Après 54 ans à l’orgue, Lorraine Raby tourne une page à Sainte-Adèle
Par Jean-Simon Guay
Une page d’histoire se tourne à l’église Sainte-Adèle. Après plus de 54 ans comme organiste titulaire de la paroisse, Lorraine Raby s’apprête à jouer ses dernières notes lors de la célébration de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin prochain.
À 85 ans, celle qui accompagne depuis des décennies des milliers de célébrations, des baptêmes aux funérailles, en passant par les mariages de plusieurs générations d’Adélois, laisse derrière elle un héritage musical considérable.
Originaire de Ferme-Neuve, Lorraine Raby a commencé à jouer de l’orgue dès l’âge de 11 ans. Son parcours l’a menée à étudier la musique avant de poursuivre sa carrière dans l’enseignement. À la suite de son arrivée à Sainte-Adèle, en 1971, alors mère monoparentale de 3 enfants, elle s’est rapidement intégrée à la vie paroissiale de la ville, où elle est demeurée fidèle à son poste pendant plus d’un demi-siècle. « Depuis ce temps-là, je suis à l’église de Sainte-Adèle tous les dimanches, j’ai toujours été là », résume-t-elle.
Derrière ce parcours exceptionnel se trouve également le soutien constant de son époux, Jean-Roch Boisvert. Présent lors de l’entrevue et impliqué depuis longtemps dans la vie paroissiale, il a accompagné Lorraine dans plusieurs de ses projets musicaux. « Mon mari m’a beaucoup aidée […], s’il n’avait pas été là, je ne sais pas si je serais encore ici aujourd’hui », souligne-t-elle avec reconnaissance.
Parallèlement à son rôle d’organiste, elle a enseigné la musique pendant une vingtaine d’années dans plusieurs écoles de la région, notamment à Sainte-Adèle, Saint-Sauveur, Mont-Rolland et Sainte-Marguerite.
Une compositrice engagée
Mais Lorraine Raby n’a pas seulement transmis la musique à ses élèves.
Au fil des ans, elle ne s’est pas contentée d’interpréter la musique des autres. Elle a également composé plusieurs œuvres, dont deux messes complètes.
Sa Messe de reconnaissance a été publiée par Novalis, tandis que sa Messe québécoise des Pays-d’en-Haut, créée en 2005, est devenue une tradition appréciée dans la région.
Inspirée de la musique folklorique québécoise et accompagnée notamment du violon et de la contrebasse, cette œuvre est encore interprétée aujourd’hui et fera partie des célébrations entourant son départ.
Préserver une tradition

Si elle est fière de son parcours, Mme Raby s’inquiète néanmoins de voir disparaître peu à peu les chorales paroissiales. « Toutes les chorales tombent », constate-t-elle.
Malgré cette réalité, la musicienne demeure convaincue que le chant choral fait partie intégrante de l’identité québécoise. « Le Québec, c’est une terre de chant », affirme-t-elle.
À Sainte-Adèle, elle a pu compter sur la fidélité des choristes qui l’ont accompagnée pendant des années, plusieurs d’entre elles étant à ses côtés depuis plus de deux décennies.
Une relève pour l’avenir
Au moment de quitter ses fonctions, Lorraine Raby se réjouit d’avoir contribué à trouver une relève pour poursuivre le travail entrepris. « Je veux un remplaçant meilleur que moi, pas moins bon », lance-t-elle avec un sourire.
Sa sœur, Francine Raby, qui dirige la chorale paroissiale depuis 1986, quittera elle aussi ses fonctions. Ensemble, les deux sœurs auront marqué la vie musicale de la paroisse pendant plusieurs décennies.
Lors d’un dîner hommage organisé récemment en leur honneur, anciens et actuels choristes se sont réunis pour souligner leur contribution. Un moment particulièrement émouvant a été vécu lorsque la chorale a entonné une chanson spécialement dédiée à Lorraine, avant le partage d’un gâteau soulignant leur départ.
Pour Suzanne Fiset, qui a contribué à l’organisation de l’événement, cette mobilisation témoigne de l’impact laissé par les deux femmes au sein de la communauté. « Les anciens choristes, les choristes actuels… une équipe extraordinaire a répondu présent. Que demander de plus? », souligne-t-elle.
Le 24 juin, lorsque retentiront les dernières notes jouées par Lorraine Raby à l’église Sainte-Adèle, c’est plus de 54 années de dévouement, de musique et de mémoire collective qui seront saluées.