(Photo : Médialo — Louis-Philippe Forest-Gaudet)
Usine de traitement des eaux usées de la RAEU

La rivière du Nord à bout de souffle

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Dans les Pays-d’en-Haut, les eaux usées révèlent un problème bien réel : des infrastructures vieillissantes, des débordements tolérés et une rivière du Nord qui absorbe les conséquences.

À l’usine de la Régie d’assainissement des eaux usées de Piedmont et de Saint-Sauveur, la mécanique est bien rodée. Les eaux usées arrivent, sont filtrées, puis envoyées vers des étangs aérés où elles doivent séjourner près de 20 jours. Mais ce fragile équilibre tient à peu de choses. « Si on prend trop de maisons, la qualité de nos rejets va être inefficace, au-dessus des normes environnementales », explique le directeur général de la Ville de Saint-Sauveur, Jean-Philippe Gadbois, rencontré sur place.

Le problème n’est pas seulement la capacité. Il est aussi structurel. « Ça a été mal conçu. Quand on arrête l’usine, ça va directement dans la rivière. » Une situation que les élus souhaitent corriger dans les prochaines phases du projet de mise à niveau du système de traitement.

Dégrilleur de l’usine

Construites dans les années 1990, ces installations arrivent aujourd’hui à saturation. Le débit traité a récemment frôlé les 100 %, ce qui réduit le temps de traitement et compromet la qualité des rejets.

La rivière comme exutoire

À Sainte-Adèle, la mairesse Nadine Brière dresse un constat similaire, chiffres à l’appui. « On parle d’environ 50 débordements par année dans la rivière. Avant, on pouvait en faire jusqu’à 100. » Une amélioration relative, mais qui ne règle pas l’enjeu de fond. « Avec les étés secs, ces débordements-là sont de plus en plus dangereux, parce qu’il y a moins d’eau dans la rivière », explique-t-elle.

La rivière du Nord sert encore de point de rejet pour plusieurs municipalités. Un principe basé sur la dilution, de plus en plus fragile dans un contexte de changements climatiques.  En aval, la ville de Saint-Jérôme puise son eau potable directement dans la rivière du Nord, ce qui accentue les préoccupations liées à la qualité de l’eau.

Selon la Fondation Rivières, le potentiel de baignade dans ce secteur demeure d’ailleurs inexistant en raison de la contamination bactérienne liée aux rejets municipaux.

Une priorité ailleurs

Sur le terrain, plusieurs acteurs pointent aussi un déséquilibre dans les priorités gouvernementales. « Il y a des municipalités qui sont beaucoup plus dans le trouble que nous », reconnaît Jean-Philippe Gadbois. Résultat, les projets locaux peinent à obtenir du financement.

À l’échelle du Québec, plus de 44 000 débordements d’eaux usées ont été recensés en une seule année, et des centaines de municipalités dépassent les normes environnementales. Dans ce contexte, Québec priorise les cas jugés les plus critiques. « On est de grands délinquants, mais on n’est pas assez polluants pour être prioritaires », résume Nadine Brière.

Des engagements… et des limites

En 2025, près d’une trentaine de municipalités du bassin versant ont signé une déclaration commune pour améliorer la qualité de l’eau et réduire les rejets. Une volonté bien réelle, mais qui se heurte à la complexité du terrain. Car, pendant que les engagements se multiplient, les infrastructures continuent de vieillir et les débordements persistent. Plusieurs reconnaissent aujourd’hui que les investissements nécessaires n’ont pas été faits au bon moment. « L’usine a manqué d’amour », résume Jean-Philippe Gadbois.

Un effet domino

Au-delà de l’environnement, les impacts se répercutent sur l’aménagement du territoire. « Si je n’ai pas les capacités en termes d’égout, je ne peux pas accepter de nouveaux projets », rappelle Nadine Brière. Résultat, le développement se déplace. Moins de raccordements aux réseaux signifie plus de constructions en périphérie, avec puits et fosses septiques. « Cette situation-là nous force à faire davantage d’étalement urbain. » Un paradoxe pour une région qui cherche à protéger ses milieux naturels.

Un équilibre fragile

Étangs aérés

À proximité des bassins, un projet d’observatoire ornithologique doit voir le jour. Une passerelle permettra d’observer les oiseaux attirés par ces milieux artificiels devenus habitats. Le contraste est frappant. D’un côté, des installations sous pression, héritées d’une autre époque. De l’autre, une nature qui s’adapte, tant bien que mal.

Entre les deux, une question demeure : combien de temps encore la rivière du Nord pourra-t-elle absorber ce que les infrastructures n’arrivent plus à contenir?

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.