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La blonde de mon fils

Par Josée Pilotte

Mon fils a une blonde!

Je n’y crois pas encore, mais ça devait bien arriver un jour.

Pourtant, je ne suis pas certaine d’être encore tout à fait prête à assumer mon rôle de belle-mère. Car quand je me regarde dans le miroir… messemble que j’n’ai pas l’air d’une belle-mère. Messemble.

Toujours est-il que l’autre jour, on était dans la voiture, Chéri, moi, Antoine et… elle, elle ma… «belle-fille»?! Ça discutait derrière:
– Mais, qu’est-ce qu’elle va faire?
– Rien.
– Elle va rester chez elle à rien faire?
– Oui, et ses parents refusent dorénavant d’aller la reconduire à l’école…

L’arrière de la voiture – joli duo, de jolis tourtereaux – m’explique que le père de la décrocheuse en question a trompé sa mère qui, frustrée, a claqué la porte. «Tu comprends, “belle-maman (!)”, que maintenant elle fait suer ses parents en faisant full conneries pour attirer l’attention…».

Et bien donc, ça l’a l’air que décrocher c’est le boutte d’la marde pour faire chier ses parents.

Je dois vous dire d’emblée que tout ce joli monde est en 3e secondaire. On est à l’école privée, on est dans les Laurentides.

On est aussi dans la réalité du nouveau millénaire qui n’est plus une nouveauté: celle du divorce. On est loin du tabou d’il y a vingt ans qui l’entouraient; aujourd’hui le divorce se consume comme les unions et se consomme comme du fast-food. On oublie peut-être un peu vite que bien nous nous y soyons habitués, le divorce reste pour un enfant un drame. Un drame qui risque toujours d’en entraîner d’autres… comme le décrochage scolaire, justement. Et puisque le décrochage scolaire ou, tel que renommé par la ministre de l’Éduction, «la persévérance scolaire» est à la mode… ben ça «l’a l’air» qu’on «persévère» scolairement chez les enfants de divorcés! Pis ça fait chier.

Je ne sais pas toute l’histoire de cette jeune fille de 15 ans, mais la seule chose qui m’a semblé bonne à dire à mon fils et à son amoureuse, c’est que l’amie en question a sûrement besoin d’amis justement; elle a aussi besoin d’amour et d’exemples qui peut-être la feront chanter

de nouveau.

Elle aura besoin de multiples petites choses qui parfois se transformeront en de grandes rencontres. Des rencontres qui marquent une vie entière. Comme cette professeure de chorale, Desneiges Simard, qui par sa folie passionnée fait des miracles avec nos jeunes petits loups.

Il faut la voir, cette avocate qui plusieurs fois par semaine fait virevolter sa toge comme Whoopi Goldberg sa soutane dans Rock’n Nonne, une avocate électrisante qui fascine carrément les enfants. Cette «Rock’n Law-yer» des temps modernes emmène les enfants dans son monde à elle, même les plus turbulents, les plus lunatiques de la «génération Ritalin», cette génération qui donne pourtant tant de mal aux professeurs. Elle les emmène dans son monde, et ce monde est beau.

Si je vous en parle de ça, c’est que je la vois aller, puisque mon petit Lou fait partie de la chorale de Saint-Sauveur. Je la vois se déchaîner, sans retenue aucune, habitée par une passion qui émane d’elle et déborde complètement à l’extérieur…

Elle joue pour les enfants, avec la vie. Pour la vie, avec les enfants.

Je la vois aller et je me dis que ça prend vraiment une grande liberté face à soi-même pour faire craqueler le maquillage de ses propres barrières, pour fissurer l’image de «la grande personne».

Mon fils l’adore. Lui pourtant timide de nature s’est transformé sous nos yeux, semaines après semaines, grâce à l’enthousiasme contagieux de cette avocate hors norme qui a l’air de complètement s’amuser dans la vie.

J’imagine que si nos enfants croisaient plus

de «Madame Desneiges», plus de modèles dans leur vie… il y aurait moins choses qui

feraient chier.

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