Quand les secours sont loin
Par Jean-Simon Guay
En région isolée, l’attente des secours peut s’étirer. Dans les Laurentides, les premiers soins deviennent souvent la première — et parfois la seule — ligne d’intervention.
Un travailleur s’effondre sur un chantier en forêt. Une blessure grave. Autour de lui, des collègues. Mais pas d’ambulance. Pas de réseau cellulaire.
Dans ce genre de situation, tout se joue dans les premières minutes.
« En région isolée, il n’y a pas de 911 immédiat », explique Philippe-Olivier Belcourt, vice-président et chef des opérations chez SIRIUSMEDx, une entreprise de Sainte-Adèle spécialisée en médecine opérationnelle, qui enseigne le secourisme en région éloignée depuis plus de 30 ans.
Des délais bien réels
Dans les Laurentides, les secours peuvent mettre plusieurs dizaines de minutes à arriver.
Selon l’endroit, une ambulance peut prendre 30 à 40 minutes avant d’atteindre un patient. Et parfois davantage lorsque l’intervention se fait hors des routes.
Avant même cela, il faut localiser la personne. « Quand quelqu’un dit qu’il est dans le bois, ça peut vouloir dire n’importe quoi », souligne-t-il. Sans point de repère clair, les recherches peuvent s’étirer. Dans certains cas, ce sont des proches inquiets qui donnent l’alerte après coup, faute d’avoir été prévenus.
Une réalité québécoise particulière

Au Québec, les évacuations en région éloignée reposent sur une organisation complexe. Les interventions aériennes relèvent notamment de la Sûreté du Québec ou des Forces armées canadiennes, selon les situations.
Comparativement à d’autres provinces, comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, les ressources dédiées à l’évacuation médicale en région isolée sont plus limitées. Résultat : les délais peuvent s’allonger, surtout lorsque le terrain complique l’accès.
Les premières minutes décisives
Pendant ce temps, la personne blessée attend. et son état peut se détériorer rapidement. Dans certains cas, une intervention immédiate permet de stabiliser la situation avant l’arrivée des secours. « C’est souvent là que ça se joue », dit M. Belcourt.
Sur le terrain, il a vu des situations où quelques gestes simples ont permis d’éviter le pire. Dans un cas, un travailleur blessé sur un chantier a été stabilisé avant l’arrivée des secours grâce à une intervention rapide.
Sans cela, l’issue aurait pu être bien différente.
Un autre réflexe à adopter
En ville, le réflexe est simple : appeler le 911. En région isolée, ce réflexe ne suffit pas. « Il faut penser à

Dans certaines situations, les témoins doivent improviser avec les moyens du bord : créer un abri, déplacer une personne, maintenir une température corporelle adéquate.
Se préparer avant de partir
Les technologies offrent de nouvelles possibilités : téléphones satellites, fonctions d’urgence intégrées aux cellulaires, outils de géolocalisation. Mais elles ne remplacent pas la préparation. Batterie vide, absence de signal, mauvaise utilisation : les limites sont bien réelles. « Les gens comptent beaucoup sur la technologie. Mais quand elle ne fonctionne pas, il faut être capable de se débrouiller », précise-t-il.
Des gestes simples peuvent faire une grande différence : informer un proche de son itinéraire, prévoir un minimum d’équipement, connaître les bases des premiers soins. « Nommer un “ange gardien”, quelqu’un qui sait où vous êtes et qui peut donner l’alerte, c’est déjà énorme », ajoute-t-il.
Une réalité bien présente dans les Laurentides
Cette réalité, SIRIUSMEDx la vit aussi lors d’événements d’envergure. Chaque année, à l’Ironman Mont-Tremblant, l’équipe met en place un véritable dispositif médical.
Un hôpital temporaire est installé sur les lieux pour traiter les rapidement les participants. Dans un environnement où certaines portions du parcours sont plus difficiles d’accès, cette proximité peut faire toute la différence. Même dans un contexte encadré, la gestion des délais demeure un enjeu central.
Une responsabilité partagée
Avec la popularité du plein air, des chantiers éloignés et des activités en nature, les situations à risque sont bien présentes dans la région. Et elles ne concernent pas que les professionnels.
Un randonneur mal préparé. Un amateur de VTT. Un travailleur isolé. Tout le monde peut se retrouver, un jour, à devoir intervenir… avant l’arrivée des secours.
Quand les secours sont loin, la question n’est pas seulement de savoir s’ils viendront. C’est de savoir ce qui se passera en attendant.