« Calmons-nous le pompon » : Piedmont mise sur l’humour pour ralentir les automobilistes
Par Jean-Simon Guay
Alors que la vitesse est impliquée dans près de trois décès routiers sur dix dans les Laurentides, la municipalité de Piedmont lance une nouvelle campagne de sensibilisation au ton humoristique afin d’inciter les automobilistes à lever le pied sur ses routes.
« Je pourrais mettre des pompons tout le long du chemin tellement ça roule vite. »
Présente au lancement de la campagne À Piedmont, calmons-nous le pompon, une résidente du chemin de la Montagne dit constater quotidiennement des excès de vitesse dans son secteur. Selon elle, certains automobilistes rouleraient jusqu’à 70 km/h dans une zone de 40.
Jeudi, la municipalité de Piedmont, accompagnée de la Sûreté du Québec (SQ) et de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), a officiellement lancé cette campagne de sécurité routière qui sera déployée à différents endroits stratégiques du territoire.
Une campagne née des préoccupations citoyennes
La campagne découle directement de préoccupations exprimées par les citoyens au cours des dernières années.
« On n’a pas besoin d’attendre qu’il y ait des accidents pour sensibiliser les gens », a affirmé le maire de Piedmont, Bernard Bouclin.
L’élu reconnaît que certaines routes locales, comme le chemin des Frênes ou le chemin de la Montagne, sont devenues des voies de transit utilisées pour contourner la circulation sur les grands axes.
« Avec Google Maps et les nouvelles technologies, certaines rues deviennent des voies de contournement. Mais ce sont surtout les locaux qui roulent trop vite et ne respectent pas les arrêts », a-t-il ajouté.
Selon lui, le problème ne repose pas uniquement sur un manque de surveillance policière.
« Les gens ont tous de bonnes raisons d’être pressés. Mais au bout du compte, on finit souvent tous arrêtés à la même place », a-t-il illustré en racontant ses anciens trajets quotidiens entre Piedmont et Montréal.
Le maire estime que la responsabilité doit également venir des citoyens eux-mêmes.
« Les policiers font leur possible avec les effectifs qu’ils ont. À un moment donné, il faut aussi que chacun se prenne en main. »
Parler à « l’intelligence des gens »
Le ton humoristique de la campagne n’a pas été choisi au hasard.
« On essaie de parler à l’intelligence des gens », explique Marouan Bel Fakir, conseiller en sécurité routière à la SAAQ.
Selon lui, les campagnes plus sévères ou culpabilisantes ont moins d’impact qu’auparavant.
« On veut amener les gens à trouver anormal quelqu’un qui roule trop vite, pas quelqu’un qui respecte la limite », résume-t-il.
Le slogan « Calmons-nous le pompon » a été développé à partir d’une campagne lancée précédemment à Lachute avant d’être adaptée à la réalité de Piedmont avec l’aide de la municipalité.
« On ne dit pas à quelqu’un : “Cours pas.” On lui dit plutôt : “Marche.” C’est plus positif », illustre M. Bel Fakir.
La SAAQ affirme vouloir miser davantage sur l’émotion et l’adhésion citoyenne afin de modifier les comportements routiers à long terme.
Des routes peu adaptées aux piétons
À Piedmont, plusieurs secteurs résidentiels possèdent peu de trottoirs ou d’infrastructures piétonnes, ce qui accentue les inquiétudes des citoyens.
« Pour favoriser le transport actif, il faut que les gens ralentissent », estime le maire.
La municipalité a déjà abaissé certaines limites de vitesse à 40 km/h, ajouté des arrêts et installé des afficheurs de vitesse dans différents secteurs.
Ces afficheurs permettent aussi de recueillir des données sur les comportements routiers afin de cibler les endroits problématiques et d’ajuster les interventions policières et municipales.
Des opérations de sensibilisation ont également été menées jeudi après-midi à différents endroits de la municipalité, notamment près du chemin des Frênes, de la rue Principale et de l’intersection du chemin de la Gare et du P’tit Train du Nord.

Selon la SQ, les périodes les plus problématiques demeurent souvent les vendredis de longs week-ends ainsi que les retours du dimanche et du lundi, lorsque les automobilistes sont pressés de rejoindre leur chalet ou de rentrer à la maison.
Les policiers constatent aussi régulièrement des excès de vitesse près des écoles et des centres de la petite enfance.
« Souvent, ce sont les parents eux-mêmes qui sont interceptés », a souligné un représentant de la SQ, évoquant le stress, la fatigue et la distraction comme facteurs fréquents.
Une campagne qui pourrait s’étendre
Le maire de Piedmont croit que l’initiative pourrait éventuellement inspirer d’autres municipalités des Pays-d’en-Haut.
« La sécurité n’a pas de frontières », a-t-il lancé.
Des pancartes de sensibilisation seront d’ailleurs distribuées aux citoyens et aux entreprises afin d’encourager la participation de la communauté à la campagne.