Avant que le coq n’ait chanté…

Par Eric-Olivier Dallard

L’insoutenable légèreté de l’être

Combien de nos morts déterrera-t-on demain de nos cimetières pour ériger des «centres commerciaux», ces nouvelles églises, où nous irons, la conscience légère et le porte-feuille alourdi serré contre nous dans la poche-révolver de nos vestons – à la place exacte du cœur, juste **par-dessus** lui – pour faire tourner l’Économie?

C’est Noël, tu devrais pleurer sur tes petites lâchetés, peuple laurentien; et je le devrais moi aussi. Sans avoir vraiment le «sourire carnassier», disons que tu sembles passer bien vite ton tour sur quelques combats, qui portant m’apparaissent essentiels. J’ai été fasciné des mobilisations citoyennes sur certains dossiers: Parc des falaises, Cascadelles, environnement (milieux humides, algue bleue…), Chatel Vienna, etc… Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, qu’**Accès** leur a offert une bonne visibilité (à ces dossiers, à vos combats) et, ce faisant, a contribué à vos luttes; la plupart, par la suite, ont été gagnées ou le seront bientôt.

Cela fait plusieurs semaines que l’annonce est faite de la vente de deux bâtiments de la congrégation Saint-Francis-of-the-Birds au Manoir Saint-Sauveur. De quoi a-t-on parlé dans les médias (et les chaumières, je suppose)? De l’imbroglio entre deux acheteurs potentiels, du mensonge allégué d’agents immobiliers à leur client… Tout a été discuté, sauf la substance de l’affaire, l’essentiel, qui n’a jamais été remis en question: une partie d’un lieu de culte chrétien, la seule église anglicane du territoire laurentien, est passé à une entreprise qui souhaite le raser pour y construire un… stationnement! Le vrai débat, il devrait bien être là, je me trompe? Et vous, vous êtes où? Trop occupés à vos listes de cadeaux? Le service de «lutins», mis sur pied par Sears afin de faciliter vos achats, ne vous permet-il pas de libérer quelques heures à vos agendas de gens importants? Où est la mobilisation, le regroupement, qui auraient dû naître dès l’annonce de la mise en vente? L’on est en train de brader votre Mémoire et votre Histoire, bordel!

Car l’on peut bien critiquer tant qu’on veut les déboires et les excès de l’Église, revendiquer (à très juste titre d’ailleurs, et je serais le premier à monter aux barricades pour ce principe) la laïcité des institutions publiques… il reste que la chrétienneté (et rien d’autre, je vous l’assure) a façonné aussi ce que nous avons de meilleur comme société, éliminant, notamment, la loi de la jungle brute et du plus fort, au profit de la conscience de l’individu et de l’attention aux besoins de l’Autre.

C’est une autre nouvelle qui est passée à peu près inaperçu, diffusée par l’Agence France-Presse il y a deux semaines. Elle vient de loin, parle d’un truc qui se passe à Londres, mais explique sans doute le désintérêt de notre population pour les vestiges d’un passé religieux pas si lointain, et qui nous a façonné, que nous le voulions ou non. Elle parle aussi, cette nouvelle, de ce qui nous attend bientôt. Deux ministres britanniques prennent «la défense de Noël». C’est que là-bas les cartes de Noël sont bannies des classes, un tribunal a limité le nombre d’ampoules de décoration d’une maison, des écoles offrent de la dinde et du poulet hallal (tué selon le rite musulman) pour son repas de Noël, trois employeurs sur quatre ont interdit les décoration de Noël, des magasins importants ont donné la directive à leurs employés de dire aux clients «Meilleurs vœux» au lieu de «Joyeux Noël», etc. Tout cela par égard «pour les autres confessions» Le plus surprenant (pour moi du moins, mais expliquez-moi s’il y a un truc que je ne saisis pas bien dans l’affaire), c’est que les deux ministres qui ont dit «Assez!» expriment une opinion qui semble «dépassée», les Anglais se rangeant maintenant en majorité du côté du «politiquement correct»: selon une enquête récente, les Britanniques sont «sceptiques et consternés par cette tendance» mais «pensent qu’ils ont peu de choix (…) à cause des risques de poursuites» en justice.

Déjà ici, au Québec, saviez-vous que vous mangiez très probablement de cette viande et de cette volaille hallal? Et oui!, les principaux abatoirs qui fournissent les grands supermarchés de la province, sous la pression de groupes religieux, n’offrent plus que cela, cette viande d’animaux tués selon le rite musulman.

La présentation et le goût sont les mêmes que les autres, oui. C’est d’ailleurs sans doute uniquement cela qui aurait pu vous préoccuper. En fait, moi aussi, je m’en fous un peu. Mais il me reste quand même un arrière-goût amèr de tout cela…

Parce que c’est en vertu de ces mêmes principes qu’une juge ontarienne vient de décréter illégales les décorations de Noël dans les locaux administratifs. Parce que les fameux «accomodements raisonnables» finissent par nous faire douter de nos croyances, en avoir honte.

C’est sans doute la raison qui fait que je n’ai vu encore aucune coalition citoyennne chercher à sauver Saint-Francis-of-the-Birds.

Quels principes, vraiment, président aux accomodements raisonnanbles? C’est paradoxal, mais ce sont d’abord des principes judéo-chrétiens mal définis, mal intégrés, mal interprétés: le respect de son prochain, la liberté de choix, etc. Bref des principes repris (encore une fois, paradoxalement) par la gauche démagogue et **en principe** libérale… Ces principes, poussés au bout de leur logique, s’ils ne sont pas encadrés, finissent toujours par se trouver appliquer **au détriment** des plus faibles (physiquement, oui, car c’est exactement de cela dont il s’agit), les femmes, les enfants, les handicapés… C’est le règne des seigneurs de la guerre. En fait, pensez-y: ces principes «gauchistes», vous verrez, ils finiront par alimenter… la droite dans ce qu’elle a de plus extrême, par réaction! C’est cela que vous souhaitez?

Bien sûr, l’on crie, l’on s’écrie, l’on s’insurge, l’on fait semblant de s’émouvoir sur les tribunes radiophoniques, au sujet des accomodements raisonnables. J’ai même vu quelques chemises déchirées. Quand ça reste théorique, un peu loin de soi, c’est facile. Mais quand tout ce cirque débarque près de chez soi, là, à Saint-Sauveur, c’est moins évident, non?!

Je vous repose la question: Combien de vos morts déterrera-t-on demain de vos cimetières pour ériger des «centres commerciaux», ces nouvelles églises, où vous irez, la conscience légère et le porte-feuille alourdi serré contre vous dans la poche-révolver de vos vestons – à la place exacte du cœur, juste **par-dessus** lui – pour faire tourner l’Économie?

Quand vos enfants vous demanderont où est allé leur grand-père qui vient de s’éteindre, que leur répondrez-vous? Qu’il est au ciel avec ses soixante-dix vierges?

Qui vous lavera les mains? Où trouverez-vous un sens?

Comme l’autre a inscrit, sur la murale du Grand Théâtre de Québec: «Vous êtes pas tannés de mourir?»

Allez: Joyeux Noël, mes petits accomodeurs bien raisonnables. Continuez de «résoner»… ça produit un joli son, un peu creux.

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