(Photo : Médialo — Louis-Philippe Forest-Gaudet)

Nancy Martin : quand la gravité peint

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Avec Jam boréal, présentée au Mouton Noir à Val-David jusqu’au 3 mai, l’artiste locale Nancy Martin propose une série née d’un retour à l’essentiel, entre forêt, instinct et relance personnelle.

Originaire des Laurentides, Nancy Martin crée depuis toujours. Dessin, théâtre, expérimentations multiples : le parcours est marqué par l’exploration.

Mais cette nouvelle série s’inscrit dans un moment charnière. « J’ai vécu beaucoup d’événements difficiles », confie-t-elle. Un épuisement professionnel, suivi d’une remise en question majeure. « Il fallait que je retrouve un sens à ma vie. » La réponse s’impose rapidement. « Moi, je suis une artiste. » Elle loue donc un atelier à Val-David, fixe une date d’exposition, et plonge. En deux mois, 17 tableaux prennent forme.

Une forêt en suspension

Sur les toiles, des troncs minces s’élèvent dans des paysages brumeux aux teintes majoritairement froides. L’horizon est instable, le sol souvent absent. Les images oscillent entre reflet, eau et ciel. « Je veux que ça reste mystérieux. » Les formes flottent, parfois ambiguës. Mais l’artiste cherche surtout une tension entre abstraction et paysage, entre présence et effacement.

Peindre avec la gravité

Au cœur de Jam boréal, une technique simple en apparence, mais déterminante. Nancy Martin liquéfie sa peinture pour créer des coulisses qu’elle laisse se former naturellement. La toile est ensuite tournée dans tous les sens, laissant la gravité dessiner les lignes. « Au départ, j’applique un fond, puis je le fais couler. Après ça, je tourne la toile, je fais d’autres coulisses. »

Ces traces deviennent une structure. « Les coulisses créent des lignes… puis, avec ça, je fais des arbres et des branches. » Le geste est à la fois dirigé et abandonné. Une construction à partir de l’accident.

Un déclic inattendu

Ce langage visuel n’était pas prévu. Au départ, l’artiste cherchait autre chose. « Je voulais faire un visage. Ça ne marchait pas. »

Puis viennent les premières coulisses. Un ciel coloré. Une réaction immédiate. « J’ai fait ah, c’est ça. Là, j’ai un filon. » Le processus s’enclenche. Rapide, instinctif. « Moi, il faut que je me mette une pression. Sinon, je ne le fais pas. »

Entre doute et affirmation

Malgré l’élan, Nancy Martin reste critique sur ses créations à venir. « Je trouve que c’est du déjà-vu. » Elle cherche à pousser plus loin, à trouver une signature plus personnelle. « J’ai envie de varier, mais de garder la technique et le sujet de la nature. »

Son parcours explique aussi cette tension. Du pastel sec aux encres sur bois, elle a déjà connu une reconnaissance locale. « J’ai fait plusieurs expos ici. Ça a vraiment bien marché. »

Une pratique qui s’ancre

Aujourd’hui, l’enjeu est ailleurs. Structurer la pratique, sans perdre l’instinct.

Entre un emploi, un engagement municipal à Val-Morin et la création, l’équilibre se construit. « J’ai une journée fixe à l’atelier. Des soirs. J’essaie d’être là. »

Et déjà, la suite se dessine. Une intention claire émerge. Exposer davantage, structurer sa pratique et éventuellement présenter ses projets aux plus grandes institutions. « Avant, je n’avais pas de plan. Là j’ai un désir! »

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