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La croisée des chemins

Par Frédérique David

Un autre été tire à sa fin et laisse déjà entrevoir un automne chargé, à saveur de campagne électorale. Cet été aura été celui des retrouvailles en famille. Pour de nombreux immigrés, il fut l’occasion tant attendue de serrer à nouveau dans ses bras une mère, un frère, une nièce, après des années de séparation forcée. Les aéroports étaient la scène de bouleversantes retrouvailles, sous les yeux exténués d’employés débordés. Pendant ce temps, les routes du Québec étaient envahies de touristes en mal d’évasion. Les frustrations pandémiques ont été mises de côté quelques mois. Il le fallait pour notre santé mentale collective.

Malheureusement, soleil et farniente n’effacent pas tous les maux de la Terre. Cet été 2022 a aussi été marqué par des signes d’urgence climatique sans pareils. Notre belle planète brûle de tous bords et les brasiers deviennent impossibles à maîtriser. Nombreux sont ceux qui ont goûté à des canicules historiques, avec des températures record qui perdurent depuis des semaines. Les images de la Loire asséchée, en France, que l’on traverse désormais à pied, ont fait le tour de la Toile. De nombreux fleuves et cours d’eau ont présenté un visage de désolation. Des glaciers ont fondu. On apprenait la semaine dernière que l’Arctique se réchauffe quatre fois plus vite que le reste de la planète. La faune est particulièrement vulnérable aux stress environnementaux devenus chroniques. Des scientifiques découvrent l’éclosion de maladies causées par ces changements climatiques. Nathalie Rose Le François, chercheuse à la Division Collections vivantes et recherche du Biodôme de Montréal, a récemment participé à une expédition dans l’Antarctique au cours de laquelle des tumeurs sur la peau ont été observées sur un nombre anormalement élevé d’une espèce de poisson. Les constats sont accablants. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller avant d’entreprendre le virage à 180 degrés nécessaire à notre survie? Des villes comme Paris se penchent sur des scénarios pour s’adapter à des températures de 50 degrés au cours des prochaines décennies. On préférerait entendre des scénarios pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Au Canada, 24 % de ces émissions viennent du secteur du transport et des solutions existent. Encore faut-il une volonté politique. Nous sommes arrivés à la croisée des chemins sur le plan climatique et nous ne pouvons plus nous permettre d’emprunter la même route de manière insouciante.

L’été a également été marqué par d’autres révélations d’abus sexuels. La vague de dénonciations du mouvement #Me too ne s’est pas éteinte et c’est tant mieux. Les tentatives d’explications des dirigeants de Hockey Canada n’ont fait que confirmer l’existence de « Boys club », depuis longtemps dénoncée par Martine Delvaux, qui continue d’entretenir une odieuse culture du silence. Dans les hautes sphères de notre société, des comportements sexistes et misogynes persistent. On entretient une odieuse solidarité masculine qui mène à des déclarations aussi scandaleuses que celle du président français Emmanuel Macron qui a défendu son ministre de l’Intérieur accusé de viol en disant avoir eu une discussion « d’homme à homme »! Cette culture de masculinité toxique touche malheureusement plusieurs sphères de notre société, du sport en passant par la politique et par le monde des affaires. Le gouvernement Legault a rapidement failli à sa promesse de parité au Conseil des ministres en nommant sans cesse des hommes pour remplacer des femmes. Là encore, nous sommes arrivés à la croisée des chemins et il est temps d’entreprendre sérieusement et efficacement des changements. En 2022, les femmes méritent d’être mieux traitées et mieux représentées. Elles méritent d’être écoutées quand elles ont le courage de dénoncer des abus. Elles méritent aussi d’être mieux protégées pour que des drames comme la disparition de femmes et de filles autochtones ne se répètent jamais. Les Boys club n’ont plus leur place dans aucune sphère de notre société!

L’automne sera rythmé de débats politiques en vue des élections. Souhaitons que celles et ceux qui aspirent à prendre des décisions en nos noms mesurent l’urgence d’agir pour que nos enfants puissent grandir dans un monde plus respectueux. Souhaitons qu’ils réalisent que nous sommes arrivés au pied du mur, à la croisée des chemins, et que les petites décisions insignifiantes n’ont plus leur place. Il faut oser de grands virages. Parce qu’on est rendu là. Parce que nos enfants méritent de vivre dans un monde meilleur.

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