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Drame de Piedmont

Par nathalie-deraspe

L’Hôpital régional de Saint-Jérôme doit maintenant gérer l’après-crise

Deux semaines après l’assassinat d’Olivier et Anne-Sophie Turcotte, le Québec se relève peu à peu de ses émotions. Mercredi, la direction de l’hôpital où oeuvrait le père jusqu’à la toute veille de la tragédie, a expliqué comment l’établissement a réussi à gérer la pire crise de son histoire.
«L’onde de choc a été très violente, relate le Dr Louis-André Lacasse, directeur des services professionnels. L’hôpital est un milieu tissé très serré et deux grandes familles étaient affectées: celles des cardiologues et des urgentologues. Dans toute entreprise, c’est un drame. La différence supplémentaire au niveau des médecins, c’est qu’ils construisent une carapace autour de leurs émotions. Ils doivent sortir de leur monde rationnel. Parce qu’il n’y a rien de rationnel à ce qu’il vient de se produire. Beaucoup de mes collègues se sentaient immensément coupables. Ils se disaient : comment se fait-il que je n’aie rien vu venir?»

La veille de la tragédie, le Dr Guy Turcotte était toujours très fonctionnel. Le Dr Jean Gauthier, chef du service, a passé au peigne fin tous les dossiers qu’il a traités quelques heures avant le drame pour tenter d’y déceler des indices. Tout était impeccable.

Une expertise spéciale

Dès les premiers instants, une cellule de crise était instaurée. «On n’arrivait pas à localiser notre consoeur», confie le Dr Lacasse. Un expert en psychiatrie de l’Institut Pinel était sur place moins d’une heure après que le personnel de l’hôpital ait su ce qui venait de se produire. «Il fallait orchestrer des mesures afin d’alléger la pression», d’ajouter le directeur général de l’Hôpital régional, François Therrien.

Rapidement, des psychologues ont mis en place un programme d’aide aux employés pour prévoir des rencontres individuelles ou de groupes. Le but étant d’identifier le plus rapidement possible les gens fragilisés par l’événement, tout en tentant de desservir une population de 530 000 personnes. Les autres hôpitaux de la région ont d’ailleurs pris le relais, en acceptant de recevoir de 20 à 25% d’ambulances, bien qu’il leur fallait gérer leurs propres débordements. Parallèlement, un appel lancé à travers le réseau a rapidement trouvé des échos chez plusieurs urgentologues qui d’emblée, sont venus à la rescousse.

En début de semaine, l’hôpital a fait le suivi de ses médecins. Plus de la moitié d’entre eux ont été consultés de manière individuelle ou en groupes. Une soixantaine ont été rencontrés à leur demande. L’hôpital a également fait appel au programme d’aide aux médecins du Québec, qui bénéficie d’une expertise toute particulière.
«Ce drame-là a conscientisé plusieurs de nos collègues à leur vulnérabilité, soutient Louis-André Lacasse. On absorbe une quantité d’émotions qui ne sont pas saines et certains l’ont avoué.» Ceux-là promettent qu’à l’avenir, ils prendront le temps de s’asseoir pour en discuter. L’Agence de santé publique entend d’ailleurs déployer dans les prochains jours une campagne de formation pour que les médecins puissent détecter entre eux tout symptôme dysfonctionnel.

Patients pris en charge

Par ailleurs, l’Hôpital régional tient à rassurer les patients du Dr Turcotte. Ils seront tous pris en charge par le département de cardiologie. Ceux dont la santé est instable seront contactés en premier lieu. Les malades en attente d’un rendez-vous seront vus dans les mêmes délais que prévu, tandis que ceux qui doivent subir des tests, seront orientés selon le niveau de leur maladie, au fur et à mesure qu’ils se présenteront à la clinique d’insuffisance cardiaque.

Jeudi, une vigile était organisée pour permettre aux employés de se recueillir sur leurs lieux de travail.

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