Une relève en douceur à La Fabrique de petits bonheurs
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
La relève est officiellement amorcée à La Fabrique de petits bonheurs. Après près de dix ans à bâtir une garderie axée sur la pédagogie par la nature, les trois fondatrices de l’entreprise de Sainte-Anne-des-Lacs passent le flambeau à Hélène Miousse.
Pour Viviane Loranger-Bolduc, l’une des trois fondatrices, vendre l’entreprise n’a jamais été une simple transaction d’affaires. L’objectif était avant tout de préserver l’ADN de La Fabrique de petits bonheurs.
« Souvent, dans un plan de relève, les gens regardent la rentabilité, le financement. Nous, ce n’était pas ça. On voulait s’assurer que les décisions continueraient d’être prises en fonction des enfants plutôt qu’en fonction des profits », résume-t-elle.
L’aventure a commencé en 2015, lorsque Mme Loranger-Bolduc, alors comptable fiscaliste, Anne Garneau, éducatrice spécialisée en pédagogie par la nature, et Magali Roy, naturopathe, ont décidé de donner un nouveau sens à leur carrière. Ensemble, elles ont imaginé une garderie où le plein air, l’autonomie des éducatrices et le bien-être des enfants seraient au cœur de chaque décision.
Ouverte depuis 2017, La Fabrique accueille aujourd’hui des dizaines d’enfants et emploie une trentaine de personnes, ce qui en fait le plus important employeur de Sainte-Anne-des-Lacs.
Une relève préparée avec soin
Lorsque les fondatrices ont commencé à penser à la suite, elles ont rapidement réalisé qu’il leur faudrait trouver bien plus qu’un acheteur. « On cherchait quelqu’un qui adhère à notre façon de gérer, qui comprenne que la réussite de l’entreprise repose sur les enfants, mais aussi sur nos éducatrices. »
Les fondatrices avaient identifié trois éléments non négociables : préserver la pédagogie par la nature et les espaces forestiers utilisés quotidiennement par les enfants, continuer à prendre les décisions en fonction de leur bien-être et maintenir une gestion collaborative, inclusive et respectueuse envers le personnel.
Une transition en douceur
Le choix s’est finalement arrêté sur Hélène Miousse, une amie de longue date des fondatrices dont les enfants ont fréquenté la garderie. Comptable de formation, elle occupait auparavant un poste en finances dans une entreprise manufacturière. Elle estime partager les mêmes valeurs que les fondatrices.
« Pour moi, c’était une occasion exceptionnelle de poursuivre cette belle vision. J’aimais déjà tout de la garderie et la pédagogie par la nature rejoint beaucoup notre famille », affirme-t-elle.
Afin d’assurer une transition en douceur, Mme Garneau demeurera en poste pendant trois ans pour transmettre son expertise pédagogique, tandis que Mme Loranger-Bolduc et Mme Roy accompagneront également la nouvelle direction pendant au moins un an. Les trois conserveront aussi une participation minoritaire dans l’entreprise.
Miser sur la continuité
Pour Mme Miousse, l’objectif n’est pas de transformer la garderie, mais de poursuivre le travail déjà accompli. « Je suis en apprentissage. Il n’y aura pas de grands changements. Mon rôle, c’est d’assurer la continuité de ce que les filles ont bâti. »
Elle souhaite notamment maintenir les liens étroits entre les éducatrices, les parents et les enfants tout en apportant, au fil du temps, certaines améliorations administratives grâce à son expérience en gestion.
Les fondatrices voient d’ailleurs d’un bon œil ce regard neuf. « Elle apporte des compétences qu’on n’avait pas. Il y a déjà des procédures qui deviennent plus efficaces. C’est un beau rafraîchissement. »
Un impact dans la communauté
Au-delà de la garderie, Mme Garneau estime que La Fabrique de petits bonheurs a contribué à transformer Sainte-Anne-des-Lacs au cours de la dernière décennie.
Selon elle, l’arrivée de nombreuses jeunes familles, combinée à la présence de la garderie, a favorisé un plus grand sentiment d’appartenance. « Les parents se connaissent, les enfants arrivent déjà à l’école avec des amis. On voit davantage de vie dans le village qu’avant. »
Pour les fondatrices, préserver cette culture d’entreprise était tout aussi important que de préserver les installations elles-mêmes. « Notre plus grande richesse, ce sont les éducatrices. Une garderie, ce n’est pas un bâtiment, c’est une équipe. On voulait s’assurer que cette équipe continue d’évoluer dans le même esprit. »
Un message que partage également Mme Miousse. « Les parents peuvent être rassurés. Ce qui était bien va continuer. Le bien-être des enfants et celui de nos employés demeureront toujours nos priorités », conclut-elle.