(Photo : Gracieuseté)

L’Échelon : l’entraide comme pilier

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Dans les Pays-d’en-Haut, un organisme en santé mentale fait une différence tangible, mais peine à suivre la montée des besoins.

Depuis plus de 30 ans, L’Échelon des Pays-d’en-Haut accueille des personnes vivant avec des enjeux de santé mentale dans un cadre volontaire et sans diagnostic imposé. « L’Échelon est un milieu d’entraide où les citoyens peuvent se rassembler, échanger et recevoir du soutien », résume l’équipe.

Sur place, les personnes qui fréquentent l’organisme se désignent comme des « entraidants ». Une façon de renverser le regard porté sur la santé mentale et de valoriser l’expérience vécue. « Chaque personne trouve sa place, à son rythme », explique l’organisme. « On accueille ce que la personne vit, dans le moment. »

Briser l’isolement

L’approche est simple, mais structurante. Pas de dossier, pas d’étiquette. Les services reposent sur l’accueil, l’intervention et des activités variées. Atelie

rs d’art, yoga, discussions, sorties. « Les personnes viennent pour briser l’isolement, entamer une démarche de mieux-être ou reprendre du pouvoir sur leur vie », précise Myriam Buyle, coordonnatrice à l’Échelon.

Les réalités sont multiples. Dépression, anxiété, trouble bipolaire, schizophrénie, périodes de transition ou de deuil. « Ce qui compte, c’est ce que la personne vit, sans la réduire à une étiquette. »

Une deuxième famille

Pour plusieurs, l’impact dépasse largement le cadre des services. Dans un témoignage diffusé à Radio-Canada, un membre, Serge Gendron, décrit l’organisme comme un point d’ancrage. « C’est clairement une famille. Beaucoup n’ont plus de lien avec leur famille. Ici, on partage des valeurs de bienveillance et d’entraide. » Il fréquente l’organisme depuis plus de trois ans. « J’ai retrouvé le goût de vivre, le plaisir au quotidien. C’est un endroit où je me sens chez moi. »

Selon lui, les ateliers sur l’anxiété, le stress ou la dépression sont essentiels. Mais ce sont surtout les échanges humains qui marquent. « Les conversations avec les autres entraidants et les intervenants, ça change tout. »

Une première ligne invisible

Au-delà du centre de jour, l’organisme soutient aussi un projet d’habitation. Sous le toit de l’Échelon regroupe 30 logements pour des personnes vivant avec un trouble de santé mentale. Les mêmes services y sont offerts, avec un encadrement adapté.

Sur le terrain, les personnes intervenantes multiplient les rôles. « Elles sont là. Elles écoutent, accompagnent, animent, soutiennent en logement, préviennent l’isolement. Elles peuvent autant jouer aux cartes que déboucher une toilette ou accompagner à un rendez-vous médical », décrit madame Buyle. « Leur rôle, c’est d’aider les personnes à s’aider, à s’accepter et à s’entraider. »

« Communautaire à boutte »

Des besoins en hausse

Dans les Pays-d’en-Haut, les demandes augmentent. « On vit une période d’instabilité. Quand les besoins de base, comme le logement ou l’alimentation ne sont pas comblés, la santé mentale est fragilisée », observe l’organisme. De plus en plus de personnes cherchent du soutien, sans toujours en trouver.

Le communautaire sous pression

Cette réalité s’inscrit dans un contexte plus large. Le mouvement « Le communautaire à boutte », en mobilisation depuis plusieurs semaines, dénonce le sous-financement chronique du milieu.

À l’Échelon, l’écart est concret. « On avait demandé environ 250 000 dollars. On a reçu à peine 6 000 », rapporte Serge Gendron. Un financement par projet, jugé instable, complique la planification. « On ne peut pas embaucher si on ne sait pas si le financement sera renouvelé », explique-t-il. Résultat, des équipes réduites et sous pression. « Trois personnes font le travail de quatre. Le communautaire est à bout. »

Miser sur la stabilité

Pour l’organisme, la solution passe par un financement plus prévisible. « La mission ne change pas. Ce qui manque, c’est la stabilité pour la remplir pleinement. »

Malgré les défis, l’objectif reste clair. Continuer à offrir un espace sécuritaire, accessible et humain. Et rappeler que, derrière les chiffres, il y a des parcours. « Plusieurs disent qu’ils arrivent à prévenir les crises et éviter l’hôpital grâce à l’Échelon. »

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