Une nouvelle alliance réclame un meilleur accès à la nature au Québec
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
Une dizaine d’organisations issues des milieux de l’environnement, du plein air, de la santé publique et des Premières Nations ont annoncé la création de l’Alliance pour l’accès à la nature.
L’initiative vise à faciliter l’accès des citoyens aux lacs, aux rivières et aux espaces naturels du Québec, alors que plusieurs groupes estiment que cet accès se détériore depuis plusieurs années.
Parmi les membres de cette nouvelle alliance figure Catherine Hamé, préfète de la MRC des Pays-d’en-Haut, qui participe toutefois à l’initiative à titre personnel.
Selon les organisations impliquées, l’accès à la nature est de plus en plus limité par la privatisation du territoire, l’urbanisation et certaines contraintes législatives. L’Alliance entend notamment réclamer des changements au cadre légal entourant la responsabilité civile afin de favoriser l’accès aux sentiers et aux plans d’eau.
Un enjeu bien présent dans les Pays-d’en-Haut
« Chacun de notre côté, on rencontre des difficultés, des obstacles par rapport à l’accès à la nature, que ce soit au niveau des sentiers ou de l’accès à l’eau », explique Catherine Hamé.
Dans les Pays-d’en-Haut, la question revêt une importance particulière. La région a développé une forte identité autour de ses réseaux de sentiers, qui constituent à la fois un attrait touristique et un élément central de la qualité de vie des citoyens.
Mme Hamé souligne toutefois que plusieurs de ces infrastructures reposent sur la collaboration de propriétaires privés. « On a quand même 60 % de nos sentiers qui sont sur des terres privées et qui ont une certaine vulnérabilité, dans le sens où on dépend vraiment de la bonne volonté des propriétaires de laisser passer des sentiers sur leur terrain », indique-t-elle.
Selon elle, plusieurs propriétaires hésitent aujourd’hui à permettre l’accès à leurs terrains en raison des risques associés à la responsabilité civile. « Actuellement, le niveau de la responsabilité civile est hyper contraignant. Les gens peuvent avoir des inquiétudes au niveau des poursuites. Souvent, ils préfèrent ne pas permettre le passage pour se protéger eux-mêmes », affirme-t-elle.
L’Alliance demande notamment au gouvernement du Québec de modifier certaines dispositions législatives afin de mieux protéger les propriétaires qui autorisent l’accès à leurs terrains. Ses membres souhaitent également la tenue d’états généraux sur l’accès à la nature.
La nature comme enjeu de santé publique
Au-delà des enjeux de plein air, Catherine Hamé estime que le dossier touche directement la santé publique. « Les effets positifs de l’accès à la nature sont prouvés. Il y a des effets immédiats qui sont mesurés chez les humains qui y ont accès », souligne-t-elle. Elle rappelle que, dans certaines régions du monde, les professionnels de la santé vont même jusqu’à prescrire du temps passé dans la nature.
Pour la préfète, la réflexion dépasse les simples questions d’aménagement du territoire. « Est-ce que l’accès à la nature va devenir une question de classe sociale ou est-ce qu’on peut voir ça comme quelque chose de plus collectif ? Je pense qu’il y a des réflexions importantes à avoir comme société québécoise », dit-elle.
L’élue estime que les lois actuelles ne reflètent plus l’évolution du rapport des Québécois à leur environnement. « En moins de 100 ans, on est passé d’une forêt qu’on considérait comme une ressource à exploiter à un espace de loisirs. Mais au niveau législatif, ça n’a pas suivi. Il faut faire suivre la loi en fonction de ce que ça représente aujourd’hui pour les gens », affirme-t-elle.
Si rien n’est fait, Catherine Hamé craint une poursuite de la tendance observée au cours des dernières années. « On a quand même perdu beaucoup de sentiers patrimoniaux. Si on ne travaille pas à préserver cet héritage-là, on va continuer de voir une dégradation. On va continuer d’avoir moins de sentiers et moins d’accès à la nature », conclut-elle.