Festival des Arts de Saint-Sauveur : People Watching fait dérailler le quotidien
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
Pour lancer sa 35e édition, le Festival des Arts de Saint-Sauveur mise sur Play Dead, une création où le banal bascule dans un univers physique, drôle et inquiétant.
Le salon semble familier. Les comportements le sont aussi. Pourtant, dans Play Dead, le quotidien ne tarde pas à se fissurer. Les corps se heurtent, s’agrippent et défient la gravité. Peu à peu, la réalité laisse remonter ce qui se cache sous sa surface.
Le collectif montréalais People Watching ouvrira ainsi le 35e Festival des Arts de Saint-Sauveur, le 22 juillet. Son spectacle sans paroles réunit cirque contemporain, danse et théâtre physique.
« C’est vraiment un spectacle narratif sur les relations humaines », résume Étienne Lavigne, directeur général du FASS. Selon lui, le collectif arrive dans les Laurentides à un moment charnière. « Ça fait un petit bout qu’on essaie de les avoir. Ils explosent à travers le monde. »

Le quotidien déformé
La création de Play Dead a commencé au début de la pandémie, en 2020. Cette période d’isolement a directement nourri le projet.
« Le travail reflétait un désir collectif de connexion que nous ressentions tous », explique Brin Schoellkopf, artiste et codirection de People Watching. Le groupe s’est alors intéressé aux comportements humains, souvent observés sous un angle absurde.
Le cinéma de Yorgos Lanthimos et de Roy Andersson a notamment alimenté cette recherche. Ainsi, une situation domestique ordinaire peut progressivement devenir étrange, instable, voire menaçante.
« Nous commençons dans un décor plutôt banal, avant de laisser le monde se détériorer graduellement », précise Brin Schoellkopf. Le cirque permet ensuite de répondre à cette transformation. Il apporte « le surréalisme, la magie et le risque » nécessaires à cet univers.
Parler sans mots
Aucun dialogue ne vient expliquer les relations entre les personnages. Toutefois, le collectif avait préparé ce langage physique bien avant la création du spectacle.
Pendant près de deux ans, ses membres ont développé des chorégraphies et des qualités de mouvement appelées des « sources ». L’improvisation sert ensuite à construire les scènes à partir d’émotions ou de règles précises.
Le son et la lumière occupent également une place centrale. Ils permettent d’exposer la vulnérabilité des personnages, tout en créant ou en rompant la tension. « Nous voulons que le public sente que les personnages traversent réellement cette expérience avec lui », souligne Brin Schoellkopf.
L’émotion avant la prouesse
Dans Play Dead, l’humour côtoie constamment la fragilité. Cependant, les prouesses physiques ne cherchent pas uniquement à impressionner.
« Nous avons accordé davantage d’importance au parcours émotionnel des personnages qu’à la technique ou aux figures », explique Brin Schoellkopf. Le spectaculaire devient donc un outil dramatique.
Pour Étienne Lavigne, cette ouverture témoigne aussi de la diversité de la programmation anniversaire. « La danse-cirque, c’est quelque chose qu’on n’avait jamais eu ici », affirme-t-il.
Après trois années de tournées internationales, People Watching revient maintenant jouer à proximité de son port d’attache. « Montréal est notre maison », rappelle Brin Schoellkopf. « C’est particulièrement significatif de ramener le spectacle ici et de le partager avec la communauté qui l’a influencé dès le départ. »