(Photo : Alexane Taillon-Thiffeault)

Sainte-Adèle face à la montée de l’itinérance

Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)

L’itinérance est devenue, en quelques mois, l’un des principaux enjeux à Sainte-Adèle. Depuis l’ouverture d’une halte climatique au centre-ville, la Ville, les commerçants et plusieurs citoyens disent devoir composer avec une hausse marquée des problématiques liées à la cohabitation, à la sécurité et à la santé publique.

Tous s’entendent toutefois sur un point : les personnes en situation d’itinérance ont besoin d’aide. Le débat porte plutôt sur la manière d’offrir cette aide et sur l’emplacement actuel de la ressource.

Selon les données évoquées par la mairesse de Sainte-Adèle, Nadine Brière, environ 91 personnes différentes auraient fréquenté la halte climatique depuis son ouverture. Dans un article publié par <@Ri>Accès<@$p> le 14 avril dernier, la Ville parlait d’une hausse de 152 % du phénomène sur son territoire.

« On comprend que l’itinérance est en croissance partout au Québec, mais nous, on n’est pas une grande ville, résume la mairesse. On n’est pas outillés comme Montréal ou Saint-Jérôme. »

Des commerçants « désemparés »

Au cœur des critiques, il y a l’emplacement de la halte climatique, située en plein centre-ville, à proximité immédiate de commerces, de restaurants, d’un parc familial et d’installations municipales. La directrice générale de la Chambre de commerce de Sainte-Adèle, Sonya Ethier, affirme recevoir quotidiennement des appels et des courriels de commerçants inquiets.

« On a vu une augmentation de vols, de vandalisme, d’agressivité envers les employés, des itinérants qui quêtent aux portes, des clients qui ne reviennent plus, explique-t-elle. Les commerçants sont complètement désemparés. »

La Ville affirme avoir dû investir près de 250 000 $ cette année pour répondre à la situation : sécurité supplémentaire, entretien, nettoyage des espaces publics et aménagements visant à limiter certains rassemblements.

« On coupe des branches, on ferme certains espaces, on ajoute de l’éclairage. On est rendu à vouloir rendre nos parcs moins attrayants », déplore Nadine Brière.

Une ressource jugée essentielle

De son côté, la coordonnatrice de la halte climatique, Élise Gauthier, rappelle que le service va bien au-delà d’un simple lieu d’hébergement temporaire.

Accessible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, la halte offre notamment des services d’hygiène, des repas légers, un accès à du matériel informatique et un accompagnement psychosocial. Des intervenants soutiennent aussi les usagers dans leurs démarches de logement, d’emploi ou de santé.

« Ce qu’on voit actuellement, c’est surtout les conséquences du manque de logements abordables et de la disparition de plusieurs maisons de chambres ou motels accessibles », explique-t-elle.

Selon elle, l’augmentation de l’itinérance touche l’ensemble des Laurentides, particulièrement les villes où les services sont plus nombreux, comme Saint-Jérôme, Sainte-Agathe-des-Monts et Sainte-Adèle.

Une cohabitation difficile

Les témoignages recueillis auprès des commerçants illustrent néanmoins les tensions qui se sont installées au fil des mois.

Gestionnaire du Cinéma Pine, Perry Fermanian dit constater une présence grandissante de personnes en situation d’itinérance autour de son commerce. « On arrive le matin et il y a quelqu’un qui boit devant le cinéma. Il y en a qui se parlent seuls, d’autres qui crient », raconte-t-il.

Il insiste toutefois sur le fait qu’il ne souhaite pas « jeter les gens dehors ». « Ce ne sont pas tous des gens dangereux. Il y a des personnes avec des problèmes de santé mentale, de consommation ou simplement des gens brisés par la vie », dit-il.

Mais selon lui, l’impact sur la clientèle est bien réel. Pendant la semaine de relâche, il affirme avoir été témoin de comportements inappropriés à proximité du cinéma alors que des familles assistaient à des projections pour enfants.

Un manque de ressources

La mairesse et la Chambre de commerce estiment que la région des Pays-d’en-Haut ne possède pas les ressources suffisantes pour faire face à cette nouvelle réalité.

À leurs yeux, le principal problème n’est pas l’existence d’une halte climatique, mais plutôt l’absence d’encadrement complémentaire. « Le filet social pour les personnes itinérantes existe. Mais il n’y a pas de filet social pour les citoyens et les commerçants », affirme Nadine Brière.

La Ville réclame notamment davantage de travailleurs de rue, une présence accrue sur le terrain et un meilleur accompagnement des personnes en situation d’itinérance vers des solutions durables. « Offrir seulement un lieu où dormir, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi de l’accompagnement pour le logement, l’emploi, les dépendances et l’insertion sociale », ajoute-t-elle.

Mieux comprendre l’itinérance

Pour Élise Gauthier, la situation actuelle s’explique aussi par le fait que plusieurs citoyens et commerçants sont peu habitués à côtoyer l’itinérance de façon aussi visible.

« Oui, il faut davantage de services, mais il faut aussi démystifier l’itinérance et donner des outils aux gens pour mieux comprendre comment interagir », dit-elle.

Elle affirme que des ateliers de sensibilisation ont déjà été offerts à des employés municipaux et à certains organismes communautaires, en collaboration avec le CISSS des Laurentides. Une rencontre destinée aux commerçants avait aussi été organisée récemment, mais aucune inscription n’avait été enregistrée.

Malgré les inquiétudes exprimées par certains citoyens, elle rappelle que les personnes en situation d’itinérance ne doivent pas être automatiquement associées à un danger. « Ce sont des citoyens à part entière qui devraient avoir accès aux services de leur communauté », insiste-t-elle.

La question du déplacement

La Ville et la Chambre de commerce demandent désormais officiellement le déplacement de la halte climatique vers un autre secteur.

« Le problème, c’est surtout l’emplacement », estime Perry Fermanian. « C’est dans le centre-ville, juste à côté des commerces, du parc et de la route principale. »

Élise Gauthier confirme que des discussions sont en cours avec la Ville concernant une possible relocalisation. Elle croit toutefois qu’un éventuel déménagement devra se faire « en collaboration » et sans nuire à l’accessibilité des services déjà présents à proximité. « On est quand même bien situés parce qu’on est près des organismes communautaires, du CLSC et des transports », souligne-t-elle.

La mairesse reconnaît d’ailleurs qu’aucun site ne fera réellement consensus. « Peu importe où on l’installe, il y aura toujours un secteur qui sera affecté », conclut-elle.

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