L’affaire Nelly Allard

L’affaire Nelly Allard
Thomas Gallenne
Actualité

Le verdict est tombé

Martine Laval

Le cas de Nelly Allard s’est réglé le 24 janvier dernier au Palais de justice de Saint-Jérôme. Celle qui avait été giflée violemment en pleine classe par son enseignante et psychothérapeute Lisette Métayer en février 2011, sort enfin d’un long processus pénible pour dénoncer l’inacceptable. Douze mois de probation et 3000$ d’amende à verser à Nelly Allard résume la sentence de Mme Métayer.

Lisette Métayer est propriétaire du Centre de formation en approche psychologique et corporelle situé sur la rue Lafleur à Saint-Sauveur. Elle se déclare comme faisant partie de l’Alliance des psychothérapeutes en science intérieure. Une centaine d’élèves suivent cette formation de 1 500 heures qui conduit à un diplôme de «psychothérapeute en approche psychologique et corporelle».

 

Lors de ses recherches pour monter son dossier et défendre sa cause, Nelly Allard découvre que Lisette Métayer n’est en fait qu’une pseudo-psychothérapeute, ni diplômée de quelque ordre que ce soit, ni autorisée à donner ce cours. Bien qu’elle ait dépensé des milliers de dollars pour cette formation, Nelly Allard ne recevra donc aucun diplôme puisque non-conforme.

 

Le 21 juin 2012, le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, annonçait l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi par laquelle la pratique de la psychothérapie au Québec serait désormais encadrée. Ce changement majeur et attendu, s’inscrit dans la foulée de la Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines. «Dorénavant, au Québec, les patients vulnérables seront mieux protégés contre des individus qui se prétendent spécialistes», déclarait le ministre Jean-Marc Fournier.

 

La loi 21 interdit donc d’exercer la psychothérapie sans permis et prescrit les conditions requises pour en obtenir un auprès de l’Ordre des psychologues. Les personnes qui exercent présentement des activités de psychothérapie, qui ne sont pas membres d’un des ordres cités par la cour mais qui répondent déjà aux exigences de formation du règlement, disposeront d’un délai de deux ans pour demander un permis de psychothérapeute à l’Ordre des psychologues du Québec. Toute personne ne s’assujettissant pas à ces nouvelles règles sera passible de poursuite pour exercice illégal.

 

Étant donné le nouveau casier judiciaire de Mme Métayer, il est peu probable qu’elle puisse se qualifier, malgré les efforts qu’elle pourrait déployer pour ce faire. Par contre, en plaidant coupable, Lisette Métayer a permis à Nelly Allard de retrouver sa dignité et son intégrité. Bien qu’elle trouve le jugement un peu mou, comme elle l’exprimait à l’émission du matin de Paul Arcand ce 24 janvier, Mme Allard comprend que le juge Garneau n’ait pas le choix n’ayant que sa seule dénonciation à elle. Fière d’avoir laissé sa trace dans ce dossier, Nelly Allard poursuit désormais sa route et tentera de continuer sa formation de façon légale et reconnue, malgré tout cet argent et ce temps gaspillés.

 

Le couperet est finalement tombé mercredi dernier en cour criminelle au Palais de Justice de Saint-Jérôme, dans le dossier opposant la Couronne à Lisette Metayer. Cette dernière est condamnée à verser 3000$ à sa victime et à 12 mois de probation. Au-delà de la sentence, comment prévenir de tels gestes et protéger des personnes vulnérables de telles situations?

L’affaire remonte à avril 2011: Nelly Allard porte plainte contre sa «thérapeute» Mme Métayer qui plaide finalement coupable le 19 juin 2012.

«Pour commencer, on a besoin des médias pour mieux protéger les personnes: c’est par l’information qu’on protège réellement le public, lance Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec (OPQ). On peut poursuivre après-coup les personnes qui pratiquent illégalement ou qui ont un permis et qui ne respectent pas la déontologie; ça c’est dans notre mandat.» Mais l’essentiel demeure selon elle un public bien informé: «Avant de s’en remettre à une personne pour quelque chose d’aussi souffrant qu’un trouble psychologique, mental ou même un mal-à-l’âme, que l’on s’assure de faire affaire avec une personne compétente et encadrée.»

D’où le but de la loi 21. L’Ordre tient un registre de ses membres actifs ou en attente de leur permis.

«Au même titre qu’on n’entre pas dans le bureau de n’importe qui pour se faire réparer une dent, on n’entre pas dans le bureau de n’importe qui pour confier nos problèmes psychologiques.»

Cependant, on a beau tenir des registres ou informer le public, il n’en demeure pas moins qu’en période de détresse, de vulnérabilité, il est parfois difficile de faire la part des choses, de séparer le grain de l’ivraie? «Plus on souffre, plus on a envie de croire en ceux qui vont faire des miracles pour nous. Une chose est sûre: une bonne psychothérapie laisse toujours le libre arbitre aux gens», rappelle Mme Charest.

Selon nos informations, Mme Métayer n’était pas membre de l’OPQ, mais affichait dans son bureau son affiliation à l’Alliance des intervenants en soins naturels et approche corporelle. «Dans le cas de Mme Métayer, on a appliqué le Code de déontologie et elle ne fait plus

partie de notre alliance», a tenu

à rectifier son président

Alain Alarie. Ce code, non public, est envoyé aux membres. Il n’existe aucun site internet de l’Alliance recensant ses 1000 membres. Quant à la réintégration ou non de son ex-membre, M. Alarie n’en a aucune idée: «Cela dépendra du rapport de la cour: s’il n’est pas favorable à sa réintégration, elle ne le sera pas, mais si ce rapport, si notre Code de déontologie le permettent, on n’aura pas le choix de la réintégrer. La loi c’est la loi. Il y a un avocat sur le dossier, on va le soumettre et si c’est non, c’est non pour tout le temps.»

 

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