Les Âmes Fleurs : revenir à l’essentiel
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
Les Âmes Fleurs a publié récemment un message bouleversant annonçant une chute de ventes de 50 %, des mises à pied et un avenir incertain. Mais derrière la boutique et l’école en ligne se trouve Marie-Christine Vallières, herboriste thérapeute accréditée, entrepreneure et mère, qui refuse pour l’instant de baisser les bras.
Le parcours de Mme Vallières commence dans la santé. Étudiante en anthropologie à l’Université de Montréal, elle traverse une importante crise d’urticaire. Malgré les traitements médicaux tentés à l’époque, rien ne fonctionne. C’est finalement dans une boutique d’aliments naturels qu’elle découvre les plantes médicinales.
« En trois jours, c’était parti », raconte-t-elle. Une expérience marquante qui l’amène à étudier l’herboristerie en parallèle de ses études universitaires.
Des débuts modestes… dans une cuisine
Les Âmes Fleurs est né loin des grandes vitrines et des entrepôts. Au départ, Marie-Christine vend quelques produits depuis chez elle, organise des achats de groupe et donne des cours d’herboristerie dans sa cuisine, alors qu’elle habite en colocation avec sept autres personnes.
L’entreprise grandit ensuite dans les Laurentides, d’abord à Saint-Sauveur, puis à Sainte-Adèle. Pendant un temps, la croissance est fulgurante : « on doublait presque notre chiffre d’affaires chaque mois », se souvient-elle.
La COVID-19, un boom suivi d’un crash
Contrairement à plusieurs commerces, Les Âmes Fleurs a connu une forte croissance pendant la pandémie. Les gens confinés cherchaient des activités à faire à la maison : fabrication de savons, crèmes, produits naturels, apprentissage en ligne.
Comme l’entreprise possédait déjà sa boutique web et ses formations numériques, elle était prête à répondre à la demande. Mais l’après-pandémie a été brutal. « Les gens ont moins d’argent, moins de ressources. Nos ventes ont vraiment beaucoup diminué. »
Un autre phénomène a fragilisé le modèle d’affaires, et c’est que plusieurs fournisseurs qui vendaient auparavant uniquement aux petites boutiques se sont mis à vendre directement au public sur internet.
Résultat : Les Âmes Fleurs doit désormais rivaliser à la fois avec ses propres fournisseurs… et avec Amazon. « Le jeu a complètement changé en peu de temps », résume Marie-Christine.
Comme plusieurs PME, l’entreprise a tenté de relancer ses ventes grâce à la publicité web et aux réseaux sociaux. Des milliers de dollars ont été investis en marketing, sans résultats concluants. « Ça a été un trou sans fond », dit-elle avec franchise.
Miser sur la qualité québécoise
Malgré les difficultés, Les Âmes Fleurs conserve une vision claire, celle d’offrir des produits naturels de qualité, souvent introuvables ailleurs.
Mme Vallières insiste particulièrement sur les plantes médicinales du Québec, issues de la culture locale ou de la cueillette sauvage. « Elles sont belles, on les reconnaît, elles sont d’une qualité exceptionnelle », affirme-t-elle.
Face à la réalité économique, l’entreprise a choisi de réduire drastiquement son offre plutôt que de fermer. Fini les dizaines de variétés d’argiles, les gammes trop vastes et les inventaires lourds.
La boutique misera désormais sur :
- Les plantes séchées du Québec ;
- Quelques huiles essentielles populaires ;
- Des hydrolats ;
- Des huiles végétales ;
- Des matières premières essentielles ;
- Certains produits spécialisés très demandés.
« Il faut rapetisser pour survivre », affirme l’entrepreneure.
Plus qu’un commerce local
Au-delà des produits, Marie-Christine défend une idée plus large, celle d’une économie locale, humaine et durable.
Elle rappelle que derrière chaque petite entreprise se trouvent des emplois, des familles et un tissu économique vivant. Les récentes mises à pied de deux employées l’ont profondément affectée. « C’est deux mamans qui avaient un emploi avec nous et qui ne l’ont plus. »
Aujourd’hui, l’avenir des Âmes Fleurs demeure incertain. Mais la volonté de continuer est bien présente. Marie-Christine retournera elle-même travailler davantage à la boutique, tout en poursuivant la gestion de l’école en ligne. Malgré la fatigue, malgré les obstacles, elle veut encore essayer.
Et parfois, survivre commence simplement par revenir à l’essentiel.