(Photo : Médialo - Louis-Philippe Forest-Gaudet)
Vue aérienne d'un secteur résidentiel de Sainte-Anne-des-Lacs

Routes en gravier : Un débat désormais inévitable dans les Laurentides

Par Jean-Simon Guay

Un titre accrocheur de Radio-Canada, « Nids-de-poule : vers un retour des routes en gravier ? », a fait réagir dans les Laurentides. À Wentworth-Nord, la mairesse Karine Dostie nuance : « Les gens ont retenu le titre, pas le contenu. » Elle assure qu’il n’est pas question d’arracher l’asphalte pour le remplacer par du gravier.

Derrière la controverse, une réalité s’impose : plusieurs municipalités devront se pencher sur la question.

Des choix de plus en plus difficiles

À Sainte-Anne-des-Lacs, la question est bien réelle. Avec environ 80 kilomètres de routes à entretenir et des budgets limités, la municipalité doit faire des choix difficiles. « Les budgets ne sont pas illimités. On n’arrivera jamais à faire tous les travaux nécessaires », affirme le conseiller municipal, Sylvain Harvey.

Deux visions s’opposent : certains citoyens réclament l’asphaltage de leur rue – parfois depuis près

Une route en piètre état à Sainte-Anne-des-Lacs

de sept ans – tandis que d’autres se montrent ouverts au gravier. « Il faut consulter la population », insiste-t-il, rappelant que toute décision devra tenir compte de la capacité de payer. Un nouveau programme triennal d’immobilisations (PTI) sera présenté en juin, les décisions se prendront à ce moment.

« Je pense à Bromont : ils ont 40 kilomètres de chemins granulaires […], ils les entretiennent très bien, et apparemment, la population est très satisfaite », ajoute-t-il.

Un retard à rattraper

Du côté de Piedmont, le maire Bernard Bouclin ne voit pas le gravier comme une nécessité. « On a pris du retard dans nos infrastructures dans les dernières années. Il est temps de rattraper. Il va y avoir une facture à payer », avoue-t-il, précisant que sa municipalité n’envisage pas de revenir aux routes en gravier.

Investir tôt… ou payer plus tard

À Morin-Heights, la stratégie a été différente. La municipalité a investi massivement dès 2020 pour reprendre le contrôle de son réseau routier. Aujourd’hui, environ 75 % des routes sont jugées en bon ou très bon état. « Plus on attend, plus ça coûte cher », résume le directeur général, Hugo Lépine.

Si le gravier est évoqué ailleurs, il ne fait pas partie de leur orientation. M. Lépine se montre même prudent face à cette avenue. « Est-ce qu’on ne fait pas simplement de la procrastination ? », lance-t-il, remettant en question la viabilité à long terme d’une telle solution, tout en restant ouvert au débat.

Un problème plus large

Au-delà du choix de revêtement, les municipalités rencontrées s’entendent sur un point : l’entretien des routes représente un défi financier majeur.

À Wentworth-Nord, la situation soulève des enjeux de sécurité. Dans une vidéo, un pompier se cogne la tête dans le plafond du camion en raison de l’état de la chaussée. « C’est épouvantable, même à 20km/h », illustre la mairesse Karine Dostie.

« On est face à un problème de système », affirme-t-elle, évoquant un manque de ressources et des priorités qui ne favorisent pas toujours les petites municipalités. Sans pointer directement du doigt Québec, elle dit préférer miser sur la visibilité pour faire avancer le dossier.

Son approche diffère de celle des autres élus, comme le maire de Joliette qui a installé des pancartes pour dénoncer l’état des routes. « Chacun sa façon de faire » résume-t-elle, estimant que l’attention médiatique peut aussi contribuer à relancer le débat.

Un débat qui s’impose

Entre asphalte et gravier, entre attentes citoyennes et capacité de payer, les municipalités des Laurentides naviguent dans un équilibre fragile. Une chose est claire : à mesure que les coûts augmentent, et que les besoins s’accumulent, le débat devient inévitable.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.