(Photo : Gracieuseté)
Estelle Savard, finissante du programme de danse de A.N. Morin.

Estelle Savard : danser jusqu’au bout

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Sans avoir dansé avant le secondaire, Estelle Savard a trouvé dans la concentration danse de l’école Augustin-Norbert-Morin un espace pour apprendre, persévérer et prendre confiance.

Avant son arrivée au secondaire, Estelle Savard n’avait jamais vraiment dansé. C’est donc à l’école secondaire Augustin-Norbert-Morin qu’elle a fait ses premiers pas dans cet univers. « Mes premières expériences en danse, c’était vraiment au secondaire », raconte la finissante.

Comme plusieurs élèves, elle a passé une audition en sixième année afin d’intégrer la concentration danse dès son secondaire 1. Dès le départ, le choix du programme allait occuper une place importante dans son horaire, mais aussi dans son développement personnel.

À Augustin-Norbert-Morin, le programme Danse permet aux élèves d’explorer différents styles, dont le contemporain, le ballet, le jazz, les danses du monde, le hip-hop et d’autres approches artistiques. Des artistes invités viennent aussi enrichir le parcours des jeunes.

Pour Estelle, ce programme est vite devenu plus qu’une activité scolaire. Il a été un lieu d’apprentissage, de discipline et de dépassement.

Sortir de sa coquille

Au début du secondaire, Estelle se souvient d’avoir été plus réservée. La danse l’a amenée à se présenter autrement aux autres. « Je n’étais pas introvertie, mais j’étais plus gênée », dit-elle. « Je m’assumais moins. »

Peu à peu, les répétitions, les prestations et le travail de groupe l’ont aidée à prendre confiance. Il fallait apprendre à bouger devant les autres, à accepter les erreurs et à recommencer.

Ainsi, la scène est devenue un espace d’expression, mais aussi de transformation. Estelle le constate aujourd’hui avec recul. « Il y a une grosse différence », résume-t-elle.

Cette évolution dépasse la danse. Elle touche aussi sa façon d’aborder les défis. Pendant cinq ans, le programme lui a appris à continuer malgré les baisses de motivation. « Ça m’a appris une certaine discipline », confie-t-elle. « Ça m’a aussi appris à ne pas abandonner. »

Le travail derrière le spectacle

Pour le public, la danse se révèle souvent au moment du spectacle. On voit les mouvements, les costumes, la musique et les sourires. Pourtant, derrière chaque chorégraphie se cache un long travail.

Dans un cycle scolaire de neuf jours, les élèves peuvent avoir plusieurs périodes consacrées à la danse. À cela s’ajoutent les pratiques, la mémorisation des mouvements et les ajustements de groupe. « Il y a beaucoup de pratique », souligne Estelle. « Beaucoup de hauts, de découragement aussi. »

Le programme demande donc de la constance. Il faut répéter les mêmes passages, corriger les détails et trouver l’énergie de recommencer. Parfois, il faut aussi apprendre à faire confiance au groupe.

Cette rigueur a marqué Estelle. Elle retient surtout la persévérance qu’elle a développée. « Il faut toujours persévérer », dit-elle.

Découvrir des styles

Au fil des années Estelle a surtout évolué en danse contemporaine. C’est le style qui revient le plus souvent dans son parcours. Cependant, certains ateliers ont laissé une trace particulière.

Elle garde notamment un bon souvenir du swing. Ce style l’a sortie de ses habitudes et lui a permis d’expérimenter une autre énergie. « On a fait du swing, et j’ai vraiment apprécié », raconte-t-elle.

Un atelier de Bollywood l’a aussi marquée. Cette rencontre avec une autre tradition de danse lui a montré la richesse et la diversité du mouvement. « C’est quand même une danse spéciale », lance-t-elle.

Ces expériences font partie de ce qui donne de la couleur au programme. Elles permettent aux élèves de sortir du cadre habituel et d’élargir leur regard sur l’art chorégraphique.

Le trac apprivoisé

Monter sur scène reste un moment intense, même après plusieurs années. Pour Estelle, le stress n’a pas complètement disparu. Il s’est plutôt transformé.

En secondaire 1, l’inconnu rendait les prestations plus impressionnantes. En secondaire 5, l’expérience lui permet de mieux comprendre ce qui l’attend. « Si je suis prête, je peux être moins stressée », explique-t-elle. « Si je suis moins prête, je vais être plus stressée. »

La préparation devient donc essentielle. Plus les mouvements sont maîtrisés, plus la confiance s’installe. Le trac devient alors une énergie à gérer plutôt qu’un obstacle.

Avec les années, les élèves prennent aussi davantage de responsabilités. Les grandes pièces de groupe du début laissent progressivement place à des trios, des duos et des solos. « En secondaire 5, c’est solo », précise Estelle.

Ce passage vers le solo représente une étape importante. Il oblige à porter une pièce avec sa propre présence, son interprétation et sa sensibilité.

Un souvenir de scène

Parmi les spectacles qui resteront gravés, Estelle nomme Il était une fois. Présentée lorsqu’elle était en troisième secondaire, la prestation s’inspirait de contes et d’univers rappelant Disney. « Ça m’a vraiment marquée », dit-elle.

Le souvenir est resté vivant. Peut-être parce que le spectacle réunissait l’imaginaire, le groupe et le plaisir de raconter une histoire par le mouvement.

Dans ces moments, la danse devient plus qu’une suite de pas. Elle devient une façon d’habiter un personnage, une ambiance ou une émotion.

Une deuxième famille

En quittant Augustin-Norbert-Morin, Estelle sait déjà ce qui lui manquera le plus. Ce ne sont pas seulement les spectacles ou les cours. Ce sont surtout les personnes qui l’ont accompagnée. « Les enseignantes de danse », répond-elle sans détour. Pendant cinq ans, ces adultes ont vu ses progrès, ses doutes et ses réussites. Elles ont aussi joué un rôle important dans la cohésion du groupe. « Elles ont eu une grande place dans ma vie », ajoute Estelle.

Au fil des années, le groupe de danse est devenu un repère. Les élèves passent beaucoup de temps ensemble. Elles et ils partagent les répétitions, les efforts, les erreurs et les moments de fierté.

Pour Estelle, ce lien a quelque chose de familial. « C’est comme une deuxième famille », dit-elle.

Aller au bout

Quand on lui demande de quoi elle est le plus fière, Estelle prend un moment. La question n’est pas simple. Puis la réponse s’impose.

Elle est fière d’avoir terminé ce qu’elle avait commencé. « Il y a des moments qui ont été plus difficiles », reconnaît-elle. « J’avais moins de motivation. Mais j’ai persévéré. »

Cette fierté résume bien son parcours. Estelle n’avait pas d’expérience en danse avant le secondaire. Elle a pourtant traversé cinq années d’apprentissage, de spectacles et de défis.

Aujourd’hui, elle quitte l’école avec une confiance nouvelle. Elle repart aussi avec des souvenirs qui resteront liés à la scène.

Continuer autrement

La danse ne disparaîtra pas de sa vie après le secondaire. Toutefois, elle prendra probablement une autre place.

« C’est sûr que je vais suivre des cours de danse », dit Estelle. « Mais je ne pense pas que ça va prendre une aussi grande place que dans les cinq dernières années. »

Pour l’instant, elle ne se projette pas nécessairement dans une carrière professionnelle. Elle connaît les exigences et l’incertitude du milieu. « Ce n’est pas nécessairement un milieu avec un succès garanti », observe-t-elle. « Il y a beaucoup de compétition. »

Son conseil aux jeunes qui hésitent à auditionner pour le programme reste toutefois très clair. « Je leur dirais de foncer », affirme-t-elle. « De ne pas hésiter. Puis de ne pas abandonner. »

Estelle Savard quitte donc la concentration danse avec plus qu’une expérience artistique. Elle repart avec de la discipline, une meilleure confiance et la preuve qu’un parcours peut commencer sans expérience, pourvu qu’on accepte d’avancer un pas à la fois.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.