École secondaire : un nom, une mémoire
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
Sainte-Adèle, le nom Augustin-Norbert-Morin dépasse les murs de l’école secondaire. Il renvoie au fondateur de la ville, mais aussi à une époque où les Pays-d’en-Haut se dessinaient encore à coups de chemins, de terres et d’ambition.
On dit souvent A.N.M. sans trop y penser. Pourtant, derrière ces trois lettres se cache une figure centrale de l’histoire locale. Augustin-Norbert Morin n’a pas seulement laissé son nom à une école secondaire. Il a aussi marqué durablement Sainte-Adèle.
La municipalité est officiellement créée le 1er juillet 1855 par Augustin-Norbert Morin. Le nom de Sainte-Adèle vient d’ailleurs de son épouse, Adèle Raymond. Ainsi, chaque jour, les élèves fréquentent un lieu qui porte le nom de celui qui a donné une partie de son identité au territoire.
Un bâtisseur
Morin était avocat, journaliste, homme politique et juge. De plus, il a fondé le journal La Minerve. Il a aussi été député, président de l’Assemblée législative et premier ministre conjoint du Canada-Uni.
Enfin, il a participé à la rédaction du premier Code civil du Bas-Canada. Son parcours dépasse donc largement les limites de Sainte-Adèle. Or, c’est ici que son nom prend une couleur plus intime.
La Commission de toponymie du Québec le présente comme un agent des terres, un député et l’un des premiers responsables de la colonisation des Pays-d’en-Haut. Elle rappelle aussi qu’il a acheté 1 620 hectares dans le canton d’Abercromby, aujourd’hui Sainte-Adèle, Saint-Hippolyte et Prévost. Ensuite, il a donné un terrain nécessaire à la construction de l’église paroissiale.
Des racines locales
Son rôle n’était donc pas seulement politique. Il était aussi très concret. Morin a participé au développement d’un territoire encore jeune. Il s’est intéressé aux terres, aux chemins et à l’organisation d’une communauté.
Le site patrimonial de la Ville souligne aussi qu’il était « féru d’agriculture ». Ce détail raconte bien l’époque. Avant les stations de ski, les écoles modernes et les routes fréquentées, il fallait d’abord penser à vivre sur le territoire.
Ainsi, donner son nom à une école prend un sens particulier. Ce n’est pas seulement un hommage. C’est aussi un rappel quotidien. L’éducation s’inscrit dans une histoire plus longue que les horaires, les examens et les corridors.
Une école devenue repère
L’établissement lui-même fait partie du paysage. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec situe sa construction entre 1961 et 1963. Il mentionne aussi ses anciens noms, dont École Augustin-Norbert-Morin, École secondaire régionale des Laurentides et Polyvalente Augustin-Norbert-Morin.
Aujourd’hui, l’école demeure un lieu bien vivant à Sainte-Adèle. Elle accueille des élèves de la région et porte un nom lié à la naissance même de la municipalité. Bref, ANM n’est pas qu’un raccourci familier. C’est un morceau de mémoire locale.
Cependant, la question demeure simple. Pourquoi ce nom? Parce que Sainte-Adèle doit une partie de son existence à Augustin-Norbert Morin. Et parce qu’une école, parfois, sert aussi à rappeler d’où l’on vient.