Extrait d’un mot laissé à ma fille bien caché dans son sac de randonnée

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Deux gars pour une fille

Christian Genest, collaboration spéciale –  Dire que tu es passée si près de ne pas y aller cette année. Ton échec en maths ne t’affectait pas jusqu’à ce que je t’explique que ton séjour au camp se méritait, que je ne me sentais pas obligé de t’offrir cette escapade extraordinaire d’un mois.
À bien y penser, une sacrée chance que tes efforts soutenus ont donné des résultats dignes de ton potentiel bien bien dormant, parce que ç’aurait été un juillet déprimant pour moi de te voir dormir, texter, redormir, te traîner les talons, texter, instagramer…

Je me tape toujours les cinq heures et demie de route la veille de ta fin de camp, normalement pour arriver en fin de soirée dans un vétuste motel tout près.

Réveillé tôt comme d’hab, je chausse mes Newbies pour un footing d’une heure à respirer l’air bio du Maine, tout est hyper bio-local-machin ici!

J’enfile un petit déjeuner et je dévale les derniers 30 kilomètres de route jusqu’à Leeds.

Normalement, la jalousie s’empare de moi dès qu’un ado souriant m’accueille à la barrière et me dirige vers ton campement de base.

À mon arrivée, t’auras les yeux remplis d’eau à l’idée de te séparer de tes girls et des monitrices qui t’ont poussée au cul durant tes 11 jours à traverser les Adirondacks. Je rapaillerai tes bagages, le temps d’une dernière accolade émotive.

On s’enfermera dans la bagnole toi, ton linge mouillé et puant, tes piqûres de moustiques et moi!

 

Sais-tu que c’est un top moment de qualité pour moi?

Parce que, pour une fois, je ne sentirai pas que tu me regardes comme si « je l’avais, mais tellement pas ».

Parce que tu m’étoufferas en me serrant dans tes bras lorsque tu m’apercevras.

Y’aura pas de téléphone, pas de stress, pas d’agenda à respecter. Tu ne te préoccuperas pas de la musique, ni moi du trafic.

Je vais te laisser respirer, te flatter les cheveux de ma main droite en conduisant, t’offrir un Kleenex pis te parler de ma chambre affreuse du motel de la veille afin de détendre l’ambiance.

Et c’est là que tu me raconteras tes moments durs en piste, tes bottes de marche remplies d’eau, tes jambes lourdes, tes ampoules aux pieds et puis la vue, les rires avec les copines, les étoiles que tu as surnommées.

Tu dresseras les high and low de la cuisinière en poste et des filles de ta cabine.

Tu m’expliqueras l’évolution de ton amulette, tes nouveaux écussons accumulés.

Peut-être y’aura des récits de naufrages provoqués avec un catamaran, des saucisses carbonisées sur le feu ou encore de cafard dans la douche.

 

On fera une halte lobster-roll-and-milkshake à Skowhegan parce que tu capotes sur ce petit casse-croûte-là.

Au fait, tu sais pourquoi ils sont siiiii bons?

Juste parce qu’on est dans le moment présent, qu’on s’est manqué, pis qu’on reconnecte.

 

Je te connais par cœur! Ensuite, tu baisseras le siège de l’auto et puis tu feras un roupillon jusqu’aux douanes où le charmant agent en poste m’obligera à te réveiller afin de vérifier si je ne t’aurais pas achetée sur le marché noir des enfants quelque part aux States.

Avec un peu de chance, on évitera de l’intoxiquer avec tes fringues détrempées s’il nous évite la fouille.

Une fois au Canada, tu t’informeras sur moi. Non pas par politesse ni par habitude, mais par intérêt réel.

Au fait, la semaine dernière, tes grands-parents m’ont offert d’aller te prendre au camp, je crois qu’ils s’ennuient. Impossible d’accepter leur offre… c’est juste trop un bon moment.

 

L’an dernier, j’ai laissé une grande fille au camp, et j’y ai repris une ado épanouie.

Ne brusque rien, t’es belle comme ça. Parce que tu verras, un jour, tu voudras que ça ralentisse quand tu auras mon âge.

Croque tout, capture les moments dans ton cœur, prends des photos dans ta tête; tu me raconteras.

Tu le sais, je ne veux pas que tu m’écrives. Prends ce temps pour jaser à une grenouille, faire la sieste sous un arbre ou écrire une nouvelle chanson.

La vraie vie, c’est le camp, le sport, l’amour, les défis. C’est là qu’il faut s’amuser, être street smart, avoir du cœur plutôt que d’utiliser des formules apprises par cœur.

Surtout, n’oublie jamais le plus important : je t’aime pour toujours.

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