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Chaos calme

Par Josée Pilotte

Virée, la semaine dernière, sur les routes mexicaines. Le soleil était au rendez-vous. Le bleu du ciel de la mer y était aussi. Virée mexicaine avec Chéri, sans enfants, un petit bonus de couple. Ma belle-mère dit toujours qu’il faut «cultiver son couple» pour qu’il «survive» à tout le chaos. Et je ne sais pas pourquoi mais elle a toujours raison, ma belle-mère. Une semaine de semblant de liberté, y’a vraiment de quoi se prendre pour Che Guevara nowhere, en moto, sur les routes de l’Amérique. Des fous, je vous dis. Un chaos calme comme il ne nous est pas souvent permis d’en vivre.

Une semaine, seuls, n’adressant la parole à aucune âme qui, en dehors de nous deux, méritait notre attention. J’exagère peut-être un peu, il nous est parfois arrivé par nécessité, souvent parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire, de commander «una cervasa, por favor» à de gentilles âmes mexicaines. On a beau dire, mais c’est fou ce que peut faire le soleil, una cervasa et un semblant de liberté. Ça ressemble à de longs préliminaires, longs mais pas trop, juste ce qu’il faut pour qu’ils soient bons. Sea, sexe, sand, and sun. Siesta et ccerrrrversa… si senior! Oui monsieur, c’est ça la vie!

Question 1: «Dis donc Chéri, est-ce que c’est normal que tous les hommes aiment aller aux putes?»
– (…)
Question 2: «Êtes-vous vraiment tous des cochons, pervers finis, des genres d’animaux en quête d’un coït sans fin?».
– (…)

Question 3: «Tu ne réponds pas?».
– (…)
«C’est bien ce que je pensais».

C’était mercredi, le soleil était au rendez-vous. Le bleu du ciel de la mer aussi. Ici le printemps ressemble à une chaude journée de juillet chez nous. Dieu qu’on est bien en vacances. Ce n’est pas que je voulais les assombrir par ces trois questions à Chéri, c’est que les livres qui m’accompagnaient dépeignaient ces anti-héros torturés… et tordus. Si ça vous intéresse, il s’agit de 39 ans bientôt 100 de l’auteur Fred Dompierre, et de L’Égoïste romantique de Frédéric Beigbeider.

Comme on annonce la mort prochaine du livre sous sa forme actuelle, je m’efforce de tourner le plus de pages possible avant la grande catastrophe. Qu’on ne me dise pas que l’avenir du livre est sur l’écran de mon iPhone, je renonce à y croire. Le cathodique ne permettra jamais cette communion que l’on vit au contact du papier. Jamais.

Qu’adviendra-t-il si nous ne pouvons plus le tenir, le sentir, tourner ses pages une à une d’un simple mouvement d’un l’index mouillé? Quand je pense à tous ces livres que j’ai malicieusement cornés pour mieux y revenir. Quand je pense à tous ces livres que j’ai «espièglement» annotés pour mieux m’en nourrir. Tous ces livres que j’ai torturés pour mieux les aimer.

Le voyage c’est un K-O au métro-boulot-dodo.

C’est le tournant de la tempête du quotidien qui finit par s’échouer sur une plage.

Le voyage, c’est aussi un Chaos calme.

C’est un livre dont l’histoire finit par s’échouer sur une page.

Le chaos calme d’un couple, c’est la mer et l’amour.
(Vous l’aurez constaté: la lecture du roman Chaos calme a bercé quelques-unes de mes journées mexicaines. Pour ceux que ça intéresserait, l’auteur est Sandro Veronesi, et la maison d’édition est Grasset.)

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