Le stationnement bientôt payant

Le stationnement bientôt payant
Thomas Gallenne
Actualité

CSSS des Pays-d’en-Haut

L’information est confirmée: le conseil d’administration du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) des Pays-d’en-Haut ira de l’avant dans sa décision de rendre payant les stationnements desservant ses trois sites.

 

En entrevue, la directrice générale du CSSS Sylvie Laganière explique que cette décision fait suite à un constat comptable: «Cette orientation a été prise par le CA qui souhaite que le stationnement s’autofinance», indique-t-elle, ajoutant du même souffle que les autres CSSS de la région font déjà payer leurs stationnements. Cependant, le CA n’a pas encore entériné les modalités, demandant à la direction générale de procéder à une étude de faisabilité.

 

Circulaire ministérielle

Selon la DG, cette orientation répond aux exigences inscrites dans la Politique concernant l’exploitation des activités accessoires commerciales. Dans une circulaire datant du 26 mars 2007, il est indiqué que l’objectif gouvernemental est d’assurer prioritairement l’équilibre budgétaire des établissements et que la circulaire vise «plus particulièrement les activités rattachées au parc de stationnement de l’établissement.»

 

Toujours dans ce document, il est mentionné que compte tenu de cet objectif, «il est requis que toute entente signée par un établissement, concernant l’exploitation d’une activité accessoire commerciale, lui garantisse, dans son fonds d’exploitation, un revenu net au moins équivalant à celui qu’il aurait eu s’il avait lui-même exploité l’activité sans l’intermédiaire de qui que ce soit.» En d’autres termes, pour entretenir ses stationnements, le CSSS doit trouver des solutions afin que cette «activité accessoire» puisse s’autofinancer. D’où la tarification.

 

D’après Mme Laganière, il en coûte à l’établissement de santé 43 000$ par année pour entretenir et déneiger les stationnements des trois sites gérés par le CSSS, soit celui du siège social installé depuis deux ans à Sainte-Adèle, celui de Saint-Sauveur et celui relocalisé à Piedmont depuis sept mois. «Sur 10 ans, c’est un demi million de dollars qu’on met dans  »l’asphalte », lance la DG. Et dans la circulaire, il est mentionné qu’on doit rentabiliser les coûts relatifs au stationnement. Alors les membres du CA ont demandé d’étudier la question à savoir si l’implantation d’un système de perception de frais de stationnement serait rentable, le tout dans un souci d’équité envers notre clientèle que l’on dessert.» Selon leurs premières études, un horodateur installé à chaque point de service se financerait en un an. Le CSSS des Pays-d’en-Haut dessert une population d’environ 40 000 habitants, compte 325 employés, 112 patients au Centre d’hébergement et de soins de longue durée dont trois sont temporaires, et gère un budget de fonctionnement d’environ 22,5 millions de dollars, excluant les services offerts à l’établissement de détention de Saint-Jérôme.

 

Vérification faite

Un bref survol des régions avoisinantes permet de constater que dans la plupart des cas, les CSSS chargent des frais de stationnement pour l’accès à leurs établissements, selon des montants et des durées variables selon les endroits. C’est le cas pour les CSSS de Saint-Jérôme, Sainte-Agathe et Lachute, lesquels ont la particularité d’accueillir un hôpital régional. En revanche, leurs points de services ne chargent pas nécessairement des frais de stationnement. «On y va au cas par cas», explique Nathalie Nolin, chef de service des communications au CSSS de Saint-Jérôme. «Cela dépend du contexte entourant le point de service», renchérit Hugo Morissette, conseiller aux communications du CSSS des Pays-d’en-Haut. De son côté, Sylvie Laganière se veut rassurante: «Le CSSS a toujours pris en considération la clientèle vulnérable qu’elle dessert. La décision de charger les frais de stationnement n’est pas coulée dans le béton puisqu’elle doit être révisée aux quatre ans par le CA. Ça va prendre du temps pour mettre en place une telle politique et on va tenir compte du pouvoir d’achat de notre population.»

La direction a d’ailleurs rencontré le personnel du CSSS afin de lui faire part de la décision du CA. Les employés, tout comme les clients devront mettre la main à la poche. «On pense à un tarif préférentiel pour les employés, selon leur présence. On s’enligne vers ça», précise Mme Laganière. Le syndicat demanderait quant à lui d’y aller au prorata des heures travaillées. Au moment de mettre sous presse, le représentant syndical

Stéphane Bernier était en congé de maladie et n’a donc pu confirmer.

 

De vives réactions

Tant auprès des élus que des représentants du monde économique et touristique, la nouvelle a été accueillie froidement. «Je trouve cette décision aberrante, a laissé tomber le directeur général de la  Chambre de commerce et de tourisme de la Vallée de Saint-Sauveur Pierre Urquhart. Pour le siège social à Sainte-Adèle, je peux encore comprendre, ça ressemble à un hôpital. Mais pour Saint-Sauveur, ça va leur coûter plus cher à gérer qu’à laisser ça gratuit. Je ne trouve pas ça intelligent.» Pour lui, cette décision va nuire au voisinage. «À Piedmont, les gens vont aller stationner chez les commerçants autour et dans la rue, ajoute-t-il. Et dans un endroit touristique, faire payer pour du stationnement n’est pas souhaitable.»

De son côté, le maire de Saint-Sauveur Michel Lagacé était déjà au courant de la nouvelle. «Le préfet m’a prévenu. Mettons qu’on n’est pas chaud à l’idée», a t-il répondu laconiquement.

 

Information confirmée par l’intéressé: «J’ai bien de la misère avec ça, a répondu Charles Garnier, qui avoue fréquenter souvent le CSSS des Pays-d’en-Haut. À Saint-Jérôme avec leurs parcomètres, c’est l’enfer. On met le pied dans ce qui est une grande ville.»

Même son de cloche au Centre local de développement des Pays-d’en-Haut: «Il n’y a aucun stationnement payant dans toute la MRC, avance son directeur général Stéphane

Lalande. C’est notre marque de commerce pour attirer des entreprises. Ce serait une première.»

Pour le préfet, il ne fait aucun doute que certains employés ou usagers qui ne souhaiteront pas payer, iront stationner au centre commercial situé en aval du CSSS de Sainte-Adèle. «Le stationnement est déjà problématique au centre d’achat», reconnaît le directeur général de la Chambre de commerce de Sainte-Adèle Guy Goyer, ajoutant qu’on ne peut pas stationner sur la 117.

«Ça n’a pas de bon sens, a répondu le maire adélois Réjean Charbonneau, en apprenant la nouvelle. Je vais regarder ça en caucus cette semaine afin qu’on vote une résolution pour s’opposer contre cette décision du CSSS.»

La Ville de Beloeil en Montérégie, appuyée de groupes communautaires et de députés, s’est opposée à la tarification du stationnement du CSSS Richelieu-Yamaska, entrée en vigueur le 1er octobre dernier, en adoptant un règlement municipal interdisant ce genre de pratique. Le litige est devant les tribunaux.

La DG du CSSS des Pays-d’en-Haut annonce que son CA entend aller de l’avant  en mettant en place  cette politique d’ici la fin de l’exercice financier de l’année en cours, soit d’ici mars 2013.

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