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(Photo : Nordy)
Bénévoles à Morin-Heights
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Le ski de fond, l’histoire d’une vie

Par Marie-Catherine Goudreau

C’est une belle journée d’hiver, le soleil nous réchauffe un peu malgré le froid du mois de janvier. Il vient de tomber un très attendu 10 centimètres de neige sur les Pays d’en haut. Au parc Basler à Morin-Heights, les gens sortent leurs skis de fond, enfin, pour s’aventurer dans l’immense réseau de la municipalité.

C’est là que je rencontre Chris Schlachter et James Jackson, deux passionnés – le mot est faible – pour le plein air. Ils sont contents de me parler, mais sont un peu déçus de l’heure que j’ai choisie pour notre rencontre : ils auraient préféré profiter de ce beau matin pour skier !

Chris et James se sont installés à Morin-Heights vers la fin des années 1970 parce que c’était un endroit idéal pour pratiquer le ski de fond.

« On a vu le potentiel du coin, c’était renommé. On voulait participer pour avoir un impact plus grand. Quarante-cinq ans plus tard, on est fiers de voir tout ce qu’on a fait depuis cette époque », souligne James, qui est aussi président de la Société de plein air des Pays-d’en-Haut (SOPAIR). À 71 ans aujourd’hui, tous les deux sont encore aussi impliqués bénévolement.

« Mes parents se sont rencontrés à Sainte-Adèle sur la rue Morin, amenés par le train de ski », raconte Chris. « C’est dans notre famille. Quand j’étais jeune, on venait faire du ski de fond ou alpin, trainés par les parents. ». C’est dans les années 1970, avec le McGill Outdoors Club, qu’il a pris conscience de tout le travail derrière la construction et la conservation des sentiers de ski.

« C’est un travail d’amour. Il y a un contact très intime quand tu skies sur un sentier que tu as fait toi-même. Tu connais tous les coins, les petits ruisseaux », souligne James. D’ailleurs, après notre rencontre, James allait skier avec sa femme sur les sentiers qu’ils ont créés eux-mêmes dernièrement.

Réseau des terres publiques

James et Chris ont notamment participé à la construction des sentiers sur les terres publiques situées dans le nord de Morin-Heights, qui connectent avec Saint-Adolphe-d’Howard, Sainte-Adèle et Val-Morin. Ces terrains étaient menacés par des coupes de bois.

« En anglais on dit : Use it or lose it. On avait déjà quelques sentiers sur ces terres, mais on a fait un réseau de sentiers homologués. Je vois ça un peu comme la Mecque du ski de randonnée nordique. On a créé un réseau et les gens le veulent, les gens y vont. On a protégé notre terrain, notre cours arrière », soutient Chris.

En 2002, il y a eu une grande coupe à bois, « c’était comme un massacre », se souvient James. « Il fallait convaincre le ministère des Ressources naturelles que la coupe de bois est moins importante que l’accès au plein air, le tourisme et la qualité de vie », explique-t-il.

C’est quelques années plus tard, en 2007, qu’un gros projet de sentiers de ski de fond et de raquettes a été développé sur les terres publiques. « Notre philosophie c’était : si on a des sentiers un peu partout, ce sera plus difficile pour les coupes de bois ! », raconte James. « Arrivés en 2022, on a la preuve qu’on a réussi », ajoute Chris.

Parmi leurs autres réalisations, James et Chris ont aussi participé à convaincre la Municipalité d’acheter le terrain du parc Basler en 2005, à l’acquisition du chalet Bellevue pour le transformer en un centre pour le plein air, à la création du réseau de sentiers des Fondeurs Laurentides il y a cinq ans et à la préservation du réseau du Club Viking.

La réalisation des sentiers, c’est aussi un travail de groupe. James et Chris rappellent souvent au cours de notre entretien que c’est grâce à l’implication de beaucoup de personnes que ces projets se sont réalisés.

Crédit : Nordy

Association de ski de fond de Morin-Heights

Les deux bénévoles faisaient aussi partie de l’Association de ski de fond de Morin-Heights. C’est celle-ci qui s’occupait, avec des bénévoles et quelques employés, d’entretenir et de construire les sentiers de ski. La Municipalité les aidait un peu financièrement pour l’équipement, mais n’était pas aussi impliquée qu’aujourd’hui.

« On a été obligé comme groupe de les pousser. La Municipalité se demandait pourquoi elle devrait payer, alors que ce sont les touristes qui viennent skier. On leur répondait : « Oui, mais les touristes font fonctionner les commerces » », explique Chris.

Graduellement, entre 1978 et 1998, la Municipalité a changé sa manière de voir le ski de fond, explique Chris. C’est en 1998 qu’elle a proposé à l’Association de prendre tout l’équipement et de gérer les employés, qui devenaient une gestion lourde pour des bénévoles. C’est aussi à ce moment que James a commencé à travailler à la Municipalité.

« Quand le transfert s’est fait, la Municipalité a reconnu que le ski de fond n’a pas seulement des retombées économiques, mais aussi que la plupart des gens qui déménageaient à Morin-Heights, c’était en raison des sentiers. Le grand moteur économique, c’était le développement du coin », explique James.

Nouvelles réalités

Alors que le plein air est de plus en plus populaire et attire de nouveaux adeptes depuis la pandémie, les enjeux de signalisation sont de plus en plus importants. Avec la randonnée, le vélo de montagne, la raquette, le ski de fond et le fatbike, « ça devient un réseau assez complexe », souligne James. La SOPAIR travaille justement à uniformiser la signalisation à travers les Pays d’en haut pour la rendre plus claire pour les utilisateurs.

Actuellement, les organismes de la région comme la SOPAIR et l’Institut des Territoires travaillent surtout sur la pérennisation des sentiers patrimoniaux. Le défi maintenant, ce n’est plus de construire les sentiers, mais plutôt de les préserver.

« Je me vois comme un résident des Laurentides. Quand on parle des sentiers patrimoniaux, des sentiers backcountry, c’est partout. On sort vite de Morin-Heights, même de la MRC », souligne Chris. « On peut faire nos petites guerres pour garder nos sentiers à Morin-Heights, mais c’est plus grand que ça. »

Les coups de cœur de James et Chris

Chris : Rapide blanc
Le sentier Rapide blanc permet d’atteindre 5 sommets du réseau de ski de fond de la Municipalité. Chris dit que c’est possible de tous les faire en une journée, sinon il est toujours possible d’en faire moins. Il faut passer par d’autres pistes pour l’atteindre.

James : Piste CSM – Environ 25 km
Le parcours du Marathon canadien de ski de fond est l’un des coups de cœurs de James, car on peut skier sur toutes sortes de sentiers. Sur la carte des sentiers de ski de fond de Morin-Heights, le parcours du CSM est identifié en jaune.

 

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1 Comment

  1. Kim Marineau

    Bravo à ces vétérans visionnaires!

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