(Photo : gracieuseté – Facebook Guillaume Vermette)
Élianne Parent souhaite sensibiliser le public au traumatisme crânien tout en montant un jour sur scène avec son personnage de clown.

Face cachée : Élianne Parent veut faire rire plus fort que l’accident

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Près de 20 ans après avoir dû réapprendre à parler, à marcher et à reconnaître le monde, Élianne Parent prépare son premier spectacle d’humour avec une lucidité désarmante.

gracieuseté - Fondation de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal

Élianne Parent avait 18 ans lorsque sa vie a brusquement changé. Le 19 mai 2007, elle célébrait son anniversaire avec des amies. Sur la route 117, à Sainte-Adèle, leur voiture a été percutée par une conductrice multirécidiviste de l’alcool au volant. Élianne ne garde aucun souvenir de l’impact. Les autres lui ont raconté ce qui s’est passé.

Victime d’un traumatisme crânien très sévère, elle a passé six semaines dans le coma. Son hospitalisation a aussi été marquée par une embolie pulmonaire et des arrêts cardiaques. À son réveil, elle ne reconnaissait même plus ses parents. « J’ai reparti ma vie à zéro. J’ai tout appris comme un enfant qui naît », racontait-elle quelques années après l’accident.

Elle a dû réapprendre à parler, à marcher et à accomplir les gestes du quotidien. Encore aujourd’hui, elle vit avec des troubles de mémoire, d’équilibre et d’orientation. Une agnosie visuelle complique également la reconnaissance des personnes, des objets et des lieux.

Pourtant, Élianne avance. « Moi, je n’avance pas vite. J’avance avec une canne, mais j’avance pareil. »

Sans rancune, mais sans détour

La récente condamnation de la conductrice a ravivé le choc. Cette dernière a été condamnée après quatre nouvelles infractions de conduite avec les facultés affaiblies commises en neuf mois.

Élianne ne cache pas son inquiétude. « Cette femme-là a changé ma vie. Mais je ne lui en veux pas. Je suis surtout inquiète pour les personnes qui pourraient encore être massacrées. » Son absence de rancune ne signifie pas l’indifférence. Selon elle, la conductrice n’aurait jamais dû reprendre le volant. « Tout le monde contrôle ses propres gestes », insiste-t-elle.

Cependant, elle reconnaît aussi que les dépendances sont complexes. Les personnes responsables peuvent parfois être elles-mêmes prisonnières d’une histoire difficile.

Le rire comme revanche

Aujourd’hui âgée de 37 ans, Élianne refuse d’être définie uniquement par son handicap. Elle rêve plutôt d’une scène, d’un personnage de clown et d’une salle qui éclate de rire.

Le projet mûrit depuis la pandémie. Depuis, elle a suivi des cours à l’École nationale de l’humour et des ateliers d’improvisation. Elle remplit aussi des cahiers de blagues et d’idées. « Je me trouve drôle, mais je veux que le monde me trouve drôle », lance-t-elle.

L’humour lui permet surtout de reprendre le contrôle de son récit. « Je me fais remarquer depuis 19 ans juste parce que je suis handicapée. Je ne veux pas être seulement ça. »

L’Association québécoise des traumatisés crâniens, qu’elle fréquente depuis 2010, lui offre un important espace d’appartenance. Elle participe aux activités, donne des conférences de sensibilisation et rédige bénévolement pour le journal Le Phœnix. Son objectif demeure le même : montrer qu’un traumatisme crânien ne définit pas une personne.

Réfléchir autrement

Son regard ne s’arrête pas à sa propre histoire. Élianne parle avec passion des inégalités, de l’exclusion, de la peur de la différence et de la place accordée aux personnes vivant avec un handicap.

Elle défend aussi une vie plus respectueuse de l’environnement. Acheter des vêtements usagés, éviter le gaspillage alimentaire, composter ou réduire sa consommation sont, à ses yeux, des gestes qui peuvent réellement faire une différence. « Tout est relié », répète-t-elle.

Pour Élianne, protéger l’environnement commence par les gestes les plus simples. Elle croit aussi que la société gagnerait à ralentir, à réfléchir davantage et à faire preuve de plus d’empathie.

Une vie à raconter

Derrière le personnage de clown qu’elle construit depuis plusieurs années se cache une personne profondément engagée. Une personne qui transforme les obstacles en matière première et qui refuse de laisser son accident écrire la suite de son histoire. « Je ne veux pas être juste mon handicap. Je veux faire rire, faire réfléchir et montrer qu’on peut encore rêver. »

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