Commerçants : s’afficher à Saint-Sauveur, pas si simple
Par Jean-Simon Guay
La couleur. Le matériau. La dimension. La superficie. Le lettrage. L’éclairage. L’emplacement. La structure. Les éléments graphiques. À Saint-Sauveur, afficher le nom de son commerce peut rapidement devenir un exercice complexe.
Accès a rencontré plusieurs commerçants ainsi qu’une entreprise spécialisée en enseignes. Leurs expériences diffèrent, mais soulèvent une même question : les commerçants peuvent-ils savoir suffisamment clairement ce qui sera accepté avant d’investir temps et argent?
« On ne savait même pas que vous étiez là »
Chez William J. Walter Saucissier, les difficultés ont commencé avant même l’ouverture, raconte la copropriétaire Shanon.
Lorsqu’elle et son conjoint ont choisi leur local sur le chemin du Lac-Millette, la visibilité faisait partie de leurs critères. Le couple croyait notamment pouvoir utiliser les deux poteaux devant l’immeuble pour leur affichage. Après la signature du bail, ils ont appris que le terrain appartenait à la Ville. « On a signé notre bail en pensant : OK, on a les poteaux, on va pouvoir avoir une belle visibilité », raconte-t-elle.
Selon Shanon, une enseigne sur le côté de la marquise a ensuite été refusée. Une autre possibilité sur une structure existante n’a pas davantage été permise puisqu’elle empiétait sur la propriété municipale. Restait l’affichage à plat sur le devant de la marquise.
La commerçante s’est alors placée à différentes intersections pour vérifier sa visibilité. « Je suis allé au stop. Je suis allé aux lumières, puis j’ai regardé le magasin : on ne voit zéro l’affichage. »
L’enseigne finalement installée n’a pas mis fin aux démarches. Selon Shanon, la Ville a récemment relevé des différences entre le projet autorisé et l’enseigne installée, notamment dans les éléments graphiques et le support. « Sérieux, je me sentais zéro épaulée », dit-elle.
Et les conséquences se font sentir jusque derrière le comptoir. « J’ai des clients constamment qui me disent : “On ne vous voit pas. On ne savait même pas que vous étiez là.” Puis ça me fait mal. »
« Le gros bon sens devrait aussi exister »

Rachelle Burelle, copropriétaire d’EffigieArt, accompagne depuis plusieurs années des commerçants dans leurs projets d’affichage. Elle précise entretenir de bonnes relations avec la Ville et ne pas voir de mauvaise volonté derrière les difficultés observées. « Je ne pense pas que c’est de la mauvaise volonté de personne, mais il y a une trop lourde bureaucratie pour un village comme Saint-Sauveur. C’est beaucoup trop lourd et trop compliqué », affirme-t-elle.
Selon elle, les règles sont complexes, mais pas nécessairement moins claires qu’ailleurs. « Les règles sont très claires, mais il y a des endroits où le gros bon sens va aussi jouer. »
Mme Burelle dit d’ailleurs avertir ses clients qu’un projet conforme à la réglementation n’est pas nécessairement assuré d’être accepté. « Ça fait au moins deux ans que je dis aux commerçants : on va respecter toute la réglementation, mais je ne peux pas te garantir que ça va passer, parce que, des fois, ils portent des jugements subjectifs », précise Mme Burelle.
Elle cite le dossier de Tout Choux, sur lequel EffigieArt a travaillé. Selon elle, certains choix de couleurs et éléments graphiques ont fait l’objet de décisions qui ne reposaient pas directement sur la réglementation. « Ça, c’est des jugements […] subjectifs », affirme-t-elle.
Des coûts qui s’additionnent
En 2022, Chantal Matte, commerçante de la rue principale, a dû retirer des affiches installées sans permis dans les vitrines de deux espaces commerciaux. Elle évalue leur coût à près de 1 000 $, sans compter l’amende.
Une autre commerçante, qui préfère ne pas être identifiée, dit avoir payé pour demander l’autorisation d’installer un lettrage légèrement plus grand. Sa demande a été refusée.
Le contraste du projet de 4 étages
Plusieurs commerçants ont spontanément fait un parallèle avec le projet du 389, rue Principale, qui nécessitait six dérogations au règlement de zonage, dont une pour permettre quatre étages plutôt que 2,5.
Un PPCMOI permet précisément d’évaluer un projet qui déroge à certaines normes. Certains commerçants comprennent néanmoins difficilement cette marge de manœuvre alors que la couleur ou la disposition d’une enseigne peuvent faire l’objet d’exigences précises.
Revoir les règles
Mme Burelle ne réclame pas la disparition des règles. Elle propose de mieux les adapter aux différents secteurs et davantage de concertation lorsqu’elles bloquent un dossier particulier.
Shanon résume sa demande plus simplement.
« Donnez-moi des règles, puis je vais y aller. En noir et blanc, puis on va suivre à la lettre. »
Pour Rachelle Burelle, le malaise dépasse quelques cas isolés.
« Ce n’est pas un seul commerce qui se plaint. […] C’est beaucoup de commerces. »
La Ville défend son processus
Accès aurait souhaité discuter directement avec un représentant du Service de l’urbanisme afin d’obtenir des réponses aux préoccupations soulevées par les commerçants. C’est finalement Marie-Ève Beaumier, directrice générale adjointe – Communications, partenariats et relations avec les citoyens, qui a répondu par écrit au nom de la Ville.
Saint-Sauveur reconnaît que les démarches liées à l’affichage peuvent « parfois paraître complexes », mais soutient que les exigences visent à préserver la qualité visuelle et le caractère villageois. Elle rappelle qu’un accompagnement est offert aux commerçants par le Service de l’urbanisme.
La Ville reconnaît également qu’une part d’appréciation intervient dans les secteurs assujettis à un Plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA). Si certaines normes sont objectives — dimensions, emplacement ou éclairage —, l’intégration d’une enseigne fait aussi l’objet d’une évaluation qualitative.
« Deux projets présentant des caractéristiques similaires peuvent faire l’objet d’appréciations différentes », précise la Ville, qui reconnaît que l’application des critères nécessite « l’exercice d’un jugement discrétionnaire ».
Concernant William J. Walter Saucissier, la Ville affirme être ouverte à examiner différentes solutions, mais rappelle qu’il revient au commerçant de s’assurer que son local et son emplacement répondent à ses besoins avant de signer un bail. Les contraintes liées au domaine public peuvent également limiter les possibilités d’affichage.
Enfin, les enjeux liés à l’affichage pourront faire partie des discussions entourant l’actualisation du PPU. La Ville affirme que les commerçants et les professionnels du domaine pourront être appelés à contribuer à cette réflexion.