(Photo : Gracieuseté - Louis-Philippe Forest-Gaudet)

Développement et climat : l’envers du paysage forestier

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Soulignée chaque année le 21 mars, la journée internationale des forêts vise à sensibiliser à l’importance des milieux forestiers. La forêt semble stable au Québec. Dans les Laurentides, elle est pourtant en transformation rapide sous l’effet du développement et du climat.

Sur papier, la forêt québécoise tient le coup. Sa superficie a peu changé en 20 ans. Pourtant, plus de 500 km² ont été transformés en surfaces artificielles, selon l’Institut de la statistique du Québec.

« La superficie ne dit pas tout », explique la chercheuse Catherine Périé, spécialisée en écologie forestière et en impacts des changements climatiques sur les forêts. « On observe une transformation des milieux, pas seulement une perte. » Autrement dit, la forêt reste… mais elle change.

Une région qui pousse

Dans les Laurentides, la pression est tangible. La population régionale a augmenté de plus de 211 000 personnes entre 1998 et 2023. Une croissance qui se traduit directement sur le territoire. « Chaque nouvelle route ou projet immobilier fragmente un peu plus la forêt », souligne Dominique Berteaux, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique.

Dans les Pays-d’en-Haut, où la villégiature explose, cette fragmentation devient un enjeu central.

Fragmenter, c’est affaiblir

Le problème n’est pas seulement la perte de superficie. C’est la coupure.

Une forêt fragmentée :

  • Isole les habitats
  • Réduit la biodiversité
  • Affaiblit la résilience

« Une forêt coupée en morceaux fonctionne moins bien », résume Dominique Berteaux.

Un effet domino

À cette pression s’ajoute un effet moins visible, mais bien réel. Dans plusieurs municipalités des Laurentides, les limites des réseaux d’eaux usées ont mené à des moratoires ou à un ralentissement des nouveaux raccordements. « Quand on ne peut plus densifier dans les secteurs déjà desservis, le développement se déplace ailleurs », explique Alain Rousseau, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). « Et souvent, ailleurs, c’est en milieu forestier. »

Ce déplacement du développement vers des zones non desservies favorise l’étalement urbain. Résultat, une pression accrue sur les forêts, qui sont fragmentées par de nouveaux projets résidentiels, souvent plus éloignés des noyaux urbains.

Climat + développement = pression double

À cette pression humaine s’ajoute un facteur majeur, le climat. Dans les MRC des Laurentides et des Pays-d’en-Haut, les précipitations ont augmenté d’environ 14 à 16 mm par décennie. « Les changements climatiques vont modifier profondément les forêts », explique Yves Boulanger, chercheur scientifique à Ressources naturelles Canada. « Elles seront plus vulnérables aux perturbations. » Sécheresses, insectes, feux. Une forêt fragilisée encaisse moins bien les impacts humains.

Une question de limite

Le constat est de plus en plus partagé. « La forêt est une infrastructure écologique », rappelle Robert Siron, professionnel au Ouranos, un consortium de recherche sur les changements climatiques. « Si on la fragmente trop, on perd ses services. »

Dans une région qui mise sur ses paysages pour attirer résidents et touristes, la question devient directe : jusqu’où peut-on développer sans transformer irréversiblement le territoire?

La forêt des Laurentides en bref

  • Environ 79 % du territoire est couvert de forêts
  • Près de 1,5 million d’hectares de milieux forestiers
  • Environ 30 % du territoire forestier protégé ou non exploité
  • Une forêt dominée par les feuillus, surtout l’érable
  • Une forte présence de forêts privées dans le sud de la région
  • Un enjeu principal la transformation et la fragmentation, plus que la disparition

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