Rencontre à Saint-Adolphe-d’Howard : Charles Beauchesne, de la revanche à l’apaisement
Par Jean-Simon Guay
On pouvait s’attendre à des histoires pour frissonner le matin d’Halloween. À la bibliothèque Monica-C.-Gratton, Charles Beauchesne racontait aussi la sienne : celle d’un jeune intimidé qui a voulu devenir connu pour prendre sa revanche, avant d’apprendre à se libérer de sa colère.
Vers 11 h 30, le 31 octobre, une vingtaine de personnes écoutent l’humoriste à Saint-Adolphe-d’Howard. Le public est principalement adulte. Deux enfants assistent à la rencontre. Celui qui raconte les pires moments de l’histoire ouvre une fenêtre sur les siens.
Connu notamment pour son balado Les pires moments de l’histoire, Charles Beauchesne mêle humour, sujets sombres et confidences. Au fil des questions, il revient sur l’intimidation, ses ambitions artistiques et une période de sa vie où la réussite des autres lui renvoyait surtout ses propres échecs.
« Moi, j’ai commencé à faire ma carrière artistique […] un peu par vengeance aussi. »
Il voulait devenir connu. Être meilleur que ceux qui l’avaient intimidé. Leur montrer. Avec le recul, il porte un regard sévère sur cette motivation.
« Ne faites pas de l’art par vengeance. »
Sortir de la colère
Les premières années de sa carrière ne lui apportent pas la réparation espérée. Dans sa vingtaine, les difficultés professionnelles nourrissent sa frustration.
« Ma vingtaine était misérable, mes amis. »
Il raconte avoir entrepris une thérapie et passé beaucoup de temps à examiner ce qui le rendait malheureux. Pourquoi tant de colère alors qu’il poursuivait ce qu’il souhaitait faire? Pourquoi était-il si difficile de se réjouir pour ses amis?
À force de regarder ses échecs, explique-t-il, il accueillait leurs réussites avec envie et jalousie. Il en vient à reconnaître qu’un succès personnel n’aurait pas nécessairement suffi à le rendre heureux.
Son propos prend une tournure plus abrupte lorsqu’il évoque les incels (involuntary celibate, ou « célibataire involontaire »). Il dit reconnaître la frustration extrême qui peut animer certaines personnes, tout en précisant qu’il ne l’excuse pas. Comprendre ce sentiment ne revient pas, pour lui, à justifier ce qu’on en fait.
« J’ai bien failli être un bien mauvais individu. »
La revanche qu’il cherchait aurait finalement pris une forme qu’il n’avait pas prévue.
« La vengeance, je l’ai eue précisément au moment où j’ai décidé de m’en libérer. »
« Un millionnaire au sens figuré »
La rencontre ne reste pas enfermée dans ces années difficiles. Charles Beauchesne parle aussi de ce qui l’occupe et l’amuse aujourd’hui : les jeux vidéo, la peinture de figurines, le dessin et les jeux de rôle grandeur nature.
« J’ai trop de hobbies. »
Ses passions débordent jusque dans son horaire, qu’il raconte devoir organiser pour leur faire une place. L’amateur d’univers médiévaux et fantastiques retrouve volontiers des chevaliers, des monstres et des mondes inquiétants dans ses loisirs comme dans son travail.
Questionné sur l’écriture, il évoque sa bande dessinée, Les pires moments de l’histoire, dont il annonce un deuxième tome. Il chérit aussi l’idée d’écrire un roman, peut-être une enquête dans un univers médiéval.
Il raconte également le plaisir de travailler en équipe à Défense de nourrir les animaux. Prêter des voix aux bêtes, essayer des personnages en studio et faire rire ses collaborateurs : le travail devient ici un terrain de jeu.
« Je fais parler des animaux tous les jours. »
Celui qui a longtemps voulu réussir pour prouver quelque chose aux autres décrit désormais sa richesse autrement.
« Aujourd’hui, les amis, je suis un millionnaire. Au sens figuré. »