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Les oeuvres d’Annie Cantin sont visibles un peu partout au Québec.
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L’oeuvre étincelante d’Annie Cantin

Par Simon Cordeau

Annie Cantin nous accueille dans sa maison champêtre, nichée dans la forêt, à Saint-Adolphe-d’Howard. Dehors, une serre, des poules, des lapins et un chien qui aboie au loin. « Il est très protecteur », avertit Annie. En descendant un petit sentier, on arrive à un lac, tout près de la maison, où Annie se rend souvent pour se ressourcer. C’est ici, dans ce petit coin de paradis, que l’artiste imagine et réalise ses œuvres d’art multicolores en verre.

Au sous-sol, Annie a son atelier. De grosses boîtes sont empilées dans un coin. Certaines, vides, contenaient les morceaux qu’Annie assemble ici. Mais la plupart sont pleines, renfermant les pièces de La Volute, son dernier projet. Lorsqu’elles seront toutes prêtes, les pièces iront au nouveau Centre sportif des Pays-d’en-Haut, où elles seront assemblées comme un immense casse-tête, sur le grand mur au centre du bâtiment.

Pièces uniques

Annie souffle son verre à Montréal, à l’Espace Verre. « Ils sont partenaires avec le Cégep du Vieux Montréal. Les étudiants cohabitent avec les professionnels, donc c’est bien l’fun. C’est dynamique. » Cela permet aussi l’échange de conseils et de savoir-faire. « C’est une grosse famille. »

Revenue chez elle à Saint-Adolphe, l’artiste travaille le verre « à froid ». Avec une scie, une polisseuse et de l’eau (pour éviter que le verre ne chauffe trop et se casse), elle ajuste chaque morceau minutieusement.

Puis sur une table, elle assemble chacun des 153 tubes de verre qui formeront La Volute. Un tube coloré est inséré dans un socle de métal, qui sera fixé au mur. Au sommet du tube, un miroir est fixé, sur lequel Annie ajoute une demi-sphère de verre. Pour éviter les erreurs, toutes les pièces sont soigneusement numérotées. « Quand on souffle du verre, chaque pièce est unique », indique l’artiste.

Couleurs et miroirs

(Crédit photo: René Rioux)

Les œuvres d’Annie Cantin sont toujours multicolores. « Les couleurs, c’est vraiment mon accent. Je ne l’épargne pas. J’aime même oser. C’est éclatant », lance-t-elle en riant.

L’artiste affectionne également les miroirs. Ceux-ci permettent une interaction entre l’œuvre et le public, qui peut s’observer de manière déformée, par exemple. « J’aime le jeu. J’aime faire sourire les gens. Dans le fond, c’est être dans le moment présent que je veux offrir aux gens qui observent mes œuvres, entre autres. »

Comme matière première, le verre permet aussi de jouer avec la lumière et les reflets. Les miroirs peuvent projeter des formes. Lorsqu’une œuvre est exposée à la lumière du jour, elle se transforme même par le mouvement du soleil et le changement des saisons, explique Annie. « L’œuvre reste vivante. »

La Volute

L’œuvre sera installée au Centre sportif à partir du 25 mai. « Pour l’installation, je prévois une bonne semaine. C’est la préparation qui est longue. Je vais identifier chaque pièce sur le mur avant. »

« La Volute, ça sera une spirale, faite de plusieurs éléments. Ça va représenter un engrenage, un mouvement, comme dans le sport. La coloration va partir d’un dégradé jaune, orangé puis rouge. Après ça redescend plus en douceur. C’est comme dans le sport : il y a une montée d’adrénaline, puis le repos », détaille-t-elle avec passion.

Les tubes représentent aussi des arbres et la forêt. « J’ai voulu amener la nature à l’intérieur. Dans les Laurentides, une de nos richesses, c’est bien la nature. » L’œuvre sera intégrée au centre du bâtiment du Centre sportif, avec une grande fenêtre devant qui laisse entrer la lumière naturelle et les montagnes laurentiennes.

Art public

Annie fait beaucoup de « 1 % » : les bâtiments gouvernementaux et publics doivent consacrer environ 1 % de leur budget de construction à des œuvres d’art qui seront intégrées à l’architecture. Ses œuvres sont d’ailleurs visibles dans des écoles de Montréal, à la Maison des arts de Laval et au poste de la Sûreté du Québec de Sainte-Agathe, entre autres. Pour Annie, avoir une de ses œuvres exposée chez elle, dans les Pays-d’en-Haut, est une fierté.

Mais même si La Volute n’est pas encore terminée, Annie a déjà une demi-douzaine de nouveaux projets en branle. 

« J’ai un gros concours aussi, le 8 juin. Je suis bien occupée. » Sur un établi, elle nous montre une maquette pour une école de la région. Des globes de plâtre, avec des capsules de verre, évoquent des bulles de savon irisées et miroitantes. 

« Le moment où tu souffles une bulle, tu es dans le moment présent. C’est le jeu! C’est léger et rigolo », explique-t-elle.

Devant le volume de travail, l’artiste doit faire appel à des sous-traitants. « On parle de plusieurs, plusieurs morceaux! Si je veux faire plusieurs concours, je ne peux pas tout réaliser moi-même. Le temps est important. Et ça donne du travail à des amis artistes », indique-t-elle.

Elle doit aussi consulter des ingénieurs, pour assurer la résilience de ses œuvres. « J’ai beaucoup expérimenté l’œuvre suspendue, attachée au mur. Je n’ai jamais aimé déposer une sculpture sur un socle : je veux qu’elle vive d’elle-même. Je trouve ça plus dynamique. » Maintenant, elle fait aussi des œuvres exposées à l’extérieur, ce qui amène de nouvelles contraintes et oblige l’artiste à développer de nouvelles techniques pour travailler le verre. 

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