(Photo : Gracieuseté - Fédération québécoise des échecs)
Emanuel Kot, Anthony Atanasov et Anaïs Chloé Fiset 

Deux jeunes Canadiens écrivent une page d’histoire aux échecs

Par Jean-Simon Guay

À l’approche de la Journée internationale des échecs, célébrée le 20 juillet, le maître international Emanuel Kot, de Rawdon, a contribué à écrire l’une des plus belles pages de l’histoire canadienne de cette discipline. Au Championnat jeunesse du monde des moins de 18 ans, disputé récemment à Montesilvano, en Italie, il a terminé premier ex æquo avec son compatriote Anthony Atanasov, récoltant neuf points en onze parties.

Le titre mondial est finalement revenu à Atanasov au bris d’égalité, tandis que Kot a décroché la médaille d’argent. Selon la Fédération internationale des échecs (FIDE), cette double performance constitue l’une des meilleures de l’histoire du Canada dans cette compétition. Le tournoi réunissait 758 joueurs provenant de 84 pays.

La délégation québécoise a également pu compter sur une autre excellente prestation. Dans la catégorie féminine U18, Anaïs Chloé Fiset a obtenu 6,5 points en 11 parties, ce qui lui a permis de terminer parmi les 25 meilleures joueuses au monde.

Une dernière occasion bien saisie

Pour Emanuel Kot, cette compétition représentait bien plus qu’un simple championnat. « Je voulais vraiment finir sur le podium, puisque c’était ma dernière occasion de jouer ce championnat-là », raconte le jeune joueur, qui aura 18 ans en décembre et quittera donc les catégories jeunesse.

Contrairement à plusieurs observateurs, il ne cache pas qu’il visait une médaille avant même le début du tournoi. « Pour plusieurs, c’était peut-être une surprise. Pour moi, je visais vraiment le podium. »

Le moment décisif est survenu lorsqu’il a vaincu, pour la première fois de sa carrière, un grand maître international norvégien. « Après cette victoire, j’ai senti que j’avais une chance de monter sur le podium. »

Il souligne également le caractère exceptionnel du résultat obtenu par les deux représentants canadiens. « Je pense que c’est la première fois dans l’histoire qu’il y avait deux Canadiens ex æquo à la première place. »

Des milliers d’heures de travail

Né en Pologne, Emanuel Kot est arrivé au Québec à l’âge de quatre ans. Il a appris les règles des échecs vers six ans grâce à son père avant de poursuivre sa progression de façon largement autodidacte, avec l’aide de livres et d’un entraîneur polonais rencontré en ligne.

Derrière ce succès se cachent toutefois bien des sacrifices. « On sacrifie une partie de notre vie pour les échecs », reconnaît-il. Les longues heures d’entraînement, les déplacements et les compétitions laissent peu de temps pour les loisirs ou les sorties entre amis.

Son prochain objectif est maintenant d’obtenir le prestigieux titre de grand maître international. Pour poursuivre sa progression, il devra toutefois participer à davantage de tournois internationaux, une étape essentielle pour affronter les meilleurs joueurs et obtenir les normes nécessaires. Or, ces déplacements représentent un coût important. « Au Canada, les échecs ne sont pas très populaires. C’est difficile de trouver des commanditaires », explique-t-il.

Le jeune joueur est d’ailleurs à la recherche de partenaires financiers qui pourraient l’aider à poursuivre son parcours sur la scène internationale.

Une passion bien vivante dans les Laurentides

Reconnus officiellement comme un sport par le Comité international olympique, les échecs demeurent une discipline discrète au Québec. Les Laurentides comptent néanmoins une communauté active de passionnés.

À Saint-Jérôme, le Club d’échecs La Variante constitue la principale référence régionale depuis près de 40 ans. Affilié à la Fédération québécoise des échecs, il organise des soirées de jeu hebdomadaires, des tournois homologués et des activités destinées aux joueurs de tous les niveaux.

Ailleurs dans la région, de plus petites initiatives cherchent également à développer cette communauté. À Saint-Sauveur, par exemple, un jeune club fondé il y a un peu plus de deux ans souhaite offrir un point de rencontre aux amateurs des Pays-d’en-Haut afin de leur éviter de devoir systématiquement se déplacer vers Saint-Jérôme.

Son fondateur, Gabriel Ouellette, y offre également des cours pour les joueurs débutants et intermédiaires, en plus d’organiser des tournois amicaux. Il invite les passionnés de tous les niveaux à venir jouer en groupe à la Maison des jeunes de Saint-Sauveur afin de développer une véritable communauté locale autour des échecs.

Un sport qui attire une nouvelle génération

Les plateformes numériques ont largement contribué à faire découvrir les échecs à une nouvelle génération de joueurs, mais les clubs constatent aussi un retour vers les activités en personne.

Au Québec, la Fédération québécoise des échecs rapporte une hausse de son nombre de membres au cours des dernières années et une participation record aux compétitions jeunesse.

Pour Emanuel Kot, la passion demeure le moteur principal. « Si quelqu’un aime vraiment les échecs, il peut y trouver beaucoup de beauté. »

Son parcours rappelle qu’au-delà des trophées et des classements, les échecs restent avant tout une école de patience, de réflexion… et de persévérance.

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