe.
Équation simpliste

Chez Option-Consommateurs, cet argument ne tient pas la route. À peine huit détaillants ont fermé leurs portes depuis cinq ans, sur la soixantaine établis dans la région de Saint-Jérôme, allègue Olivier Bourgeois, analyste en énergie chez Option-Consommateur. Ce taux de fermeture est inférieur à celui constaté non seulement au Québec, mais dans tout le reste du Canada. Le fait que les majors du pétrole (Shell, Ultramar et Esso) vendent sous le coût d’achat profite aux consommateurs. Cette pression à la baisse ne peut être que profitable pour eux.

L’expérience a démontré que le fait d’ajouter un trois sous supplémentaires à la pompe ne permettrait pas de stabiliser le marché. En plus de faire gonfler des prix déjà exorbitants, les con-sommateurs se retrouveraient à payer pour faire vivre les indépendants. Cette position est également partagée par CAA-Québec.

Cela dit, Option-consommateurs propose quelques pistes de solutions pour améliorer la situation. Dans un mémoire présenté en 2005, l’organisme préconise que l’État canadien révise en profondeur ses programmes accordant une aide financière ou des congés fiscaux à l’industrie de la production pétrolière canadienne. Celui-ci soutient que le gouvernement du Canada devrait appuyer la mise en place d’une taxe internationale visant les opérations spéculatives sur les devises et les produits pétroliers et qu’il examine la possibilité d’établir un impôt particulier sur les revenus de placement que des entreprises canadiennes tireraient d’opérations spéculatives sur le pétrole ou ses dérivés menés sur des bourses étrangères, en plus d’établir avec les autorités états-uniennes et britanniques compétentes, un dialogue relatif à l’encadrement des opérations boursières internationales sur le pétrole brut et ses dérivés. Pour le commun des mortels, aucun changement n’est prévu dans un horizon immédiat. Il n’y a pas de prix plancher pour l’essence et les institutions politiques en place n’ont aucun intérêt à en instaurer un. Plus l’essence est cher et plus ça rapporte à l’économie du pays. En attendant, les consommateurs ont tout intérêt à changer leurs habitudes de conduite et à choisir le lieu et le moment pour faire le plein. Les sites Internet CAA-Québec et gazbuddy.com peuvent aider à réduire la con-sommation d’essence de 30%.

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