Bals de finissants : un rite de passage aux racines étonnantes
Les bals des finissants ponctuent très souvent l’aboutissement des études secondaires, à quand remonte cette tradition ? Entretien avec un historien.
L’info s’est entretenu avec Pierre Lavoie, il est historien et professeur au département des sciences humaines à Université du Québec à Trois-Rivières.
Selon l’historien, les bals de finissants, tels qu’on les connait en 2026, ne remontent pas à si loin. En revanche, la généalogie du phénomène est beaucoup plus complexe.
« Ça réunit deux choses, les bals de finissants comme on les conçoit aujourd’hui, c’est le rituel de graduation, la fin d’un parcours scolaire d’une part et de l’autre côté, les bals d’adolescents et de jeunes adultes. C’est deux traditions qui se sont réunies au XXe siècle, parce que les cérémonies de graduation, on peut retracer ça aux collations de grade dès le Moyen-Âge dans les premières universités », explique-t-il.
Il poursuit en mentionnant que par la suite, la tradition s’est transmise dans les universités d’Amérique du Nord pour ensuite se propager jusque dans les High School américains, pour finalement s’étendre un peu partout en Amérique du Nord, à mesure que l’éducation secondaire se démocratisait, soit à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle.
« Puis on voit arriver au Québec, au milieu du XXe siècle des cérémonies de fin d’année avec parfois des bals. Dans les archives, on trouve des clips dans lesquels des étudiants commentent le fait que la direction de leur école leur avait empêché de faire un bal, c’était dans les années 1960. Il est probable que dans certaines écoles secondaires montréalaises anglophones, il y a déjà des bals de finissants qui ont lieu autour des années 1940, voire 1930. »
La médiatisation
Il poursuit en mentionnant que la médiatisation a exercé une grosse influence, parce qu’on y voyait des images de ces bals dans des films américains dans les années 1970, 1980 et 1990 en particulier.
« C’est vraiment à partir des années 1980 que ça se met à être une pratique presque généralisée au Québec. Une cérémonie de diplomation suivie d’un bal pour les finissants pendant lequel c’est – pour reprendre un terme universitaire – très hétéronormatif. Donc les jeunes femmes s’achètent une belle robe pour le bal. Les jeunes hommes s’achètent ou louent leur premier costume avec une cravate ou avec un nœud papillon. Il y a quelque chose de très jeune monsieur, jeune madame, dans tout ça. »
Il poursuit en ajoutant que les jeunes (ou leurs parents) qui en avaient les moyens effectuaient la location d’une voiture, voire d’une limousine, pour souligner l’événement.
« Ce sont des codes qui sont beaucoup véhiculés par la culture populaire américaine depuis les années 1980 et qui vont trouver la résonance ici aussi. Les particularités sont plus historiques justement. J’entendais dans les archives audios qui avaient été retrouvées à Radio-Canada, une certaine résistance au moment où on était en train de laïciser, l’éducation secondaire au Québec dans les années 1960, on sentait quand même une certaine résistance à cette idée-là de faire un bal qui permettait une certaine promiscuité entre les jeunes hommes et les jeunes femmes, mais clairement c’était déjà en train d’être demandé certainement de la part des finissants. »
Les films qui ont exercé une influence
Selon Pierre Lavoie, des films tels que Amercian Pie et Carrie, ont exercé une influence sur la venue des bals de finissants dans la province. « Mais il y a des films qui ne présentent même pas des bals de finissants en tant que tels, mais qui ont quand même ultimement eu un impact sur l’imaginaire des bals de finissants. On pense aux bals du film Retour vers le futur, par exemple, ce n’est pas du tout un bal de finissant, mais ça représente beaucoup des codes qui ont été repris », précise l’historien.