Patricia Tulasne: Reconnaissons l’animal comme un être vivant sensible!

Patricia Tulasne: Reconnaissons l’animal comme un être vivant sensible!
Martine Laval
Actualité

Petite fille, Patricia Tulasne qui adorait les animaux, ne comprenait pas pourquoi on lui faisait manger «ses amis». Il n’est donc pas étonnant qu’une fois grande, elle choisisse de devenir végétarienne, aujourd’hui végétalienne, et s’engage à défendre le droit des animaux. Entretien avec notre défenderesse nationale des animaux qui sont loin d’avoir la vie rose au Québec!

Quelle est la situation des animaux dans notre société québécoise, Patricia?

Malheureusement, beaucoup trop de gens considèrent encore l’animal comme un objet. Il faut dire que c’est inscrit dans le code civil. C’est donc le message que nous envoie le gouvernement. Étant un objet, l’animal n’a aucune importance morale, donc les gens les abandonnent, particulièrement les francophones. Les anglophones ont une longueur d’avance sur nous puisque pour eux, l’animal fait partie de la famille alors que pour les francophones, l’animal est un objet dont on peut se débarrasser quand on en n’a plus envie, quand on en n’a plus besoin.

D’où viennent ces affirmations dérangeantes?

Ce sont des constats établis par les refuges. La plupart des animaux abandonnés proviennent des francophones. Bien que ce ne soit pas une excuse, on peut l’expliquer par notre culture. Le fait que la religion ait été très présente au Québec pendant très longtemps, et que pour la religion l’animal n’a pas d’âme, il est donc au service de l’homme. On a aussi été longtemps un peuple d’agriculteurs et le chien servait à rassembler les troupeaux, le chat à dératiser les granges. Leur utilité s’arrêtait là. Ça fait partie de nos mentalités, et jamais nos gouvernements n’ont envoyé de message comme quoi ces comportements étaient condamnables. Au contraire. Il y a un système de fourrière qui fait que lorsqu’on veut se débarrasser d’un animal, on vient le chercher, on l’euthanasie même s’il est en bonne santé, tout ça aux frais des contribuables, et au même titre que la collecte des ordures. Donc au lieu d’inciter les gens à ne pas abandonner leur animal, on leur facilite la vie quand ils veulent le faire. C’est une incohérence totale et c’est ce pourquoi je me bats depuis des années.

Comment pourrions-nous rectifier la situation?

L’argent que l’on dépense pour les euthanasies et qu’on met à enrichir les fourrières à but lucratif, on pourrait le mettre sur la stérilisation, sur des campagnes de sensibilisation et d’éducation, dès l’école même, pour que la maltraitance et l’abandon des animaux cessent. D’après les statistiques il y a 500 000 animaux abandonnés au Québec chaque année! C’est inimaginable! Les gens adoptent un animal impulsivement et l’abandonnent 17 mois plus tard, selon des statistiques. L’animal est un objet, un divertissement et quand on en a assez c’est comme le reste, on s’en débarrasse!

Rien que dans la région de Montréal, 50 000 animaux sont tués chaque année au Berger blanc, et 15 000 à la SPCA de Montréal! On a un réel problème de société, et les règlements en place ne visent pas la sécurité ou le bien-être de l’animal. Il existe des amendes si le chien aboie ou s’il n’est pas tenu en laisse, mais s’il est abandonné, maltraité ou tué, rien!

On a un grand retard par rapport aux autres provinces du Canada. Le taux d’euthanasie à Calgary est de 7%, au Québec plus de 80%! Une étude de l’organisme Animal Defense Legal Fund révèle que le Québec arrive en avant-dernière position au Canada, juste avant le Nunavut, en ce qui concerne le droit et le bien-être des animaux.

Comment faites-vous entendre votre cause, Patricia?

Dès que j’ai une tribune j’en parle. J’écris beaucoup de lettres aux élus. Je signe des pétitions. Je demande aux citoyens de se manifester auprès de leur conseil municipal, de leur député, car c’est avec la pression populaire qu’on pourra faire changer les choses. On a réussi à Saint-Sauveur cette année, puisqu’il a été décidé de ne plus faire affaire avec la fourrière à but lucratif, mais plutôt avec la SPCA Laurentides Labelle qui a une approche beaucoup plus éthique et responsable. Plus les gens manifesteront leur indignation pour stopper cette tuerie des animaux qui se fait avec la bénédiction de nos gouvernements dans la plus parfaite indifférence, alors que des méthodes alternatives existent et qu’elles sont appliquées ailleurs avec succès, plus on se fera entendre et on réussira à faire changer les pratiques.

Grâce aux reportages diffusés dont celui sur le Berger blanc en 2011, on a réalisé à quel point certains comportements et la cruauté envers les animaux n’avaient aucun sens. Ça a été comme un électrochoc! Sachant que l’industrie des animaux domestiques rapporte plus d’1G $ au gouvernement du Québec par année en taxes, en frais de vétérinaire, en nourriture, etc., il est d’autant plus injuste qu’une partie de ces revenus ne soit pas réinvestie pour adopter des règlements prenant en compte le bien-être animal.

Le mot de la fin?

Reconnaissons l’animal comme un être vivant, sensible, afin que le droit au respect lui soit accordé, que les mentalités à son égard changent, et que le code civil s’adapte afin que la maltraitance et la cruauté cessent.

«La grandeur d’une nation se mesure à la façon dont elle traite ses animaux.» (Gandhi)

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