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La spiritualité selon le curé André Daoust

Par Thomas Gallenne

En ce mois où l’on célébrera Noël, Accès propose une série d’entrevues avec des personnalités connues ou moins connues du grand public, pour réfléchir sur la grande question de la spiritualité. Nous entamons cette série d’entrevues avec le curé de la paroisse de Sainte-Adèle, André Daoust.

M. Daoust, qu’est-ce que représente pour vous la spiritualité?

La spiritualité est le fait de nous servir de notre esprit pour réfléchir aux grandes questions existentielles, telles que: «Pourquoi on vit, pourquoi on meurt, pourquoi la souffrance, pourquoi le mal?» Je prends mon inspiration de la lumière de Jésus-Christ qui inspire la nature humaine, et je suis appelé à éclairer les autres. Même avec un athée, ce n’est pas en lui apportant un tas d’arguments, mais par ma manière de vivre que je vais toucher son cœur. Ça se situe au niveau de notre témoignage de vie. Ça c’est plus fort pour faire naître le Christ dans le cœur des autres.

Je reprends vos premiers propos où vous parlez de nous servir de notre esprit pour nous questionner sur l’existence. Cela introduit les notions de conscience et de donner un sens à sa vie. Comme être humain confronté quotidiennement à des gens qui n’ont pas le même rapport à la spiritualité que vous, comment vivez-vous cette spiritualité?

Vous parlez du mot conscience, c’est très important. Dans notre monde, on est tellement assailli par toutes sortes de messages qui viennent de partout, la spiritualité c’est refuser d’obéir, sans réfléchir, aux diktats de la publicité, et de se dire: «Je me fais confiance, je suis capable de penser par moi-même. C’est moi qui vais maîtriser ma vie et non pas la laisser mener par le monde. Par rapport au flot de messages, j’encourage les gens à se tenir debout.

Quelle est votre lecture du monde actuel?

Par rapport à autrefois, il y a une déchristianisation du Québec. Avant, la dimension communautaire était importante et l’Église avait un réel pouvoir. C’était une des seules voies. Et puis c’était un monde clos et dans n’importe quel monde clos, il y avait des abus. Les gens pouvaient être déistes sans nécessairement être chrétiens, même s’ils étaient baptisés.

Aujourd’hui, moi je trouve le monde beau, car il est plein de possibilités. Et c’est là dedans que le Seigneur nous invite à être la lumière puis le sel. Maintenant, il y a beaucoup plus de voix qui viennent de partout. Ce qui est important c’est de distinguer le bon berger du mercenaire ou du loup. Dans ce sens, je peux avoir beaucoup de voix qui me disent: «Consomme, achète-ci puis prends ça». Pourquoi me disent-ils ça? Est-ce pour mon bien ou pour celui de leur portefeuille? Éduquer notre peuple au niveau des écoles, au niveau humain, ou bien l’Église au niveau chrétien, on fait œuvre d’humanisation, en rendant la personne plus autonome, plus capable de juger ce qui est bien, ce qui est mal pour elle, pour sa famille. Donc quand on invite les gens à prier, peu importe la foi, on dit: «Arrête-toi, réfléchis, dans notre monde qui évolue très vite. Que l’on soit croyant ou pas, pour faire œuvre d’humanisation, c’est important de faire le point chaque jour dans sa vie, pour se demander: «Est-ce moi qui mène ma vie ou je la laisse mener par la publicité?»

Vous considérez-vous comme un curé humaniste?

Oui, humaniste chrétien. Comme disait Paul VI, nous avons le culte de l’être humain. Chaque personne dans toutes ses dimensions m’intéresse.

C’est un fait, on vit dans une société individualiste, où les valeurs traditionnelles ont été évacuées. Certains disent qu’on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Est-ce que cela vous blesse?

Moi à la dimension de ma paroisse, je vis un peu ce que pourraient vivre un père et une mère de famille. Si son enfant est malade, s’il déraille, il n’est pas heureux. Moi je ne suis pas heureux si je vois tous les défis qu’on a à relever et que je ne m’implique pas. J’essaie de m’impliquer dans la mesure du possible pour transformer le monde autour de moi. Vous parliez d’individualisme. Je pense qu’on est passé d’un extrême à l’autre.

Avant, l’individu était noyé dans la communauté. Là on est passé à «l’important c’est moi». Or ce moi devrait se réaliser à l’intérieur d’une communauté. Ce sont deux philosophies qui se rencontrent. La philosophie américaine, basée sur l’Ancien Testament où le bonheur c’est quand tu as de l’argent, que tu es en santé et que tu vis longtemps. Le Nouveau Testament, nous autres, c’est non: mon bonheur c’est d’aimer mon prochain, de le voir heureux puis de bâtir une communauté.

Dans votre vie, quelle est la personne la plus spirituelle que vous ayez rencontrée?

Je ne l’ai pas rencontrée mais beaucoup étudiée. Mon maître à penser c’est Jean Guitton, un philosophe français, laïque mais croyant. Il disait: «Est-ce que c’est raisonnable de croire». Il a tout le temps voulu réunir la raison et la foi.

Finalement, ce serait le meilleur des deux monde?

Oui (rires).

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