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Santé et services sociaux: À la recherche de solutions

Par Simon Cordeau

Le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) tiendra un Forum de consultation, pour réfléchir aux enjeux par rapport à la santé et aux services sociaux auxquels le Québec se heurte. Josée Grenier, professeure au Département de travail social du Campus de Saint-Jérôme de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), y participera comme experte. Nous nous sommes entretenus avec elle.

« C’est une démarche délibérative, qui réunit des experts et citoyens des différentes régions du Québec. C’est une réflexion sur le système de santé et des services sociaux », explique Mme Grenier. Elle insiste sur cette dernière partie, les services sociaux, souvent oubliée dans les discussions.

Ses recherches portent justement sur les réformes du réseau, et se situent à la croisée entre les politiques publiques et l’intervention sociale. Selon elle, il y a beaucoup de travail à faire.

« La liste est longue»

Quelles sont les plus grosses failles de notre système de santé et de services sociaux? Mme Grenier réprime un rire. « Il y en a beaucoup! »

Elle nomme les longs délais d’attente, en particulier pour les problèmes de santé mentale, le soutien à domicile, le manque d’accès aux services, les proches aidants, les CHSLD, les urgences, le coût des médicaments, la protection de la jeunesse… « La liste est longue », déplore-t-elle.

« Le problème, de mon point de vue, c’est qu’on devrait faire davantage de prévention, tant en santé qu’en services sociaux. En même temps, avec la pénurie de professionnels, c’est difficile actuellement », admet la professeure. Cette pénurie se fait aussi sentir dans les organismes communautaires, souligne-t-elle. « Avec la pandémie, les gens sur la première ligne ont accumulé une grande fatigue. L’absentéisme est aussi un gros problème, et il y a beaucoup de gens qui partent. »

Former et retenir

Josée Grenier

Josée Grenier, professeure à l’UQO, participera
aux réflexions du Commissaire à la santé et
au bien-être du Québec. (Photo: courtoisie)

Une solution pourrait passer par la formation des professionnels. « Il faut peut-être augmenter les cohortes. Mais si plus d’étudiants font des stages professionnels, il faut plus de places de stage. » Cependant, accompagner un stagiaire est une tâche supplémentaire pour les intervenants, dont la charge est déjà lourde. « Ce travail-là n’est pas reconnu. Les intervenants ne sont pas déchargés en conséquence », détaille Mme Grenier.

Évidemment, il faudrait aussi davantage de professeurs pour former ces étudiants. Il faut aussi compter trois ans, au moins, avant que les étudiants obtiennent leur diplôme. « On devra vivre avec la pénurie pendant un certain temps », précise-t-elle.

Toutefois, intégrer plus rapidement les étudiants au réseau n’est pas une solution viable. « Souvent ils sont sollicités dès leur premier stage. Mais il ne faut pas brûler nos jeunes intervenants. Les gens tombent souvent en épuisement durant leurs premières années. »

Il faut donc bien accompagner et former les étudiants, afin qu’ils soient mieux outillés pour la lourde tâche et les pressions de leur milieu de travail. Ainsi, ils auront une meilleure chance de rester.

Revoir les conditions de travail

Une fois ces professionnels formés, encore faut-il les retenir dans le réseau. Selon Mme Grenier, il faut revoir les conditions de travail si on veut sortir du cercle vicieux de l’épuisement, de l’absentéisme et des démissions.

« La dernière réforme a eu un impact considérable », dénonce la professeure. Les organisations sont trop grandes, ce qui provoque une perte de sens. « Les gens ont de la difficulté à s’y reconnaître. » Ensuite, il y a trop de mouvement dans les équipes.

« Les intervenants font deux ou trois points de service dans une même semaine. C’est énorme et difficile de s’adapter. Pour les intervenants d’abord, mais aussi pour la population. Les gens, surtout les personnes âgées, apprécient d’avoir les mêmes intervenants », souligne-t-elle.

Plus d’autonomie doit aussi être donnée aux professionnels. « En ce moment, il faut que ce soit rapide et efficace. Mais quand tu parles d’intervention sociale, il faut prendre le temps. Ça s’inscrit dans une relation, et une relation se crée au fil du temps. Ce n’est pas un travail à la chaine. »

Enlever le temps supplémentaire obligatoire des infirmières pourrait également être une solution. Augmenter les investissements en services sociaux aussi. « La santé va bien quand on a un logement salubre, qu’on peut manger convenablement et qu’on a assez d’argent pour la suite », illustre Mme Grenier.

Surtout, il faut revoir le système qui est axé sur la performance et évalué par des statistiques. « On regarde plus ou moins la valeur du travail. Mais il faut que l’âme soit nourrie dans le travail aussi », conclut la chercheuse.

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