(Photo : Médialo — Louis-Philippe Forest-Gaudet)
L’exposition de Juli Gagnon est présentée jusqu’au 20 septembre à l’Atelier culturel de Saint-Adolphe-d’Howard.

Arts visuels : de l’abandon à l’imaginaire

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Des lieux délaissés, fragmentés, puis remis en récit. Avec Lieux et empreintes, Juli Gagnon fait des traces du temps une matière à imaginer.

À l’Atelier culturel de Saint-Adolphe-d’Howard, l’exposition Lieux et empreintes réunit des œuvres de photographie et de techniques mixtes jusqu’au 20 septembre.

Juli Gagnon y propose des images à la frontière du réel. Les bâtiments désertés, les escaliers, les échelles et les structures anciennes deviennent les fragments d’histoires nouvelles.

La trace des lieux

« Les arts visuels, c’est mon premier amour », explique l’artiste, qui a complété une maîtrise en arts visuels à l’Université Laval. Son parcours comprend aussi l’enseignement, le graphisme et l’illustration. Toutefois, la création visuelle est demeurée le fil conducteur de son travail.

Depuis longtemps, Juli Gagnon s’intéresse aux endroits laissés derrière. « Je suis un peu obsédée par les lieux abandonnés », dit-elle.

Avant de passer au numérique, Juli Gagnon a longtemps travaillé avec l’argentique. Elle a finalement changé de procédé, notamment par souci de santé lié aux produits de développement. « J’aimais beaucoup faire de la photographie argentique », raconte-t-elle.

Les lieux visités au fil des voyages deviennent alors des matières premières. Vieilles chaises, escaliers usés et plateformes attirent particulièrement son regard.

Une œuvre recomposée

La photographie ne constitue toutefois que le point de départ. L’artiste fragmente ses images, les reconstruit et y ajoute des interventions picturales, avant de poursuivre le travail au numérique. « Je prends beaucoup de photos, puis je les reconstruis pour créer de nouveaux lieux », résume-t-elle.

Ainsi, les œuvres ne reproduisent pas forcément un endroit précis. Elles assemblent plutôt des souvenirs de parcours, des détails architecturaux et des impressions recueillies sur le terrain. L’aquarelle et la peinture enrichissent ensuite les compositions. Elles sont finalement retravaillées au numérique et imprimées sur papier fine art ou sur toile. « L’original n’existe pas tout le temps », note Juli Gagnon, puisque chaque image provient de plusieurs éléments assemblés.

Entre mémoire et récit

Ce processus donne aux espaces abandonnés une autre vie. Le déclin y côtoie l’imaginaire, sans effacer les marques du temps.

Pour l’artiste, ces lieux portent aussi une dimension narrative. Ils évoquent ce qui a été vécu, ce qui a disparu et ce qui pourrait encore survenir.

L’exposition invite donc à s’attarder aux traces plutôt qu’à les contourner. Derrière une fenêtre vide ou un escalier oublié, Juli Gagnon cherche moins une ruine qu’une possibilité de récit.

Lieux et empreintes est présentée gratuitement à l’Atelier culturel, au 1920, chemin du Village, à Saint-Adolphe-d’Howard, jusqu’au 20 septembre.

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