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– GUIDE DES ÉLECTIONS PROVINCIALES DANS LES LAURENTIDES –

Par nathalie-deraspe

La campagne à peine lancée que déjà, Pauline Marois a sillonné la région deux fois plutôt qu’une. Mardi, la chef du PQ était à Saint-Jérôme, à quelques heures d’intervalle de Mario Dumont. À ce rythme, leurs autobus finiront par se croiser sur la 15.

L’an dernier à pareille date, André Boisclair profitait du souper annuel de Claude Cousineau à Saint-Donat. Une activité de financement annuelle, qui attire bon an mal an, plus de 200 personnes. La salle, enthousiaste à souhait, a reçu Pauline Marois en véritable héroïne. Une poignée de maires, de Saint-Sauveur à Sainte-Marguerite, étaient présents pour l’événement.

Le député sortant de Bertrand a présenté sa chef comme «la mère des CPE et future première ministre». Avec une plate-forme fraîchement adoptée à la main, Pauline Marois a saupoudré un flot de promesses, toutes accueillies sous de chauds applaudissements. Le temps n’était pas à la critique. Des 30 000 nouvelles places en garderie, qui s’est soldé par «un enfant, une place», au décrochage scolaire (on diminuerait entre autres le nombre d’élèves par classe), en passant par l’augmentation du soutien des proches aidant dans le réseau de la santé, chaque annonce était reçue comme une bénédiction. Pauline Marois a eu droit à une ovation quand elle a déclaré que son parti entendait protéger le français en entreprise. La langue demeure chose sacrée au sein des troupes péquistes. Plus tard en entrevue, Mme Marois a soutenu que le Québec est prêt pour élire une femme à la tête du gouvernement. Elle a balayé du revers de la main les sobriquets désobligeants à son égard. «Nous vivons une révolution culturelle. Il y a 20 ou 25 ans, il y avait 30 à 35% de femmes sur le marché du travail. Aujourd’hui, elle sont 70 %.» Mardi, l’équipe de Pauline Marois visitait le centre de la petite enfance Le Funambule, afin de réitérer son annonce pour le réseau des CPE et expliquer sa politique familiale.

Dumont visite Camirand

L’ex-conseiller municipal Martin Camirand a fait un accueil triomphant à son chef. Un peu avant 17 heures, ses sympathisants ont commencé à affluer, d’abord par grappes de deux, puis en une longue enfilade sans fin. Les gens guettaient sans cesse la porte avant qu’enfin leur chef ne se pointe, sous un tonnerre d’applaudissements. Plusieurs enfants endimanchés accompagnaient leurs parents. Ils sont demeurés silencieux tout au long du discours de Mario Dumont.

Le chef ne s’est pas gêné pour ridiculiser Pauline Marois, qui a «laissé des familles de côté» en abolissant les allocations familiales. Il voit une différence fondamentale entre son approche du système de garderie et celle de son adversaire péquiste. «Ce n’est pas une bonne idée de pousser tout le monde dans le même moule», a-t-il lancé. Le chef de l’ADQ revient à la charge avec son 100 $ par enfant, par semaine, pour ceux et celles qui n’utilisent pas de service de garde. Une aide de 5 000 $ sera également accordée à la naissance d’un troisième enfant. Mario Dumont entend également s’attaquer aux écoles, de leur infras- tructure à leur contenu pédagogique, notamment en revalorisant la culture de l’effort. De plus, des mesures d’aide touchent les locataires et les retraités. En contrepartie, le chef adéquiste veut couper les subventions aux entreprises. Mario Dumont prétend que Québec est trop généreux envers elles.

Pour le professeur de sciences politiques Laurier Millette :
«Le gouvernement minoritaire était un accident de parcours»

Un enseignant de sciences politiques du cégep de Saint-Jérôme prévoit un retour à la normale. Le Québec n’avait pas connu de gouvernement minoritaire depuis 130 ans. Selon lui, la chose ne se reproduira plus avant longtemps. Entrevue exclusive, Accès.

Quoiqu’en disent les électeurs, le gouvernement Charest a choisi le bon moment pour se lancer en campagne électorale, estime Laurier Millette. Les sondages lui étaient favorables et tout semble indiquer que la crise ira en empirant avec le temps. Celui-ci émet des doutes quand on évoque que le premier ministre pourrait être puni pour son geste: «Il y aura peut-être une baisse de participation aux élections, mais en général, cela profite à ceux qui sont au pouvoir.» Les chicanes intestines du parti Québécois sont désormais chose commune. Les Lévesque et Bouchard en avaient aussi fait les frais. Mais ces purs et durs font le jeu des autres partis, analyse l’enseignant. Chez les libéraux, on est beaucoup plus disciplinés. Seule l’aile jeunesse n’hésite pas à émettre de nouvelles idées. «On les laisse parler, mais on finit par leur dire: meilleure chance la prochaine fois.»

Effondrement de l’ADQ

Laurier Millette prétend que l’Action démocratique du Québec aurait dû démontrer sa capacité à faire une bonne opposition au lieu de tirer à gauche et à droite. «Mario Dumont monte les choses en épingle et joue sur la panique et les peurs. Ça fait des bons clips, mais après?» La venue de l’économiste réputée Diane Bellemare, dans Bertrand, n’y changera pas grand chose à ses yeux. «Il en faudrait 5, 10, ou 15, des économis- tes comme elle dans l’ADQ. À la dernière élection, on a voté pour du changement, mais cette vague-là va retomber. Il va aller chercher les anciens comtés créditistes, qui ont toujours un fond populiste.»
À moins qu’un scandale n’éclate dans les deux dernières semaines de campagne, Laurier Millette prédit un gouvernement majoritaire porté par les libéraux. Tout dépend à quel point l’ADQ perdra des plumes. Mme Marois, quant à elle, fait un excellent numéro deux. «On dirait qu’il lui manque quelque chose pour prendre le pouvoir. Il faudrait des projets mobilisateurs. Mais on ne peut pas faire de révolution tranquille à tous les 10 ans, laisse-t-il tomber. Et si on enlève la couverture de chacun des programmes, y’a pas grand chose qui différencie les péquistes des libéraux.»

En plus des querelles internes du parti, le PQ voit s’émietter le vote au fur et à mesure que Québec Solidaire et le parti Vert consolident leurs appuis. Dans Prévost, le PQ pourrait reprendre le collier, mais la venue du président de la Chambre de commerce et directeur des services financiers chez Desjardins, Jacques Gariépy, pourrait bien venir brouiller les cartes.

Enjeux de taille

Dans la région comme ailleurs au Québec, le prochain gouvernement devra se pencher sérieusement sur le système d’éducation, les pénuries en santé et le manque de main-d’œuvre dans les métiers techniques. «En aéronautique, on a toutes les misères du monde à recruter du personnel, même s’il s’agit d’emplois très bien rémunérés. Les infirmières arrivent formées mais quittent le réseau tant la pression interne est forte. C’est la quadrature du cercle. Et le gouvernement a beau annoncer les programmes d’infrastructures, tout le monde est déjà au chantier.»

L’ADQ entend s’imposer

En 2007, un véritable raz-de-marée adéquiste a rayé tous les péquistes établis depuis la couronne montréalaise jusqu’aux Laurentides. Seuls les comtés plus au nord ont réussi à résister à la déferlante.

En 4 ans seulement, les adéquistes sont passés de 15 à 20% d’appuis pour atteindre des majorités imposantes. Ce fut le cas dans Blainville, où l’ex-ministre Richard Legendre a subi un revers de situation qui a mystifié tous les analystes. Un écart de plus de 6 000 voix s’est creusé entre l’élections de 2003 et celle de 2007. L’ex-maire Pierre Gingras se retrouvait du coup en aussi bonne posture que son adversaire l’était auparavant. Dans Prévost, Martin Camirand ne comptait pas se présenter, même si celui-ci avait reçu 20 % des appuis en 2003. L’ex-conseiller municipal a pris le relais, après que son collègue Chirstian Raymond ait dû démissionner, suite à une déclaration maladroite au sujet des nouveaux arrivants.

Québec Solidaire entend faire mieux

Les investitures de Québec Solidaire pour la région des Laurentides, ont eu lieu la veille du déclenchement des élections, à Saint-Jérôme. Une trentaine de personnes se sont déplacées pour appuyer les candidats en lice.

Jeux de chaises et visages jeunots. Voilà ce qui pourrait résumer en quelques mots la soirée de mardi soir dernier à Saint-Jérôme. Militants du milieu communautaire, environnementalistes et supporteurs, tous se réclamant d’une gauche plus ou moins radicale, s’apprêtaient à appuyer ceux et celles qui aspirent à rien de moins qu’un renouveau politique. Dans la salle, plusieurs têtes blanches rescapées des mouvements indépendantistes des années ’60, diront certains. Mylène Jacoud réitère son engagement, cette fois dans Bertrand. Parfaitement à l’aise, sans discours à la main, la jeune femme d’origine européenne habite les Laurentides depuis 10 ans. Sociologue et criminologue de formation, Mme Jacoud affirme retrouver au sein de son parti des valeurs qui lui sont propres. «Québec Solidaire sort des sentiers battus et met l’humain au cœur de ses préoccupations. C’est un des rares partis qui offre un programme avec une logique dans toutes les dimensions au lieu d’offrir des programmes éclatés électoralistes», a-t-elle lancé au cours de sa présentation. L’ancienne coordonnatrice pour QS dans la région des Laurentides, Lise Boivin, la remplace dans Prévost. «Ça fait 30 ans que je travaille à Saint-Jérôme et je connais bien le comté.» Enseignante en technique d’éducation spécialisée, Lise Boivin s’est impliquée dès la première heure pour mieux faire connaître Québec Solidaire dans la région. Elle est membre fondatrice du comité de coordination de Bertrand et coordonne l’équipe régionale. Elle fait également partie de la Commission nationale des femmes de QS et du comité de révision des statuts. Kim Joly, étudiante en maîtrise en coopération internationale, sera dans la course dans Mirabel. Elle aspire notamment à un système de transports en commun plus efficient dans sa région. Pour sa part, le candidat de Blainville, François Gagnon-Bergmann, n’hésite pas à afficher ses couleurs.

Il est secrétaire général du Parti communiste du Québec et travaille depuis 5 ans comme manœuvre spécialisé dans le domaine de la construction. Environnement, santé et pauvreté sont au cœur de ses préoccupations. Son voisin dans Groulx, Adam Veilleux, est étudiant en philosophie. Impliqué dès le départ dans Québec Solidaire, le jeune homme entend poursuivre son travail de conscientisation et d’éducation populaire pour faire réfléchir les citoyens par eux-mêmes et leur éviter qu’ils ne tombent dans le piège de la pensée unique qui fait tant profiter les grands et vieux partis (sic). Le candidat Luc Boisjoli brillait par son absence. Des obligations liées à son implication en tant que conseiller municipal de La Macaza l’ont empêché d’être présent mardi soir. Il brigue le comté pour une deuxième fois d’affilée. Finalement, le bachelier en animation et recherche culturelle, Julien Demers, se lance dans Deux-Montagnes pour une troisième campagne électorale. Faisant le pari de l’intelligence collective, ce spécialiste en planification territoriale et développement local voit le député comme un « animateur des forces vives d’une région». Conscients des forces en place, les candidats de Québec Solidaire exhortent la population à voter selon leurs valeurs. Dans la région, ceux-ci espèrent doubler leurs appuis, ce qui leur permettrait d’obtenir autour 8% des voix. L’or- ganisation aurait trouvé jusqu’à présent un peu plus de la moitié de ses candidats.

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