Les jeunes ont-ils leur place?

Les jeunes ont-ils leur place?
Thomas Gallenne
Actualité

Ville de Saint-Sauveur

Lors du dernier conseil municipal de Saint-Sauveur, le 17 septembre dernier, plusieurs citoyens se sont plaints de problèmes de voisinage reliés à des incivilités causées par des jeunes. Ces citoyens rappellent que ces problèmes ne datent pas d’hier et qu’ils ont à plusieurs reprises interpellé l’administration et les services policiers. Au-delà du fait divers, ces comportements posent la question: la jeunesse a-t-elle sa place dans notre ville?

 

«On a reçu des canettes de bière sur la tête dans notre jardin», lançait une résidente lors du dernier conseil de ville. Sa cour donne sur le stationnement Lafleur, sur lequel des jeunes se retrouvent en auto pour faire le «party». «On a déjà jeté des œufs sur notre résidence, raconte Micheline

Morand, dont la propriété est bordée par un passage piéton. Ce dernier relie le quartier résidentiel de la rue du Relais et le stationnement municipal en arrière de la Caisse Desjardins de Saint-Sauveur.

Mme Morand avait fait signer une pétition dans son secteur afin que l’administration règle le problème du flânage dans ce passage.

Les citoyens rencontrés se sentaient démunis face à ces incivilités, ayant la sensation que la Ville et la police se renvoyaient la balle. L’administration et la police s’accordent à dire qu’il est préférable de miser sur la prévention auprès des jeunes plutôt que sur la répression. Mais qu’en demandant aux personnes de quitter les lieux, ils reconnaissent qu’on déplace le problème au lieu de le régler.

«Je me questionne à savoir si les jeunes ont leur place à Saint-Sauveur?» s’interroge pour sa part Vickie Laframboise, travailleuse de rue pour l’organisme l’Écluse des Laurentides. Couvrant les territoires de Saint-Sauveur et Sainte-Adèle, elle se définit comme «la courroie de transmission entre la rue et les ressources». Le regroupement des jeunes dans des lieux isolés ne date pas d’hier, toutes les personnes rencontrées dans le dossier le reconnaissent. «À l’adolescence, l’individu vit des phases de découverte, d’apprentissage, d’expérimentation et de socialisation, explique Mme Laframboise. Ça prend un espace où ils peuvent accomplir tout ça. Si on prenait le temps de les connaître, de les écouter, on se rendrait compte de leurs besoins et comment améliorer leur situation.» Elle reconnaît que le maintien de l’ordre social est nécessaire. Cependant, par expérience, elle sait que le flânage est la pointe de l’iceberg d’une problématique plus complexe. «J’ai affaire à des personnes  vivant parfois une grande détresse, étant aux prises avec des problèmes de toxicomanie, de pauvreté, d’exclusion, d’abus de toutes sortes, raconte-t-elle. Et quand on dit les jeunes, il faut faire la distinction: chaque jeune a sa propre histoire… On ne peut pas juger.»

Le conjoint de Mme Morand, Roger Julien, reconnaît que certains adultes «mettent tous les jeunes dans le même panier» et qu’ils sont peut-être moins à l’écoute des jeunes. Le fossé entre les générations serait-il si grand? «Les jeunes sont moins respectueux envers les aînés, les parents, les professeurs», ajoute-t-il, admettant du même souffle que le respect doit être mutuel et que les jeunes ont peu de places pour eux. «Ici la population est vieillissante, le coût de la vie y est élevé et il y a un prix à payer pour la tranquillité.»

Fin septembre, une soirée en pleine semaine. Plusieurs jeunes sont regroupés à l’entrée du passage piéton. À découvert cette fois, ils ne resteront là que quelques minutes, le temps de terminer leur cigarette ou de réunir le groupe au complet. Toute la soirée, des groupes d’adolescents empruntent le passage. «Y a pas de place nulle part pour les jeunes, s’exclame Marie-Jeanne, 14 ans, arrivant du restaurant Mc Donald avec ses amis du même âge, Félix et Marek, ces derniers planche à roulettes sous le bras. On s’est fait viré par les gardiens de sécurité. On cherche une place pour avoir du fun, et on se fait avertir de pas rester là!» Et l’étudiante à A.N. Morin, d’ajouter: «Le skate park, c’est pas pour les filles, on en fait pas. On va où?»

Dans le secteur du village, des zones résidentielles sont adossées au secteur commercial et touristique de Saint-Sauveur, lequel engendre beaucoup d’activités, de jour comme de nuit. Certaines nuisances ne sont-elles pas inéluctables? «On s’en accommode», répond simplement M. Julien.

Depuis la dernière séance du conseil, plusieurs actions se sont mises en branle. À commencer par le fameux passage piéton. Dès le 18 septembre, le service des Travaux publics coupait une rangée de cèdres et élaguait plusieurs arbres afin d’éclaircir le passage. La semaine dernière, des travaux ont débuté pour reconstruire le passage en ligne droite.

«On a signé un contrat de service d’un mois avec l’agence Sécurité des Deux-Rives, confirme le maire de la Ville de Saint-Sauveur, Michel Lagacé. À 33$ de l’heure, ça inclut l’auto-patrouille. Sainte-Adèle, l’Estérel ont déjà recours à leurs services.» Le maire ajoute avoir parlé au capitaine de la Sureté du Québec à Saint-Sauveur, Paul

Charbonneau: «Le capitaine a mandaté son lieutenant Gary Moore pour préparer un plan d’actions en vue d’intervenir dans les écoles et les lieux publics au sujet du flânage.» Enfin, la Ville a commandé un nouveau module pour le parc de planche à roulette d’une valeur de 30 000$ lequel devrait être installé au printemps prochain.

Des résidents de la rue du Relais rencontrés sur place ce lundi, se disaient satisfaits des actions posées par la Ville.

 

 

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