Dossier Chantecler : Le promoteur poursuit Sainte-Adèle pour 79 M$
Par Jean-Simon Guay
Le promoteur Jacques Goupil, par l’entremise de sa société Habitation Chantecler, poursuit la Ville de Sainte-Adèle pour près de 79 millions de dollars, alléguant notamment une expropriation déguisée. Une somme qui représente près de deux fois le budget annuel de la municipalité. Si la Ville conteste fermement les allégations et qualifie le recours de « poursuite-bâillon », la mairesse Nadine Brière affirme avoir été surprise par cette démarche, soutenant que des discussions étaient toujours en cours entre les deux parties.
La poursuite, déposée en Cour supérieure, vise les décisions prises par la Ville relativement à l’aménagement du secteur du Chantecler, un vaste territoire d’environ 21 millions de pieds carrés dont le développement est débattu depuis plusieurs années.
Une « poursuite-bâillon », selon la Ville
Dans son communiqué, la Ville qualifie le recours judiciaire de « poursuite-bâillon », une expression qu’elle assume pleinement.
« On parle d’une poursuite de 79 millions de dollars. Pour nous, c’est un moyen de pression afin de faire accepter un projet d’aménagement. C’est une façon de nous décourager de poursuivre nos orientations pour protéger le lac Rond, les sommets et les milieux humides », explique la mairesse Nadine Brière en entrevue avec Accès
Selon elle, les décisions de la Ville visent avant tout à préserver l’intérêt collectif et à assurer un développement harmonieux du secteur.
« Nous sommes là pour défendre l’intérêt commun des Adélois et non celui d’un seul grand propriétaire terrien », affirme-t-elle.
Des discussions depuis 2025
La mairesse soutient que la poursuite est survenue malgré plusieurs mois d’échanges avec le promoteur.
Selon elle, les procureurs d’Habitation Chantecler sont en discussion avec la Ville depuis 2025. Trois rencontres auraient notamment eu lieu cette année, dont une avec l’ensemble du conseil municipal.
« J’ai vraiment essayé de travailler en collaboration avec Habitation Chantecler », dit-elle.
Toutefois, Mme Brière affirme qu’aucun projet officiel n’a été déposé à la Ville, ce qui empêchait les services municipaux d’en faire une analyse réglementaire.
« Quand un promoteur nous parle verbalement de ses intentions, on ne peut pas étudier son projet. Il faut un dépôt officiel pour vérifier sa conformité au zonage, aux infrastructures et aux orientations d’aménagement. »
Elle soutient que la poursuite constitue une surprise.
« Rien ne laissait présager une telle poursuite. Je suis très déçue parce que, lorsqu’un recours judiciaire est déposé, ce sont désormais les procureurs qui se parlent. »
Le développement demeure possible
La Ville rappelle qu’elle ne s’oppose pas à tout développement dans le secteur.
Certaines autorisations municipales avaient déjà été accordées au promoteur, notamment pour les projets Lux et des anciennes Écuries, bien qu’aucune construction n’ait finalement été réalisée.
« On a toujours pris pour acquis qu’il y aurait du développement au Chantecler. Il faut simplement qu’il soit adéquat et qu’il respecte les capacités du territoire », affirme Mme Brière.
Elle rappelle également que les décisions municipales doivent respecter les orientations gouvernementales ainsi que le schéma d’aménagement de la MRC des Pays-d’en-Haut.
Les sentiers toujours fermés
Un an après la fermeture des sentiers du Chantecler, rien n’indique qu’ils rouvriront à court terme.
« Le propriétaire ne souhaite pas enlever les clôtures pour l’instant », indique la mairesse.
Lors d’une visite sur le site, Accès a pu constater que les accès demeurent barricadés par des clôtures et des affiches interdisant le passage.
Malgré l’importance de la réclamation, Nadine Brière affirme ne pas s’inquiéter des conséquences financières immédiates pour la municipalité.
« Nous ne sommes pas la première municipalité à faire face à ce type de poursuite. Je suis confiante que nos procureurs feront le travail nécessaire pour défendre les décisions prises dans l’intérêt public. »
Selon elle, plusieurs élus municipaux ailleurs au Québec lui ont d’ailleurs témoigné leur appui depuis l’annonce de la poursuite.
La Ville entend maintenant contester les allégations d’expropriation déguisée devant les tribunaux.
