(Photo : Médialo — Louis-Philippe Forest-Gaudet)
Club de golf du Mont Gabriel

Travailleurs saisonniers : Les retraités répondent présents

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Au Mont Gabriel, les emplois saisonniers liés au golf attirent encore une main-d’œuvre fidèle. Mais derrière cette stabilité apparente, l’hôtellerie régionale reste confrontée aux mêmes obstacles: logement rare, transport limité et recrutement plus difficile pour les postes à l’année.

À l’Hôtel Mont Gabriel, le recrutement saisonnier ne ressemble pas toujours à l’image classique de la pénurie de main-d’œuvre. Pour les postes liés au golf, l’établissement peut compter sur un bassin fidèle, souvent composé de personnes retraitées ou en fin de carrière.

« Ce sont des gens qui veulent sortir de la maison quelques heures par semaine, voir du monde », explique Jessica Croteau, directrice générale de l’Hôtel Mont Gabriel. Plusieurs reviennent d’année en année pour occuper des postes à temps partiel, souvent autour d’une vingtaine d’heures par semaine.

Selon elle, ces personnes ne cherchent pas d’abord un salaire élevé. « Elles ne sont vraiment pas là pour le salaire. Elles sont là pour les avantages. » Parmi ceux-ci, l’accès au golf gratuit pèse dans la balance. « Ça leur convient vraiment », ajoute-t-elle.

L’établissement a aussi adapté certaines installations pour réduire les besoins d’entretien. Les anciens terrains de tennis en terre battue, qui devaient autrefois être roulés quotidiennement, ont été remplacés par une surface demandant moins de travail.

Le vrai défi à l’année

Si le golf ne pose pas de problème majeur, le portrait change pour les emplois réguliers. « C’est plus difficile pour le staff annuel. Ceux pour qui le taux horaire fait vraiment une différence dans leur budget quotidien », indique Mme Croteau.

En cuisine, l’hôtel fonctionne avec du personnel régulier à l’année. Pour l’entretien des chambres, le recours à des agences demeure toutefois important. Elle estime que l’équipe est composée d’environ 60 % de main-d’œuvre locale et de 40 % de personnel d’agence.

Par contre, au Québec, les services d’hébergement et de restauration comptaient en moyenne 226 600 personnes en emploi entre 2022 et 2024, selon Guichet-Emplois. Le secteur demeure fortement saisonnier, particulièrement hors des grands centres, et les restrictions liées à l’immigration temporaire pourraient compliquer le recrutement en région.

Loger et se déplacer

Le recours aux travailleurs étrangers temporaires a déjà été envisagé, mais les loyers ont vite refroidi les réflexions. « Les prix des loyers, ça ne faisait pas de sens pour eux », résume Mme Croteau.

À ses yeux, l’enjeu est aussi très concret: sans voiture, la région reste difficile à habiter et à travailler. « La structure des villages dans le coin n’est pas bâtie pour accueillir des gens qui ne sont pas véhiculés », rapporte-t-elle, en évoquant une discussion avec une employée d’origine brésilienne.

La solution ne passerait donc pas seulement par l’embauche. « Des routes d’autobus qui passent plus que deux fois par jour », lance-t-elle, en parlant de ce qui pourrait aider.

Le Conseil québécois des ressources humaines en tourisme rappelle d’ailleurs que la saisonnalité complique le recrutement et la rétention, et que plus de 150 000 travailleuses et travailleurs saisonniers sont liés à cette réalité au Québec.

Se réinventer

Pour les prochaines années, Jessica Croteau croit que les entreprises touristiques devront continuer à revoir leur offre. « Il va falloir qu’on se réinvente une partie de notre produit d’ici cinq ans pour garder l’attention du monde », dit-elle.

Elle évoque des pistes comme le vélo de montagne ou même des activités d’astronomie. « Les besoins de la clientèle changent tellement rapidement », observe-t-elle. Dans ce contexte, attirer du personnel ne suffira pas. Il faudra aussi penser au logement, au transport et à la façon de faire vivre les saisons autrement.

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