Richard Spénard va à contre-courant

Par Mathieu Laberge

Sentiers de vélo de montagne et propriété privée

Les adeptes du vélo de montagne déplorent souvent que le nombre de sentiers où ils peuvent rouler diminue comme peau de chagrin. Rares sont les propriétaires qui accueillent les cyclistes à bras ouverts sur leurs terres et encore plus rares ceux qui y favorisent le développement des sentiers. Voilà la voie adoptée par Richard Spénard, de Sainte-Adèle, sur son terrain d’une centaine d’acres qui accueille chaque année environ 250 cyclistes différents.  

Figure bien connue du monde de la course automobile, Richard Spénard a notamment été coéquipier de Gilles Villeneuve en formule Atlantique dans les années 1970.«J’ai gagné ma vie dans ce milieu, sauf que mes hobbies ont toujours été sans moteur», explique celui qui a découvert le vélo de montagne au milieu années 1990, alors qu’il était membre du club des Pédales du Nord (PDN).

Au fil des ans, les endroits où son club roulait devenaient moins nombreux et c’est à ce moment qu’il a décidé de prendre les choses en main à sa façon. «J’ai eu la possibilité d’acheter un terrain dans le Domaine Deauville où passait la piste de ski de fond Oxford-Cambridge. J’ai proposé aux PDN de construire des pistes. Le premier sentier, aller-retour faisait 1500 pieds. Près de 6 ans plus tard, nous avons 16 kilomètress!» soutient avec fierté celui qui peut voir les skieurs de fond passer sur la piste qui longe sa maison.

Pourquoi a-t-il fait ce choix?

«Pourquoi pas?» répond-t-il tout de go. «C’est la nature. J’ai la chance d’avoir ça et je le partage avec des gens qui ont les mêmes valeurs que moi. Ce sont des sportifs, des familles qui aiment le plein air, en vélo ou à pied. Et honnêtement, je n’ai jamais ramassé un seul déchet. C’est un plaisir de partager et j’en ai une fierté. Les gens s’amusent dans la forêt et je suis fier de leur offrir des sentiers que j’ai conçus avec des amis. Si tu as un trésor et que tu ne peux pas le partager, ça ne te donne pas grand-chose. La journée où je vais avoir des problèmes, je vais fermer, sauf que là, je n’ai pas de problème.»

M. Spénard a voyagé un peu partout dans le monde pour aller rouler. Il mentionne que dans les pays scandinaves, les gens peuvent arpenter des sentiers centenaires qui sont situés sur des terrains privés. Force est de constater que la situation est bien différente en Amérique du nord.

Un potentiel récréotouristique à développer

Richard Spénard déplore la vision à court terme des promoteurs immobiliers et des municipalités qui cherchent rapidement des revenus à la suite de la vente de terrains ou de revenus de taxation. Il croit fermement que les Laurentides ont un potentiel récréotouristique qui est sous-exploité et qui pourrait donner un coup de pouce à l’économie locale.

«Nous avons un réseau patrimonial et il faut que les municipalités réalisent qu’à long terme, les sentiers sont bien importants. Si elles ne sont pas assez sévères avec les promoteurs, nous allons perdre les sentiers. Nous avons plus à offrir que les autres, car nous pourrions nous déplacer d’un village à l’autre par les sentiers. Imaginez combien d’Européens viendraient faire du vélo ou du ski de fond ici s’ils pouvaient se rendre de Piedmont à Mont-Tremblant? Ça n’existe pas ailleurs. Nous sommes désorganisés et nous ne valorisons pas ce que nous avons.»

Comme il l’explique, aux États-Unis, des promoteurs immobiliers ont commencé à se mettre au diapason des cyclistes. En conséquence, les promoteurs sont de plus en plus nombreux à ne plus construire leurs projets autour d’un terrain de golf, mais bien en bordure de sentiers.</p>

«Ils ont compris que le golf coûte cher, que c’est passé de mode et que des sentiers coûtent moins chers à développer. Un autre exemple, c’est la ville de Fruita, au Colorado. C’était une ancienne ville minière qui était en faillite. Un entrepreneur a commencé à y construire des sentiers et c’est devenu une des capitales du vélo de montagne où le tourisme est la principale industrie.»

M. Spénard trace un parallèle avec ce qui existe avec le tourisme de motoneiges, moteurs, bruit et vapeurs d’essence en moins. «Nous pouvons faire un développement intelligent qui valorise notre nature et les sports sans moteur. Il est possible de faire des développements où la nature est respectée.»

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