Le courage de recommencer
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
Cynthia Lemieux et Arda Kayan, tous deux originaires des Laurentides, comptent parmi les vingt personnes récompensées cette année par les bourses Retour réussite.
La Journée mondiale de l’alphabétisation, célébrée hier, a permis à la Fondation pour l’alphabétisation de souligner la 15e édition de ses bourses Retour réussite. Avec l’appui de la Fondation Desjardins, vingt personnes adultes ont reçu chacune 1 500 dollars pour soutenir leur retour aux études. D’ailleurs, deux d’entre elles viennent des Laurentides.
Deux parcours, une même détermination

Cynthia Lemieux, inscrite au Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord, a quitté l’école à 16 ans. « J’ai eu des gros problèmes de consommation. La motivation n’était pas là », raconte-t-elle. Par la suite, elle entreprend un long cheminement personnel, après avoir eu trois enfants. « Vingt et un ans plus tard, j’ai décidé de revenir aux études », dit-elle. Sa détermination marque aussi son enseignante, Karine Villeneuve. « C’est un beau modèle de persévérance. Elle a inspiré beaucoup d’élèves aussi », souligne-t-elle.

Arda Kayan, du Centre de services scolaire des Mille-Îles, a lui aussi décroché à 16 ans. Il traversait alors une période marquée par l’intimidation et des difficultés familiales. Aujourd’hui, il compare l’éducation à un entraînement physique. « C’est un investissement que tu fais dans toi », explique-t-il. Même dans les moments plus difficiles, il refuse d’abandonner. « Le fait que j’ai persévéré, que je n’ai pas arrêté, ça me motive », ajoute-t-il. Il termine actuellement son diplôme d’études secondaires et un DEP en charpenterie-menuiserie, et souhaite ensuite étudier en droit.
Une réalité qui touche plus de gens qu’on le croit
Selon un sondage Léger réalisé en 2026, 69 % des Québécoises et des Québécois ignorent une réalité bien précise. Environ une personne sur deux en âge de travailler éprouve des difficultés à lire ou à comprendre des textes complexes. Pourtant, ces difficultés limitent souvent l’accès à l’emploi, à la formation et aux services essentiels.
Par ailleurs, porte-parole de la Fondation depuis 2014, la comédienne Salomé Corbo côtoie depuis longtemps ces parcours. « J’ai côtoyé des gens d’exception, qui, avec force, courage, débrouillardise, ont su composer avec leurs lacunes », confie-t-elle. Pour elle, chaque retour aux études relève d’un choix exigeant. « Les obstacles sont nombreux pour ces apprenants adultes qui doivent continuer de subvenir à leurs besoins », rappelle-t-elle. Malgré tout, elle garde une conviction simple. « Savoir lire et écrire, c’est être libre », résume-t-elle.
Ne laisser personne derrière
Enfin, le président de la Fondation, Patrick Lutzy, résume l’esprit de cette 15e édition. « Ces adultes apprenants démontrent qu’il n’est jamais trop tard pour développer ses compétences de base », affirme-t-il. Ainsi, derrière chaque bourse se cache une histoire, et derrière chaque histoire, une leçon de persévérance.
Et si on faisait partie de la solution
Reste que ces parcours, aussi inspirants soient-ils, rappellent surtout qu’une personne sur deux en âge de travailler peut avoir du mal avec la lecture, souvent en silence. Autrement dit, il y a fort à parier qu’une telle personne se trouve déjà dans l’entourage de qui lit ces lignes : un collègue, un voisin, un parent. Or, la honte empêche encore trop souvent de demander de l’aide.
Toute personne qui souhaite entamer une démarche, ou qui connaît quelqu’un dans cette situation, peut donc composer sans frais le 1 888 488-3888, la ligne Info-Alpha de la Fondation pour l’alphabétisation. Un simple appel, discret et gratuit, peut suffire à orienter vers les ressources appropriées. Comme le rappellent les parcours de Cynthia Lemieux et d’Arda Kayan, il n’est jamais trop tard pour franchir ce premier pas.