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«Trashdance»

Par Josée Pilotte

What a feeling? Avec-vous été de celles qui ont trippé sur le film Flashdanse dans les années ‘80? Vous vous souvenez de la scène du beau mec en Porsche qui vient chercher la jolie soudeuse dans sa shop? Je m’en pouvais plus!, et surtout je ne me lassais pas comme adolescente de regarder ce film. On a toutes un jour essayé de faire sa fameuse «steppette» au cour de ballet jazz, à la danse du vendredi soir au sous de l’église, ou bien encore, surtout, seule dans sa chambre devant son miroir. C’était l’é-poque du spay-net, des cheveux crêpés, du jean zippé à la fourchette avec la brosse à cheveux dans la poche arrière. Et de la boutique Au Coton.

Je vous avoue que ce film a fait longtemps rêver mon petit cœur fleur-bleue. Hum… moi fleur-bleue? En tous cas… Ce n’est pas le sujet.

Toujours est-il que v’là-tu pas que mon fantasme d’adolescente tourne au cauchemar en regardant ce qu’en ont fait les grandes pontes de la publicité, les petits Beigbeder de la pub boboche. Non mais avez-vous vu la pub de KIA? Avez-vous vu le gars qui se dandine sur l’air de Flashdance entre deux chars en voulant avoir l’air sexy? Sur l’air deFlashdance!!, vous vous rendez compte les filles, cette parodie grossière, cette insulte au film culte de notre jeunesse pour vendre des chars qui sont comme le mec de l’annonce: des modèles de-base-pas-d’extra, sans caps de roues…

Vous vous rendez compte les gars, Shame on you, pendant que nous, on déchire nos brassières sur le calendrier Molson, vous, vous mettez même pas vos bobettes, quand on vous diminue, vous reléguant au rôle de simples hommes-objets. Je ne comprends pas Dallard qui ne s’offusque pas à la vue de l’homme-larve, du ver dansant comme il dit si bien. Même si tu ne te reconnais pas là-dedans, tu pourrais au moins avoir de la solidarité pour ta race; ah pis, laisse faire ta race, tu pourrais être solidaire de l’humanité parce qu’en faites ces images vont au-delà des sexes; elles déconsidèrent l’Humanité elle-même. On est pas des vers dansant, putain!, on est des êtres pensants.

Au fond tu me désoles avec ton détachement, tu es bien loin de ta supposée citation fétiche: «Rien de ce qui est humain ne m’est étranger» (Terence).

Au-delà de tout ça, à qui cette pub s’adresse-t-elle? On est-tu assez caves pour gober tout ça? Ou bien de simples rats de laboratoire qui se font barouetter entre les seins de Pam Anderson et la bière qu’elle est supposée représenter? Nous ne sommes quand même pas la larve pseudo-sexy de KIA qui essaye de nous vendre un char! J’aimerais croire qu’on est autre chose, mais après avoir lu 99F de Beigbeder et même écouter le film (qui sortira prochainement ici), j’en doute fortement. Parce que la pub est le produit de nos fantasmes, de notre folie collective, de nos excès. Et surtout de notre désensibilisation à tout ça. Tous à la fois exhibitionnistes et voyeurs.

Tout le cynisme du monde publicitaire se résume d’ailleurs dans cette phrase du film: «Je m’insinue dans cerveau… Quand, à force d’économie, vous finirez par vous payer la voiture de vos rêves… je l’aurai déjà démodée.»

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