(Photo : Pixabay)
Les municipalités adoptent leurs propres règles d'accès

Pêche sportive : des lacs de plus en plus difficiles d’accès dans les Laurentides 

Par Jean-Simon Guay

Quelques jours après notre dossier sur le resserrement des règles d’accès aux plans d’eau dans les Laurentides, les pêcheurs sportifs sonnent eux aussi l’alarme. Selon plusieurs organismes québécois, les nouvelles mesures adoptées par certaines municipalités compliquent de plus en plus l’accès aux lacs pour les amateurs de pêche en embarcation.

La protection des plans d’eau contre les espèces aquatiques envahissantes fait aujourd’hui consensus. Les pêcheurs eux-mêmes reconnaissent l’importance du lavage des embarcations et des mesures de prévention. Ce qui soulève davantage de questions, selon eux, c’est la multiplication de règlements différents d’une municipalité à l’autre. « Sans accès à l’eau, il n’y a pas de pêche », résume Marc Renaud, directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, membre du Collectif pour un accès équitable aux plans d’eau.

Un loisir directement touché

Contrairement à la baignade ou à la randonnée, la pêche sportive dépend souvent de la possibilité de mettre une embarcation à l’eau.

Pour plusieurs espèces recherchées, comme le doré, le touladi, le brochet ou l’achigan, les meilleures zones de pêche sont difficilement accessibles depuis la rive. Les pêcheurs doivent donc pouvoir utiliser une chaloupe, un canot, un kayak ou une embarcation motorisée.

Or, selon l’Association des pêcheurs sportifs du Québec (APSQ), cette réalité devient de plus en plus complexe à mesure que les municipalités adoptent leurs propres règles d’accès.

Les possibilités varient d’une municipalité à l’autre

Dans les Laurentides, les pêcheurs sportifs doivent désormais composer avec des règles très différentes selon la municipalité.

À Sainte-Adèle, les non-résidents ne peuvent plus mettre leur propre embarcation à l’eau sur les plans d’eau municipaux. Bien que la pêche demeure permise, ils doivent utiliser les embarcations offertes en location par la Ville lorsqu’elles sont disponibles.

Du côté de Saint-Adolphe-d’Howard, les pêcheurs peuvent toujours accéder à certains plans d’eau avec leur embarcation, mais ils doivent désormais acquitter des frais d’accès et respecter les nouvelles modalités mises en place cette année.

Quant à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, les visiteurs peuvent utiliser le débarcadère municipal après le lavage obligatoire de leur embarcation. Des tarifs distincts s’appliquent toutefois aux non-résidents.

À Sainte-Agathe-des-Monts, les pêcheurs peuvent également mettre leur embarcation à l’eau après un lavage obligatoire. La Ville privilégie une approche axée sur le contrôle des mises à l’eau et la prévention des espèces aquatiques envahissantes plutôt qu’une interdiction générale visant les non-résidents.

Enfin, à Saint-Donat, l’accès est encadré par un système de permis et de tarification pour les embarcations, une approche qui permet de contrôler la fréquentation des plans d’eau, mais qui est également critiquée par certains organismes en raison des coûts qu’elle peut représenter pour les visiteurs.

Une vision provinciale réclamée

Pour l’APSQ, cette multiplication de règlements municipaux crée un véritable casse-tête pour les pêcheurs sportifs.

L’association réclame une harmonisation des règles à l’échelle du Québec ainsi qu’un meilleur accès aux plans d’eau. Elle estime que les stations de lavage et les mesures de prévention sont plus efficaces que les barrières tarifaires ou les interdictions visant les non-résidents.

Cette position est aujourd’hui partagée par un collectif réunissant notamment la Fondation Rivières, la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, Nautisme Québec et plusieurs organisations du milieu nautique.

Le regroupement réclame notamment une loi-cadre sur l’accès aux plans d’eau, l’obligation pour les municipalités de planifier des accès publics dans leurs schémas d’aménagement ainsi qu’un fonds provincial destiné aux infrastructures d’accès et aux stations de lavage.

Un enjeu qui dépasse la pêche

Pour André Bélanger, directeur général de la Fondation Rivières, la solution ne passe pas par une accumulation de règlements différents d’une municipalité à l’autre, mais par une stratégie concertée à l’échelle du Québec.

Selon lui, les Laurentides illustrent bien un problème qui touche maintenant plusieurs régions : les municipalités tentent chacune de protéger leurs plans d’eau, mais sans véritable coordination provinciale. « La perte des accès publics aux berges est une tragédie qui fait en sorte que nos lacs et rivières appartiennent de facto à quelques privilégiés », soutient-il.

Pour les organismes consultés, le défi consiste désormais à concilier deux objectifs qui ne devraient pas s’opposer : protéger les écosystèmes aquatiques tout en permettant aux citoyens de continuer à pratiquer la pêche sportive, une activité profondément ancrée dans la culture québécoise.

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