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Cent messes pour le repos de mon âme

Par Production Accès

Bas-Canada 24 février 1844, Pierre-Édouard Leclère le 1er chef de police de la ville de Montréal, fait son testament. Rappelons pour les lecteurs qui n’étaient pas présents en 1844 (…) que Pierre-Édouard Leclère fut l’ennemi acharné des patriotes pendant la période des rébellions de 1837-1838 et qu’il instaura sur la demande de Lord Durham le premier corps de police en Amérique, une police plutôt politique, il fut aussi notaire (après quelques échecs…) et propriétaire du journal «L’Ami du Peuple, de l’Ordre et des lois» journal financé en sous main par le clergé en l’occurrence les sulpiciens de Joseph Vincent Quiblier, pour contrer les visées laïques et démocratiques des patriotes.

Toujours est-il, que l’ami Leclère fit son testament dans lequel il déclarait: «Je laisse à mon épouse bien aimée le soin de me faire inhumer convenablement et suivant mon état. Je la prie de me faire dire cent messes pour le repos de mon âme. Je donne et je lègue à ma dite épouse, Marie Josephte Castonguay, l’usufruit de tous les biens, tant meubles qu’immeubles, de quelque nature qu’il soient, que je délaisserai à l’heure de mon décès». Puis plus avant dans son testament olographe, il ajouta: «pourvu toutefois qu’elle ne convole pas en secondes noces».

Cette petite bassesse qui liait l’héritage à son épouse et à ses enfants à la condition qu’elle ne se remarie pas, n’est toutefois pas le propos de notre écrit, bien que ce soit là matière à juger l’individu.

Pour l’historien, le lecteur et l’Histoire du Québec, il y a un point d’intérêt particulier auquel nous devons nous attarder puisqu’il y eut un codicille à ce testament, écrit le 6 novembre 1852, huit ans plus tard.

En voici les termes: «J’ordonne que ma bonne épouse et mes enfants, nés de notre mariage, payent à la Corporation du Séminaire de Saint-Hyacinthe pour être employé aux fins de l’éducation Morale et religieuse, une somme de neuf mille cinq cent livres, ancien cours, (70 000$ de nos jours) pour laquelle je suis responsable en conscience, tel que le tout est expliqué dans le document ci-annexé.»

Voilà l’intérêt, nous aurons l’explication de la provenance de cette forte somme qu’il lègue à l’Église plutôt qu’à ses héritiers légaux. Cette somme doit être remise au Supérieur du Séminaire de Saint-Hyacinthe à raison de cinquante livres annuellement. Allons voir ce document annexé, daté du 17 mars 1851. Il s’agit de l’Opinion de l’évêque de Montréal Mgr Ignace Bourget: «Un individu. Il y a environ 60 à 80 ans est descendu des pays de l’ouest avec une somme de 12,000 francs et cet individu est mort quelques jours après son arrivée, sans héritiers connus et sans dispositions testamentaires.

Un de ses amis s’est emparé de cette somme et s’est rendu possesseur d’une propriété avec cet argent.

Plus tard cet ami a reçu de son confesseur l’adjonction de faire de bonnes oeuvres au montant de la somme, de faire dire des messes; il en a fait dire pour 2500 francs et a obligé ses ayant cause à acquitter le reste de la somme.» Plus avant dans son Opinion l’évêque sans mentionner le nom de celui qui lui demande son avis, conclu: «L’individu en question peut décharger sa conscience en donnant les 9500 francs qu’il doit appliquer en bonnes oeuvres au Séminaire de Saint-Hyacinthe».

Première interrogation: qui est cet individu «descendu des pays de l’ouest»?

Il ne peut s’agir que d’un Voyageur ou d’un coureur des bois, et puisqu’il est descendu il y a environ 60 à 80 ans, cela exclu Pierre-Édouard Leclère, mais son beau-père, Jean-Baptiste Castonguay était un trafiquant de fourrures, et comme les années de son commerce correspondent à cet événement, et que de l’aveu de Pierre-Édouard Leclère, il (Pierre-Édouard) acquérra la dite propriété, qui à l’origine avait été achetée par celui qui s’était emparé de la somme du décédé, et que la dite propriété acquise par Leclère, probablement par voie de testament ou de donation lors de son mariage, mais conditionnelle, «d’acquitter ces messes», nous pouvons vraisemblablement et logiquement en conclure, que les termes «Un individu» et «l’individu en question» désignent le beau-père et Pierre-Édouard Leclère.

L’évêque ayant sciemment omis de mentionner les noms, ce qui nous apparaît rejoindre le secret de la confession, nous serions ainsi en présence d’une confession écrite, peut être à la connaissance de l’Histoire du Québec, de la seule confession écrite présente dans nos archives.

Pierre-Édouard Leclère ayant profité pendant des décennies de cette propriété que lui avait transmise son beau-père, tout en respectant la condition de payer des messes, se vit confronté à l’approche de sa mort, de se confesser pour libérer sa conscience de ce poids d’un bien acquis malhonnêtement.

Fort de l’avis de son évêque, il choisit de remettre l’équivalent de la somme subtilisée, sous forme de paiement annuel que devraient respecter ses héritiers, somme qui leur permettrait toutefois de profiter de l’usufruit.

Devant cette confession qui nous est parvenu d’un autre siècle, je ne peux que faire appel au premier ministre Jean Charest, «le père du pléonasme: notre première priorité», le sachant L’Ami du Peuple, de l’Ordre et des lois… afin qu’il mette sur pied une commission d’enquête pour que certains, dont je ne mentionnerai pas les noms, puissent s’y confesser… 

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