Une psychothérapeute plaide coupable

Une psychothérapeute plaide coupable
Thomas Gallenne
Actualité

Procès à Saint-Jérôme

Dire tout le dommage que peut entraîner la prise de contrôle progressive et insidieuse de soi par un intervenant qui se présente comme compétent et alors que rien ne permet de discerner le piège… quand cet intervenant attente à notre intégrité physique, émotive et psychologique…

 

Dénoncer avec les mots justes une situation injuste où un psychothérapeute brise l’estime-de-soi de ceux qu’il est supposé protéger et faire grandir…

 

Dire et dénoncer pour tous ceux qui ne peuvent – ou ne savent – pas le faire, voilà une démarche qui demande du courage. Mme Allard a choisi de le faire, pour que cela n’arrive plus.

 

Quand une «relation d’aide» se transforme en abus de pouvoir…

 

«J’ai rencontré Lisette Metayer en septembre 2009. Un membre de ma famille me l’avait référée. Elle est devenue mon enseignante et ma psychothérapeute. Et je suis devenue très rapidement sa muse, sa préférée», raconte Mme Allard. Mais au bout de quelques mois, elle va découvrir le vrai visage de celle qui était là pour

l’aider.

 

A priori tout semblait correct: «Mme

Metayer est propriétaire du Centre de

formation en approche psychologique et corporelle, situé sur la rue Lafleur à Saint-Sauveur, dans des locaux flambant neufs, précise Mme Allard. Et elle se revendiquait de l' »Alliance des psychothérapeutes en science intérieure ».   Une centaine d’élèves suivent cette formation de 1 500 heures qui conduit à un diplôme de «psychothérapeute en approche psychologique et

corporelle». Selon Mme Allard, un permis d’enseignement privé émis par le Gouvernement du Québec se retrouve dans

le code de déontologie de ce centre de

formation.

 

«J’ai été témoin de violence, ça faisait huit mois que j’étais dans son cours, se souvient la jeune femme. Elle a frappé un des élèves au visage. Ça a jeté un froid et une petite voix en moi m’a dit de quitter, mais je suis restée car j’y avais des amis et ce cours, cette psychothérapie, c’était ma béquille.»

 

Point de rupture

Un an et demi après le début des cours, Mme Allard commence à remettre en question la démarche de Lisette Metayer. «Par deux fois, elle m’a humiliée en plein cours, devant tout le monde, poursuit la jeune femme. C’était une forme de bâillon, pour m’empêcher de parler. Je l’ai appelée par la suite pour lui parler de mon inconfort et elle m’a hurlé dessus au téléphone.» La jeune femme remet beaucoup en question le pouvoir de son enseignante et thérapeute: «Je n’étais plus sous son emprise. J’avais coupé le cordon, elle n’avait plus de contrôle sur moi et elle le sentait.»

 

La situation va se stabiliser jusqu’au 28 février 2011. «On faisait un exercice de transfert maternel durant un cours et j’ai revécu un souvenir en lien avec ma mère, décrit la jeune femme. C’était de la tristesse qui est remontée. D’un point de vue symbolique, j’en voulais à la figure maternelle. Et ça n’a rien à voir avec ma mère que j’adore. Ensuite, on a fait un exercice en équipe de deux, on devait se frapper le dos à coup de poing. Le coup que m’a donné l’élève avec qui je faisais l’exercice n’était pas assez fort au goût de ma prof qui lui a demandé de frapper plus fort car j’étais capable d’en prendre et elle m’a asséné un coup de poing dans l’omoplate droite.» Mme Allard sera affectée durant deux semaines à des travaux légers suite à ce coup. Mais l’humiliation ultime survient à la fin de ce fameux cours: «Alors que j’exprimais ce que je ressentais au milieu du cercle formé par les élèves, ma prof m’a sacré une claque, mes lunettes ont revolé, raconte-t-elle. Je ne voyais plus rien et n’entendais plus d’une oreille. Je lui ai demandé de me laisser partir et je me suis débattue, mais elle a continué de me frapper en me disant que j’allais voir ce qu’était la haine maternelle. J’ai réussi à me défaire de son emprise et à quitter les lieux.» Elle va porter plainte pour voies de fait à la Sureté du Québec en avril 2011.

Retrouver sa dignité

Le 19 juin dernier, la cause était entendue à la Chambre criminelle et pénale, au

Palais de justice de Saint-Jérôme. Assignée comme témoin par la procureure au

bureau des poursuites criminelles Me

Marie-Ève Beaulieu, Mme Allard  a raconté son histoire devant le juge Gilles Garneau. Après son témoignage, Mme Metayer a demandé à parler à son avocate Me

Nathalie Thibeault. La cour fut suspendue pour 15 minutes. «La procureure est venue nous chercher pour réintégrer la cour: Lise Metayer allait plaider coupable. Ce fut le plus beau jour de ma vie car je retrouvais ma dignité et mon intégrité d’un seul coup, explique Mme Allard. Puis ça m’a libérée d’entendre le juge demander à l’accusée s’il s’agissait d’une secte, car c’était comme une reconnaissance de ce que je dénonçais. J’avais été traitée avec mépris, violence. Là je retrouve ma

dignité.»

 

Au moment de mettre sous presse, le

Journal Accès n’avait pas été en mesure de recueillir les commentaires de Me Nathalie Thibeault, avocate de Lisette Metayer. Pour sa part, la procureure Me Beaulieu n’a souhaité faire aucun commentaires.

 

Le prononcé de la sentence aura lieu le 12 septembre.

 

 

 

Projet de Loi 21

La pratique de la psychothérapie sera dorénavant encadrée au Québec

Le jeudi 21 juin dernier, entrait en vigueur la nouvelle loi annoncée le lundi précédent par le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier et qui encadrera désormais la pratique de la psychothérapie au Québec. Ce changement majeur s’inscrit dans la foulée de la Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines.

Thomas Gallenne

«Dorénavant, au Québec, les patients vulnérables seront mieux protégés contre des individus qui se prétendent spécialistes. Alors qu’auparavant la psychothérapie n’était pas réglementée, il faudra dé-sormais détenir un permis pour utiliser le titre de psychothérapeute et pour exercer cette activité. Notre gouvernement est très fier de cette avancée significative pour le système professionnel qui permettra d’assurer la protection du public québécois», a déclaré le ministre Jean-Marc Fournier.

En effet, l’entrée en vigueur de cette loi fera en sorte que la pratique de la psychothérapie sera réservée aux seuls professionnels suivants membres de leur ordre: les médecins, les psychologues et certains membres de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation, de l’Ordre des ergothérapeutes, de l’Ordre des infirmières et infirmiers, de l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices et de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux.

De plus, des personnes qui exercent présentement des activités de psychothérapie, qui ne sont pas membres des ordres précités et qui, déjà, répondent aux exigences de formation du règlement, disposeront d’un délai de deux ans pour demander un permis de psychothérapeute à l’Ordre des psychologues du Québec. Toute personne qui ne s’assujettirait pas à ces nouvelles règles serait passible de poursuite, notamment pour exercice illégal. «La vulnérabilité des clientèles susceptibles de recourir aux services de psychothérapeutes faisait en sorte qu’elles représentaient des cibles faciles pour les personnes n’ayant pas les compétences requises pour exercer la psychothérapie. Avec cet encadrement, le système professionnel assure une plus grande protection pour le public en raison des garanties de compétence et d’intégrité qu’il offre», souligne pour sa part le président de l’Office des professions, Jean Paul Dutrisac. L’Ordre des psychologues du Québec (OPQ) aura la responsabilité de délivrer le permis de psychothérapeute et de constituer ainsi un guichet unique d’information. Mis au fait de la mésaventure de Mme Allard (voir article de Une), Pierre Desjardins, directeur de la qualité et du développement de la pratique à l’OPQ s’est dit troublé: «Selon ce que vous m’exposez, je comprends que Mme Metayer était à la fois thérapeute et professeure de Mme Allard, ce qui en soi soulève la question du conflit d’intérêt. Le thérapeute est supposé être neutre et avoir le recul nécessaire pour l’analyse.» Selon M. Desjardins, ce fait divers justifie le fait que l’activité, la pratique et le titre de psychothérapeute soient réservés: «En encadrant cette pratique et en la réservant à des personnes compétentes, en définissant très clairement les tâches, le cadre d’exercice, la formation, on protège le public de charlatans qui font du tort à des gens vulnérables, en leur tendant les bras et en leur faisant croire qu’ils vont les aider.»

 

 

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