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Travailler, étudier, ou les deux?

Par Simon Cordeau

Au Cégep de Saint-Jérôme, les inscriptions sont passées de 4 982 étudiants à l’automne 2012, à seulement 4 668 cet automne : une diminution de 6,3 % sur 10 ans. Le phénomène s’observe ailleurs au Québec.

Le 26 août, Le Devoir rapportait que les inscriptions dans les cégeps du Québec avaient diminué de 1,1 % par rapport à l’automne dernier, alors qu’on prévoyait plutôt une hausse de 1,3 %. Les inscriptions ont aussi diminué de 1,4 % dans les universités québécoises, rapportait le quotidien le 14 octobre.

À l’Université du Québec en Outaouais (UQO), on observe une baisse de 3,6 % au premier cycle par rapport à l’année dernière, selon Le Devoir. Nous n’avons pas pu obtenir davantage de données avant d’aller sous presse.

La pandémie, le manque de motivation, la baisse des notes et la pénurie de main-d’œuvre sont avancés pour expliquer les baisses d’inscriptions.

Les étudiants travaillent déjà

À l’UQO, la baisse la plus importante est chez les étudiants à temps partiel, en particulier ceux en sciences infirmières. La pénurie les incite à intégrer plus rapidement un emploi, expliquait la professeure Josée Grenier en entrevue avec le Journal, en septembre. 

« Souvent ils sont sollicités dès leur premier stage. » Elle déplorait que cela amène les jeunes intervenants à « se brûler » plus vite, puisqu’ils sont mal préparés.

Au cégep, les étudiants sont nombreux à travailler. Et c’était vrai bien avant la pénurie de main-d’œuvre, constate Philippe Desrosiers, professeur de psychologie au Collège Lionel-Groulx depuis 34 ans, et animateur de Génération pandémie à ICI Première en juin dernier. « Depuis le début de ma carrière, c’est la chose la plus frappante », raconte-t-il.

Selon les données du Sondage provincial sur les étudiants des cégeps (SPEC), récoltées à l’automne 2016, la moitié des étudiants ont un emploi durant leurs études. 42,5 % d’entre eux travaillent 15 heures ou plus par semaine. Et 25,1 % travaillent entre 10 et 14 heures.

Étudier à temps plein prend environ 43 heures par semaine, indique le professeur, dont 28 heures assises en classe. Avec un emploi, cela peut faire des semaines de 55 ou 60 heures, voire plus. Et pour accommoder cet horaire chargé, ce n’est pas le temps d’études qui diminue : c’est le temps de loisir, précise M. Desrosiers.

« Le préjugé des étudiants qui jouent aux cartes dans la cafétéria, ce n’est pas ça. Ils sont super occupés. Quand je donne des travaux d’équipe, je vois que c’est très compliqué pour eux. Parce que la fin de semaine et le soir, ils travaillent. »

Le professeur précise que les motivations sont différentes pour chaque étudiant. Certains doivent contribuer au revenu familial, d’autres sont déjà autonomes et doivent payer leur appartement.

Motivation

Quant aux impacts de la pandémie sur les étudiants, ils sont plus difficiles à déterminer. « Je pense que ç’a bouleversé leur façon d’étudier, mais je ne sais pas si c’est un changement à long terme », avance le professeur.

Certains étudiants semblent moins motivés ou participent moins en classe qu’auparavant. « Il y un prof qui me disait : « J’ai l’impression qu’ils sont encore en Zoom. » […] Ils ne prennent pas de notes. C’est comme s’ils regardent une émission de télé. C’est un peu troublant », raconte M. Desrosiers. Il observe aussi chez certains un retard de maturité. « Est-ce que c’est la socialisation qui prend du retard? Je ne sais pas. »

D’autres, au contraire, veulent « vivre la vie avec une vengeance ». « Ce sont deux ans où ils sont restés prisonniers. Ils ont l’impression d’avoir perdu un moment important de leur vie. Ils veulent avoir du plaisir et sortir. »

D’ailleurs, la baisse d’inscription n’inquiète pas le Cégep de Saint-Jérôme. Selon Mélanie Cayer, aux communications du Cégep, on prévoit même une augmentation importante de la population étudiante d’ici 10 ans. Un projet majeur d’agrandissement est en cours, pour accueillir près de 6 000 étudiants en 2029-2030.

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