Itinérance dans les Pays-d’en-Haut : « Ce n’est pas nouveau », dit Catherine Hamé
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
L’itinérance ne date pas d’hier dans les Pays-d’en-Haut, mais elle est aujourd’hui plus visible et plus difficile à ignorer. C’est le constat dressé par la préfète de la MRC des Pays-d’en-Haut, Catherine Hamé, qui estime que la situation exige désormais une réponse régionale structurée.
« Depuis que je fais partie de la MRC, on parlait déjà beaucoup d’itinérance dans les comités », affirme-t-elle. À l’époque où elle siégeait aussi au comité habitation, la question revenait régulièrement.
Selon elle, la principale différence aujourd’hui n’est pas l’apparition du phénomène, mais sa visibilité accrue. « Ce n’est pas un phénomène nouveau dans la région. Ce qui est nouveau, c’est que ça a percé au niveau de la discussion publique. »
Une crise du logement au cœur du problème
Pour Catherine Hamé, l’itinérance actuelle est intimement liée à la crise de l’habitation. Elle rappelle notamment la fermeture, à Sainte-Adèle, d’un bâtiment insalubre où vivaient une cinquantaine de personnes en situation de grande vulnérabilité, plusieurs avec des enjeux de santé mentale.
Relocaliser ces occupants s’est avéré extrêmement difficile dans un contexte marqué par la hausse des loyers et le manque d’unités disponibles. « En absence de lieux de transition, les gens se retrouvent à la rue », résume-t-elle.
Cette nouvelle réalité explique aussi pourquoi certaines municipalités, comme Sainte-Adèle, se retrouvent davantage en première ligne.
Un enjeu régional, pas municipal
La préfète insiste qu’aucune ville ne peut régler seule le problème. « L’itinérance, c’est un enjeu régional. Ce n’est pas quelque chose qui se règle par ville », dit-elle.
Selon elle, les personnes en situation d’itinérance circulent entre les municipalités, particulièrement entre les secteurs plus excentrés et les centres urbains de la région. Cela rend nécessaire une coordination entre les villes, la MRC, Québec et Ottawa.
« La clé, c’est de s’entendre sur les rôles et responsabilités de chacune des instances gouvernementales », affirme-t-elle, rappelant que plusieurs sources de financement dépendent des gouvernements supérieurs.
Elle note également que les régions comme les Pays-d’en-Haut partent avec un désavantage par rapport aux grands centres, parce que les infrastructures d’aide y sont plus récentes, plus petites et plus fragiles.
Former les intervenants municipaux
Devant cette réalité nouvelle pour plusieurs municipalités, la MRC prépare aussi des outils concrets. Catherine Hamé indique qu’une formation sera offerte aux employés municipaux, en collaboration avec le CISSS, afin de mieux intervenir lors de situations impliquant des personnes vulnérables.
« Ça amène parfois des situations particulières », souligne-t-elle, ajoutant qu’une ouverture au grand public pourrait aussi être envisagée.
L’itinérance invisible
Mais quelque chose d’important à mentionner pour Mme Hamé concerne ce qu’elle appelle l’itinérance cachée.
« Il y a l’itinérance qu’on voit, mais il y a toute l’itinérance qu’on ne voit pas », lance-t-elle avec émotion. Elle évoque notamment les parents qui vivent temporairement dans leur voiture ou sans logement stable, perdant parfois la garde de leurs enfants faute d’un milieu adéquat.
Elle mentionne aussi des adolescents des écoles secondaires de la région qui se retrouvent eux aussi en situation de précarité résidentielle. « Si on n’en parle pas, on abandonne une génération », tranche-t-elle.
Pour Mme Hamé, la richesse collective du Québec devrait permettre d’agir davantage. « Je ne peux pas croire qu’on n’est pas capables de régler ce problème-là collectivement », conclut-elle.