(Photo : Gracieuseté - SMT Productions )

Noah Lanthier : apprendre à ne pas atteindre la ligne d’arrivée

Par Jean-Simon Guay

Après une année de préparation, Noah Lanthier rêvait de parcourir les 2 500 kilomètres de la Race Across Québec. Une blessure au genou l’a forcé à s’arrêter après environ 450 km. À 19 ans, le jeune athlète de Morin-Heights découvre que rêver grand, c’est aussi apprendre à composer avec l’échec.

Pendant près d’un an, le Haut-Morinois Noah Lanthier a organisé une partie de sa vie autour d’un chiffre : 2 500.

Deux mille cinq cents kilomètres à vélo, plus de 25 000 mètres de dénivelé et dix jours au maximum pour compléter la Race Across Québec en semi-autonomie.

Mais après environ 450 kilomètres, une douleur au genou a mis fin au projet. « Les premières 72 heures ont été particulièrement difficiles », raconte le jeune homme de 19 ans. « J’avais l’impression de décevoir les gens autour de moi et de ne pas être à la hauteur. »

Une douleur qui ne part pas

Noah prend le départ à Bromont à 20 h. Après une première nuit sur les routes de l’Estrie, il rejoint Magog, dort environ trois heures dans un motel, puis reprend la route.

Dans les heures suivantes, il parcourt quelque 330 kilomètres et accumule plus de 6 000 mètres de dénivelé, notamment en passant par le lac Mégantic.

« Tu traverses de petits villages et des dépanneurs isolés tôt le matin, avec le froid et la rosée à environ 7-8 °C », explique-t-il. « Certaines montées deviennent extrêmement difficiles et tu te retrouves à pleurer tellement l’effort est intense », ajoute-t-il.

Lorsqu’il atteint une première base de vie, il est fier : il est le plus jeune participant à s’y rendre et se sent toujours en pleine possession de ses moyens.

Après quelques heures de sommeil, tout bascule.

Une douleur apparaît au genou. Il croit d’abord à une simple raideur, prend du Tylenol, applique du ruban de physiothérapie et tente de continuer. Une quinzaine de kilomètres plus tard, il roule en pleurant de douleur. « Je voulais appeler ma mère, mais je n’avais pas de réseau », raconte-t-il.

Il réussit à atteindre Saint-Malachie, où il trouve de la glace dans un dépanneur. Après avoir discuté avec son entraîneuse, un ami médecin et l’organisation, la décision tombe : continuer risquerait d’aggraver sa blessure.

Sa course est terminée.

Pour son grand-père

Le défi avait pourtant une signification qui dépassait largement la performance sportive.

Atteint de la maladie de Parkinson, son grand-père avait été très actif, pratiquant notamment le vélo et le ski de fond avec le père de Noah. Le jeune homme l’a connu alors que la maladie était déjà présente.

La Race Across Québec est ainsi devenue une manière de lui rendre hommage tout en recueillant des fonds pour Parkinson Québec.

Dans les moments difficiles sur son vélo, particulièrement dans le froid, la noirceur et les longues ascensions, Noah dit avoir pensé à lui. « Ce que je vivais sur mon vélo était difficile, mais ce n’était rien comparativement à ce qu’il avait vécu avec la maladie. »

Sa campagne a jusqu’ici permis d’amasser environ 4 500 $, sur un objectif initial de 5 000 $. Malgré son abandon, un documentaire réalisé par des jeunes de son âge doit être présenté cet automne lors d’une soirée caritative à Sainte-Agathe-des-Monts.

Des week-ends de 800 kilomètres

Noah baigne dans le plein air depuis son enfance. À 15 ans, il participe notamment à une expédition de 24 jours sur la rivière Harricana, d’Amos jusqu’à la Baie-James, sans réseau ni contact avec l’extérieur.

Suivront le ski hors-piste, le triathlon, le demi-Ironman, l’ultra-trail et finalement l’ultracyclisme.

Pour préparer la Race Across Québec, certaines semaines d’entraînement atteignent une vingtaine d’heures. Ses plus gros week-ends totalisent jusqu’à 800 kilomètres.

C’est aussi pourquoi les 450 kilomètres accomplis sont encore difficiles à considérer comme une victoire. « Dans mes entraînements, je pouvais faire des week-ends de 800 km, donc 450 km me semblent courts comparativement à ce que je pensais être capable d’accomplir. »

Le numéro 005 reviendra

Quelques jours après cette aventure, Noah amorce ses études à Polytechnique Montréal. Nouveau programme, nouvel appartement et nouvelle vie en ville.

Mais son histoire avec la Race Across Québec n’est pas terminée.

Le jeune homme affirme avoir été le plus jeune participant à prendre le départ d’une épreuve de 2 500 kilomètres de la Race Across Series. Il porte le dossard 005, un numéro qui, selon lui, lui est désormais attribué à vie pour ces épreuves.

Il ne sait pas encore s’il reviendra l’an prochain, dans deux ans ou dans trois ans.

Une chose, toutefois, est déjà décidée.

« Le numéro 005 doit terminer la course. »

Pour celui qui voulait démontrer qu’il faut oser rêver grand, l’échec n’aura finalement pas mis fin au rêve. Il n’aura fait que repousser la ligne d’arrivée.

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