(Photo : Médialo - Archives)
Patrouilleurs au lac des sables à Sainte-Agathe-des-Monts

Laurentides : protéger les lacs sans fermer l’accès

Par Jean-Simon Guay

Interdictions pour les non-résidents, nouveaux tarifs, lavage obligatoire des embarcations et patrouilles nautiques : partout dans les Laurentides, les municipalités resserrent leurs règles pour protéger leurs plans d’eau. Si l’objectif fait largement consensus, les moyens employés soulèvent une question : comment préserver les lacs sans fermer progressivement l’accès à une ressource publique?

En quelques semaines, plusieurs municipalités ont adopté de nouvelles mesures, relançant le débat sur l’équilibre entre la protection des lacs et l’accès public aux plans d’eau.

Une tendance qui s’accentue

Le premier signal est venu de Sainte-Adèle. La Ville a interdit les embarcations des non-résidents sur le lac Rond. Dans une publication sur les réseaux sociaux, la mairesse Nadine Brière affirme déjà constater « les effets positifs » de cette décision, qu’elle présente comme un moyen de préserver le lac pour les générations futures.

À Saint-Adolphe-d’Howard, une autre approche a été retenue. Les non-résidents doivent payer 10 $ par embarcation non motorisée, le lavage est obligatoire avant toute mise à l’eau, plusieurs cases de stationnement près des accès ont été retirées et une patrouille nautique peut maintenant délivrer des constats d’infraction.

Saint-Adolphe-d’Howard

Ces mesures ont rapidement suscité des réactions. Lors de la séance du conseil municipal de Saint-Adolphe-d’Howard du 18 juin, un regroupement de 47 citoyens non riverains a demandé la suspension du règlement. Tous reconnaissaient la nécessité de protéger les lacs, mais remettaient en question les moyens retenus. Le maire Alexandre Sarrasin s’est dit ouvert à certains ajustements, notamment une carte citoyenne et une vignette permanente pour les résidents.

Des visions différentes

Toutes les municipalités ne font toutefois pas les mêmes choix.

À Sainte-Agathe-des-Monts, l’approche est différente. La plage Tessier est réservée aux détenteurs de la carte agathoise, tandis que les non-résidents peuvent accéder à la plage Major moyennant des droits d’entrée. Les embarcations non motorisées demeurent toutefois permises après un lavage obligatoire, offert gratuitement à la station municipale, et une patrouille nautique veille au respect de la réglementation.

À Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, la plage municipale demeure gratuite pour les résidents comme pour les visiteurs. Les embarcations doivent également être lavées gratuitement avant leur mise à l’eau.

Même Saint-Donat privilégie un modèle basé sur le contrôle des mises à l’eau plutôt que sur la fermeture complète des accès.

Si les approches diffèrent, elles reposent toutes sur le même objectif : protéger les lacs. Ce sont surtout les moyens employés pour y parvenir qui varient d’une municipalité à l’autre.

Une réalité sur le terrain

Pour mieux comprendre ces règles, Accès s’est rendu à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.

Après avoir fait laver deux planches à pagaie à l’écocentre, il nous a fallu revenir au débarcadère avec la preuve de lavage. Ensuite, il fallait obligatoirement partir du débarcadère et pagayer jusqu’à la plage.

Cette procédure répond à un objectif de protection environnementale, mais elle complique aussi l’expérience de familles souhaitant simplement passer une journée à la plage avec leurs embarcations.

Des menaces bien réelles

Les espèces exotiques envahissantes ne sont pas la seule menace.

Le Conseil régional de l’environnement (CRE) des Laurentides rappelle que plusieurs lacs sont aussi touchés par l’eutrophisation accélérée. Le phénomène favorise notamment les algues et les cyanobactéries, réduit l’oxygène dans l’eau et peut compromettre la baignade ainsi que la biodiversité.

Pour André Bélanger, directeur général de la Fondation Rivières, « les mesures adoptées par certaines municipalités répondent à un problème réel, mais ne constituent pas une solution durable. Ce n’est pas la solution. C’est une solution d’urgence. »

Selon lui, seulement 1 % des rives des Laurentides seraient accessibles au public.

« Les réponses de Saint-Adolphe et de Sainte-Adèle s’adressent à leurs propres citoyens, mais elle ne permet pas d’aider le milieu dans son ensemble. », ajoute-t-il.

Pour la Fondation Rivières, les stations de lavage constituent l’outil le plus efficace pour limiter la propagation des espèces envahissantes.

« Une station de lavage protège réellement un lac. La tarification ou l’interdiction réduit surtout le nombre de personnes qui y accèdent. »

Un enjeu provincial

La préfète de la MRC des Pays-d’en-Haut, Catherine Hamé, partage cette analyse. Selon elle, le véritable défi consiste à créer davantage de petits accès répartis sur le territoire plutôt que de concentrer tous les visiteurs aux mêmes endroits. « Le vrai problème, c’est que les gens doivent parfois faire une heure ou deux de route simplement pour trouver un endroit où se baigner. »

Mme Hamé souhaite une plus grande solidarité entre les municipalités et une intervention du gouvernement du Québec. L’Alliance pour l’accès à la nature, dont elle est membre à titre personnel, réclame d’ailleurs des états généraux sur l’accès aux milieux naturels, tandis que la MRC révise actuellement son schéma d’aménagement, où cette question demeure une priorité.

Protéger sans exclure

Une chose fait consensus : les lacs doivent être protégés.

Le débat porte désormais sur les moyens. Faut-il miser principalement sur les interdictions et les tarifs, ou privilégier les stations de lavage, la sensibilisation et la création de nouveaux accès publics?

Au-delà des règlements municipaux, c’est une réflexion plus large qui s’amorce sur le partage d’une ressource publique.

« Ce que je souhaite, conclut Catherine Hamé, c’est une plus grande solidarité intermunicipale sur l’accès à la nature. »

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