Itinérance : hausse de 152 % à Sainte-Adèle
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
La situation des personnes en situation d’itinérance à Sainte-Adèle connaît une progression marquée depuis les derniers mois, soulevant à la fois des préoccupations et des appels à une meilleure coordination des ressources.
Le nombre de personnes recensées sur le territoire a connu une hausse rapide. Alors qu’on en dénombrait environ 36 à l’automne dernier, ce chiffre atteignait 91 à la fin du mois de mars, soit une augmentation de plus de 150 %.
De plus en plus visible
C’est une progression difficile à expliquer de façon précise, admet la mairesse Nadine Brière, mais qui coïncide notamment avec l’ouverture d’une halte climatique au centre-ville. « Le fait d’avoir un endroit qui offre des services attire des gens, y compris de municipalités voisines », selon elle. Ce sont des municipalités voisines qui n’offrent pas de services du genre.
Toujours selon ses propos, cette visibilité accrue transforme également la perception du phénomène dans une ville où la réalité était auparavant plus discrète. « Avant, c’était davantage caché. Aujourd’hui, on la voit », affirme la mairesse, évoquant la présence de campements dans certains parcs, des interventions policières plus fréquentes et des préoccupations exprimées par des commerçants et des citoyens. Des actes de vandalisme, la fermeture de certaines installations publiques et même le déplacement d’activités municipales, comme un camp de jour, sont envisagés pour assurer la sécurité.
Du côté communautaire, le regard est nuancé. Élise Gauthier, intervenante à la halte climatique L’Escale, insiste sur le fait que la présence de personnes en situation d’itinérance ne date pas d’hier. « Il y en a toujours eu », rappelle-t-elle. Selon elle, la situation actuelle s’inscrit plutôt dans une tendance de fond liée à la crise du logement. La hausse des loyers, la disparition de logements abordables et la transformation du marché locatif ont progressivement fragilisé une partie de la population.
Des ressources essentielles, mais insuffisantes
Elle explique que plusieurs personnes, autrefois logées dans des motels à bas prix, ont perdu cet accès au profit d’une clientèle plus solvable. « Ces gens-là se sont retrouvés sans solution. Certains dorment chez des proches, dans leur voiture, ou finissent par se retrouver à la rue », dit-elle. La réalité demeure souvent invisible, notamment pour ceux qui ne fréquentent pas les ressources.
Depuis son ouverture en novembre, la halte climatique a accueilli 91 personnes différentes et enregistré plus de 1000 visites. Un chiffre qui illustre à la fois l’ampleur des besoins et l’importance de ce type de service. L’organisme offre un lieu pour se réchauffer, se laver, manger et, lors des périodes de grand froid, dormir. « La ressource est plus importante que jamais », souligne Mme Gauthier.
Malgré les défis, elle insiste sur les retombées positives. Certains usagers ont réussi à retrouver un emploi ou amorcer une démarche de réinsertion. « Il y a des belles histoires. Ce sont des citoyens qui veulent retrouver un équilibre », rappelle-t-elle, souhaitant déconstruire certains préjugés.
Les deux perspectives convergent toutefois sur un point, et c’est que les ressources actuelles sont insuffisantes pour répondre à la croissance des besoins. La mairesse souligne le manque de moyens au niveau municipal, notamment en ce qui concerne les services spécialisés. « On n’est pas outillés pour faire face à cette réalité », dit-elle, mentionnant la présence limitée de travailleurs de rue et la pression exercée sur les services policiers.
Changer l’approche
Mme Gauthier plaide pour une approche plus globale et concertée à l’échelle de la MRC des Pays-d’en-Haut. « Les personnes se déplacent vers les endroits où il y a des services. Toutes les municipalités doivent prendre part à la solution », affirme-t-elle. Elle insiste également sur la nécessité de développer des logements hors marché et des services d’accompagnement pour favoriser la réinsertion.
Au-delà des chiffres, les deux intervenantes s’entendent pour dire que le phénomène est appelé à évoluer. La mairesse parle d’un « changement du visage » de l’itinérance, désormais bien présent dans la région. Une réalité qui exige, selon elle, des réponses rapides et coordonnées.